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17 juin, 2021

Audience Pape François : La prière sacerdotale de Jésus

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PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Cour Saint-Damase
Mercredi, 16 juin 2021

Catéchèse - 38.  La prière sacerdotale de Jésus

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous avons plusieurs fois rappelé dans cette série de catéchèses que la prière est l’une des caractéristiques les plus évidentes de la vie de Jésus: Jésus priait, et il priait beaucoup. Au cours de sa mission, Jésus se plonge dans celle-ci, car le dialogue avec le Père est le noyau incandescent de toute son existence.



Les Évangiles témoignent que la prière de Jésus est devenue encore plus intense et dense à l’heure de sa passion et de sa mort. 

Ces événements culminants de sa vie constituent le noyau central de la prédication chrétienne: ces dernières heures vécues par Jésus à Jérusalem sont le cœur de l’Évangile non seulement parce que les évangélistes réservent à cette narration, en proportion, une plus grande place, mais également parce que l’événement de la mort et de la résurrection – tel un éclair – jette de la lumière sur tout le reste de l’histoire de Jésus. Il n’a pas été un philanthrope qui a pris soin des souffrances et des maladies humaines: il a été et il est beaucoup plus. En Lui il n’y a pas seulement la bonté: il y a quelque chose de plus, il y a le salut, et pas un salut épisodique  - celui qui me sauve de la maladie ou d’un moment de découragement  - mais  le salut total, celui messianique, celui qui fait espérer dans la victoire définitive de la vie sur la mort.

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Pendant les jours de sa dernière Pâque, nous trouvons donc Jésus pleinement plongé dans la prière.

Il prie de manière dramatique dans le jardin de Gethsémani assailli par une angoisse mortelle. Pourtant Jésus, précisément à ce moment-là, s’adresse à Dieu en l’appelant “Abbà”, Père (cf. Mc 14,36). Ce mot araméen (qui était la langue de Jésus) exprime l’intimité, exprime la confiance. Précisément alors qu’il sent les ténèbres s’intensifier autour de lui, Jésus les traverse avec ce petit mot: Abbà, Père.

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Jésus prie également sur la croix, obscurément enveloppé par le silence de Dieu. Pourtant sur ses lèvres affleure encore une fois le mot “Père”.

C’est la prière la plus hardie, car sur la croix Jésus est l’intercesseur absolu: il prie pour les autres, il prie pour tous, également pour ceux qui le condamnent, sans que personne, en dehors d’un pauvre malfaiteur, ne prenne son parti. Tous étaient contre Lui ou indifférents, seul ce malfaiteur reconnaît son pouvoir.

«Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu'ils font» (Lc 23,34). En plein drame, dans la douleur atroce de l’âme et du corps, Jésus prie avec les paroles des psaumes; avec les pauvres du monde, en particulier ceux qui sont oubliés de tous, il prononce les paroles tragiques du psaume 22: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» (v. 2). Il sentait l’abandon et il priait. Sur la croix s’accomplit le don du Père, qui offre l’amour, c’est-à-dire que s’accomplit notre salut. Et une fois encore, il l’appelle «Mon Dieu», «Père, entre tes mains je remets mon esprit»: c’est-à-dire que tout, tout est prière pendant les trois heures de la Croix.

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Jésus prie donc pendant les heures décisives de la passion et de la mort. Et avec la résurrection, le Père exaucera la prière. La prière de Jésus est intense, la prière de Jésus est unique et devient également le modèle de notre prière. Jésus a prié pour tous, il a prié également pour moi, pour chacun de vous.

Chacun de nous peut dire: «Jésus, sur la croix, a prié pour moi». Il a prié. Jésus peu dire à chacun de nous: “J’ai prié pour toi, pendant la Dernière Cène et sur le bois de la Croix”. Même dans la plus douloureuse de nos souffrances, nous ne sommes jamais seuls. La prière de Jésus est avec nous.

«Et maintenant, père, ici, alors que nous écoutons cela, Jésus prie pour nous?». Oui, il continue à prier pour que sa parole nous aide à aller de l’avant. Mais il faut prier et se rappeler qu’Il prie pour nous. 

