Catéchèse sur le discernement - 6. Quatrième
élément du discernement : Le livre de sa propre vie.
Chers frères et sœurs, bienvenus et bonjour !
Ces semaines-ci, nous insistons dans les catéchèses sur les conditions pour
faire un bon discernement. Dans la vie, nous devons prendre des décisions,
toujours, et pour prendre des décisions, nous devons faire un chemin, un
processus de discernement. Toute activité importante comporte ses
"instructions" à suivre, qu'il faut connaître pour qu'elles
produisent les effets nécessaires. Aujourd'hui, nous nous concentrons sur un autre
ingrédient indispensable au discernement : l'histoire de sa propre vie. Connaître son histoire est un
ingrédient indispensable au discernement.
Notre vie est le "livre" le plus précieux qui nous ait été donné,
un livre que beaucoup ne lisent malheureusement pas, ou le font trop tard, avant
de mourir. Et pourtant, c'est précisément dans ce livre que l'on trouve ce que
l'on cherche inutilement par d'autres voies. Saint Augustin, un grand chercheur
de la vérité, l'avait compris précisément en relisant sa vie, en y notant les
pas silencieux et discrets mais incisifs de la présence du Seigneur. Au terme
de ce parcours, il notera avec stupeur : « Tu étais au-dedans de moi et
moi au-dehors. Et là, je te cherchais. Tu étais avec moi, mais moi je n'étais
pas avec toi » (Confessions X, 27.38). D'où son invitation à
cultiver la vie intérieure pour trouver ce que l'on cherche : « Rentre en
toi-même. Dans l'homme intérieur habite la vérité". C'est une invitation
que je vous lance à vous tous, et même à moi-même : " Rentre en toi-même.
Lis ta vie. Lis-toi de l'intérieur, comment a été ton parcours. Avec sérénité.
Rentre en toi-même.
Plusieurs fois, nous avons nous aussi fait l'expérience d'Augustin, de nous
retrouver emprisonnés par des pensées qui nous éloignent de nous-mêmes, des
messages qui nous font du mal : par exemple, "je ne vaux rien" – et je
me méprise ; "tout va mal pour moi" - et je me méprise ;
"je n'arriverai jamais à rien de bon" - et je me méprise, et ainsi
est la vie. Ces phrases pessimistes qui te dépriment ! Lire sa propre histoire
signifie aussi reconnaître la présence de ces éléments "toxiques",
mais nous devons apprendre à remarquer d'autres choses, rendant plus riche ton
histoire, plus respectueuse de la complexité, parvenant aussi à saisir l’agir
discret de Dieu dans notre vie. J'ai connu une personne dont les gens disaient
qu'elle méritait le prix Nobel de la négativité : tout était mauvais, tout, et
elle essayait toujours de se déprécier. C'était une personne amère qui avait
pourtant tant de qualités. Et puis cette personne a trouvé une autre personne
qui l'a bien aidée et chaque fois qu'elle se lamentait de quelque chose,
l'autre personne lui disait : "Mais maintenant, pour équilibrer, dis
quelque chose de bien sur toi". Et lui : "Mais, oui, ... j'ai aussi
cette qualité", et petit à petit cela l'a aidée à avancer, à bien lire sa
propre vie, aussi bien les mauvaises choses que les bonnes. Nous devons lire
notre vie, et ainsi nous voyons les choses qui ne sont pas bonnes et aussi les
bonnes choses que Dieu sème en nous.
Nous avons vu que le discernement a une approche narrative :
il ne s'attarde pas sur l'action ponctuelle, il la situe dans un contexte :
d'où vient cette pensée ? Ce que je ressens maintenant, d’où cela vient ?
Où cela me mène ce que je suis en train de penser maintenant ? Quand j’ai rencontré
cette pensée avant ? Est-ce que c'est quelque chose de nouveau qui me vient
maintenant, ou l'ai-je constaté à d'autres moments ? Pourquoi est-elle plus
insistante ? Qu'est-ce que la vie veut me dire à travers cela ?