Et cela me semble la plus belle chose à rappeler.

Il s’agit de la dernière catéchèse de ce cycle sur la prière: rappeler  la grâce que non seulement nous prions, mais que, pour ainsi dire, nous avons été «priés», nous sommes déjà accueillis dans le dialogue de Jésus avec le Père, dans la communion de l’Esprit Saint.

Jésus prie pour moi: chacun de nous peut mettre cela dans son cœur: il ne faut pas l’oublier. Même dans les moments les plus difficiles. Nous sommes déjà accueillis dans le dialogue de Jésus avec le Père, dans la communion de l’Esprit Saint.

Nous avons été voulus dans le Christ Jésus, et également à l’heure de la passion, de la mort et de la résurrection tout a été offert pour nous. Et alors, avec la prière et avec la vie, il ne nous reste plus qu’à avoir du courage, de l’espérance et, avec ce courage et cette espérance, entendre fort la prière de Jésus et aller de l’avant: que notre vie soit rendre gloire à Dieu dans la conscience qu’Il prie pour moi le Père, que Jésus prie pour moi.


09 juin, 2021

Papa François 37 Persévérer dans l'Amour. 9 juin 2021

 


PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Cour Saint-Damase
Mercredi, 9 juin 2021

Catéchèse - 37. Persévérer dans l’amour

Chers frères et sœurs, bonjour!

Dans cette avant-dernière catéchèse sur la prière, nous parlons de la persévérance dans la prière.

C’est une invitation, et même un commandement, qui nous vient de l’Ecriture Sainte. L’itinéraire spirituel du Pèlerin russe commence lorsqu’il tombe sur une phrase de saint Paul dans la première Lettre aux Thessaloniciens: «Priez sans cesse. En toute condition soyez dans l'action de grâces» (5, 17-18).

La parole de l’apôtre frappe cet homme et il se demande comment il est possible de prier sans interruption, étant donné que notre vie est fragmentée en de nombreux moments différents, qui ne rendent pas toujours la concentration possible. C’est de cette interrogation que commence sa recherche, qui le conduira à découvrir celle que l’on appelle la prière du cœur.

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Celle-ci consiste à répéter avec foi: “Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur!”. Une simple prière, mais très belle. Une prière qui, peu à peu, s’adapte au rythme de la respiration et qui s’étend à toute la journée. En effet, la respiration ne s’arrête jamais, pas même quand nous dormons; et la prière est le souffle de la vie.

Comment est-il donc possible de toujours rester dans un état de prière? Le Catéchisme nous offre de très belles citations, tirées de l’histoire de la spiritualité, qui insistent sur la nécessité d’une prière continue, qui soit le noyau de l’existence chrétienne. J’en reprends certaines.

Le moine Evagre le Pontique affirme: «Il ne nous a pas été prescrit de travailler, de veiller et de jeûner constamment – non, cela n’a pas été demandé – , tandis que c’est pour nous une loi de prier sans cesse» (n. 2742).

Le cœur en prière.

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Il y a donc une ardeur dans la vie chrétienne qui ne doit jamais venir à manquer. 


C’est un peu comme ce feu sacré que l’on conservait dans les temples antiques, qui brûlait sans interruption et que les prêtres avaient pour tâche de continuer à alimenter. Voilà: il doit y avoir un feu sacré également en nous, qui brûle sans cesse et que rien ne peut éteindre. Et ce n’est pas facile, mais ce doit être ainsi.

Saint Jean Chrysostome, un autre pasteur attentif à la vie concrète, prêchait ainsi: «Il est possible, même au marché ou dans une promenade solitaire, de faire une fréquente et fervente prière. Assis dans votre boutique, soit en train d’acheter ou de vendre, ou même de faire la cuisine» (n. 2743).

Des petites prières: «Seigneur, aie pitié de nous», «Seigneur, aide-moi».  

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La prière est donc une sorte de portée musicale, où nous inscrivons la mélodie de notre vie. Elle n’est pas en opposition avec les activités quotidiennes, elle n’entre pas en contradiction avec les nombreuses petites obligations et rendez-vous, mais elle est plutôt le lieu où chaque action retrouve son sens, sa raison, sa paix.

Assurément, mettre ces principes en pratique n’est pas facile. Un père et une mère pris par mille occupations, peuvent ressentir la nostalgie d’une période de leur vie où il était facile de trouver des temps rythmés et des espaces de prière. Ensuite, les enfants, le travail, les tâches de la vie familiale, les parents qui vieillissent… On a l’impression de ne jamais réussir à arriver à tout faire.

Cela fait alors du bien de penser que Dieu, notre Père, qui doit s’occuper de tout l’univers, se rappelle toujours de chacun de nous. Nous devons donc nous aussi toujours nous rappeler de Lui !

Nous pouvons ensuite rappeler que dans le monachisme chrétien, le travail a toujours été tenu en grand honneur, pas seulement en raison du devoir moral de pourvoir à soi-même et aux autres, mais également à cause d’une sorte d’équilibre, un équilibre intérieur: il est risqué pour l’homme de cultiver un intérêt tellement abstrait qu’il lui fait perdre le contact avec la réalité. Le travail nous aide à rester en contact avec la réalité. Les mains jointes du moine portent les callosités de celui qui empoigne la pelle et la bêche. Quand, dans l’Evangile de Luc (cf. 10, 38-42), Jésus dit à sainte Marthe que la seule chose vraiment nécessaire est d’écouter Dieu, il ne veut pas du tout mépriser les nombreux services que celle-ci accomplissait avec tant d’application.

Dans l’être humain tout est “binaire”: notre corps est symétrique, nous avons deux bras, deux yeux, deux mains... De même, le travail et la prière sont également complémentaires. La prière (qui est le “souffle” de tout) demeure comme l’arrière-plan vital du travail, même dans les moments où elle n’est pas explicitée. Il est inhumain d’être absorbés par le travail au point de ne plus trouver de temps pour la prière.

Dans le même temps, une prière étrangère à la vie n’est pas saine. Une prière qui nous rend étrangers au caractère concret de la vie devient spiritualisme, ou bien, pire, ritualisme. Rappelons-nous que Jésus, après avoir montré sa gloire aux disciples sur le mont Tabor, ne voulut pas prolonger ce moment d’extase, mais il descendit de la montagne avec eux et reprit le chemin quotidien. Parce que cette expérience devait rester dans leurs cœurs comme lumière et force de leur foi; également une lumière et une force pour les jours qui devaient bientôt venir: ceux de la Passion. Ainsi, les temps consacrés à être avec Dieu ravivent la foi, qui nous aide dans l’aspect concret de la vie, et la foi, à son tour, alimente la prière, sans interruption. Dans cette circularité entre foi, vie et prière, ce feu de l’amour chrétien que Dieu attend de nous reste allumé.

Et répétons la prière simple qu’il est si beau de répéter pendant la journée, tous ensemble: «Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur».

 

02 juin, 2021

Audience 36 : Jésus prie pour moi

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PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Cour Saint-Damase
Mercredi, 2 juin 2021

Catéchèse - 36. Jésus modèle et âme de chaque prière

Chers frères et sœurs, bonjour!

Les Évangiles nous montrent combien la prière a été fondamentale dans la relation de Jésus avec ses disciples.

Cela apparaît déjà dans le choix de ceux qui deviendront ensuite les apôtres. Luc inscrit leur élection dans un contexte précis de prière et il dit cela: «Or il advint, en ces jours-là, qu'il s'en alla dans la montagne pour prier, et il passait toute la nuit à prier Dieu. Lorsqu'il fit jour, il appela ses disciples et il en choisit douze, qu'il nomma apôtres» (6,12-13).