Le récit des événements de notre vie nous permet également de saisir des
nuances et des détails importants, qui peuvent s'avérer des aides précieuses
jusque-là restées cachées. Par exemple une lecture, un service, une rencontre,
considérés à première vue comme des choses de peu d’importance, transmettent
avec le temps une paix intérieure, transmettent la joie de vivre et suggèrent
d'autres bonnes initiatives. S'arrêter et reconnaître cela est indispensable.
S'arrêter et reconnaître : c’est important pour le discernement, c'est un
travail de collecte de ces perles précieuses et cachées que le Seigneur a
enfouies dans notre terre.
Le bien est caché, toujours, parce que le bien a de la pudeur et qu'il se
cache : le bien est caché ; il est silencieux, il requiert une fouille
lente et continue. Car le style de Dieu est discret : Dieu aime agir de manière cachée, discrète, il ne s'impose pas ;
c’est comme l'air que nous respirons, nous ne le voyons pas mais il nous fait
vivre, et nous ne nous en apercevons que seulement lorsqu'il nous manque.
S’habituer à relire sa propre vie éduque le regard, l’affine, permet de
remarquer les petits miracles que le bon Dieu accomplit pour nous chaque jour.
Quand nous sommes attentifs, nous remarquons d'autres directions possibles qui
renforcent la paix et la créativité. Et surtout, cela nous libère des idées
toxiques. Il a été dit avec sagesse que l'homme qui ne connaît pas son passé
est condamné à le répéter. C'est curieux : si nous ne connaissons pas le chemin
que nous avons parcouru, le passé, nous le répétons toujours, nous tournons en
rond. La personne qui tourne en rond n'avance jamais, il n'y a pas de chemin,
c'est comme le chien qui se mord la queue, elle va toujours comme ça, elle
répète les choses.
Nous pouvons nous demander : ai-je déjà raconté ma vie à quelqu'un ? C'est
une belle expérience vécue par des fiancés qui, lorsqu'ils deviennent sérieux,
se racontent leur vie... C'est l'une des formes de communication les plus
belles et les plus intimes, raconter sa propre vie. Elle nous permet de
découvrir des choses jusqu'alors inconnues, petites et simples, mais, comme le
dit l'Évangile, c'est précisément des petites choses que naissent les grandes
(cf. Lc 16, 10).
Les vies des saints constituent également une aide précieuse pour
reconnaître le style de Dieu dans notre vie : elles permettent de se
familiariser avec sa manière d'agir. Certains comportements des saints nous
interpellent, nous indiquent de nouvelles significations et de nouvelles
opportunités. C'est ce qui est arrivé, par exemple, à saint Ignace de Loyola.
Quand il décrit la découverte fondamentale de sa vie, il ajoute une précision
importante, et il dit ceci : « Par expérience, il avait déduit que
certaines pensées le laissaient triste, d'autres joyeux ; et peu à peu il apprit
à connaître la diversité des pensées, la diversité des esprits qui s'agitaient
en lui ». Connaître ce qui se passe en nous, connaître, rester attentifs.
Le discernement est la lecture narrative des moments heureux et des moments
difficiles, des consolations et des désolations que nous expérimentons au cours
de notre vie. Dans le discernement, c'est le cœur qui nous parle de Dieu, et
nous devons apprendre à comprendre son langage. Demandons-nous, à la fin de la
journée, par exemple : que s'est-il passé dans mon cœur aujourd'hui ? Certains
pensent que faire cet examen de conscience, c'est faire le compte des péchés
que l'on a commis - nous en faisons beaucoup - mais c'est aussi se demander :
" Que s'est-il passé en moi, ai-je eu de la joie ? ". Qu'est-ce qui
m'a apporté de la joie ? Suis-je resté triste ? Qu'est-ce qui m'a apporté de la
tristesse ? Et ainsi apprendre à discerner ce qui se passe au
plus profond de nous.
Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les
pèlerins de Rennes, les Maires de Cambrai. Je salue les pèlerins de Suisse, de
la République Démocratique du Congo et de Haïti.

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