Jésus les choisit après une nuit de prière. Il semble qu’il n’y ait pas d’autre critère dans ce choix que la prière, le dialogue de Jésus avec le Père. Si l’on juge la manière dont se comporteront ensuite ces hommes, il semble que le choix n’ait pas été des meilleurs car ils ont tous fui, ils l’ont laissé seul avant la Passion; mais c’est précisément cela, en particulier la présence de Judas, le futur traître,  qui démontre que ces noms étaient inscrits dans le dessein de Dieu.

La prière en faveur de ses amis réapparaît constamment dans la vie de Jésus. Les apôtres deviennent quelquefois un motif de préoccupation pour lui, mais Jésus, de même qu’il les a reçus du Père, après la prière, les porte de la même façon dans son cœur, également dans leurs erreurs, également dans leurs chutes.

Dans tout cela, nous découvrons que Jésus a été un maître et un ami, toujours disponible à attendre avec patience la conversion du disciple. Le sommet le plus élevé de cette attente patiente est la “toile” d’amour que Jésus tisse autour de Pierre. Lors de la Dernière Cène, il lui dit: «Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment;  mais moi j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères» (Lc 22, 31-32).

Il est impressionnant de savoir qu’au moment de la faiblesse, à ce moment-là, l’amour de Jésus ne cesse pas

– «Mais père, si je suis dans un état de péché mortel, l’amour de Jésus est-il là?»

- Oui

-  Et Jésus continue-t-il à prier pour moi ?

– Oui

– Mais si j’ai fait des choses très laides et commis de nombreux péchés, Jésus continue-t-il à m’aimer ?

– Oui».



L’amour et la prière de Jésus pour chacun de nous ne cessent pas, ils deviennent même plus intenses et nous sommes au centre de sa prière ! Nous devons toujours nous souvenir de cela: Jésus prie pour moi, il prie maintenant devant le Père et il lui fait voir les plaies qu’il a apportées avec lui, pour faire voir au Père le prix de notre salut, c’est l’amour qu’il nourrit pour nous.

Mais en ce moment, chacun de nous pense: en ce moment Jésus est-il en train de prier pour moi ? Oui. C’est une grande certitude que nous devons avoir.

La prière de Jésus revient ponctuellement à un moment crucial de son chemin, celui de la vérification de la foi des disciples. Écoutons encore l’évangéliste Luc: «Et il advint, comme il était à prier, seul, n'ayant avec lui que les disciples, qu'il les interrogea en disant: "Qui suis-je, au dire des foules?" Ils répondirent: "Jean le Baptiste; pour d'autres, Elie; pour d'autres, un des anciens prophètes est ressuscité". "Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je?". Pierre répondit au nom de tous: " Le Christ de Dieu". Mais lui leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne» (9,18-21). Les grandes étapes de la mission de Jésus sont toujours précédées par une prière, non pas en passant, mais par une prière intense, prolongée. Dans ces moments-là, il y a toujours la prière. Cette vérification de la foi semble une ligne d’arrivée et, en revanche, elle est un point de départ renouvelé pour les disciples, car dorénavant c’est comme si Jésus franchissait un cap dans sa mission, en leur parlant ouvertement de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.

Dans cette perspective, qui suscite instinctivement la répulsion, aussi bien chez les disciples qu’en nous qui lisons l’Évangile, la prière est la seule source de lumière et de force. Il faut prier plus intensément chaque fois que la route commence à monter.

Et en effet, après avoir annoncé à ses disciples ce qui l’attend à Jérusalem, a lieu l’épisode de la Transfiguration. «Prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier. Et il advint, comme il priait, que l'aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d'une blancheur fulgurante. Et voici que deux hommes s'entretenaient avec lui: c'étaient Moïse et Elie qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu'il allait accomplir à Jérusalem» (Lc 9, 28-31), c’est-à-dire la passion. Cette manifestation anticipée de la gloire de Jésus a donc eu lieu dans la prière, alors que le Fils de Dieu était plongé dans la communion avec le Père et consentait pleinement à sa volonté d’amour, à son dessein de salut. Et de cette prière émerge une parole claire pour les trois disciples concernés: «Celui-ci est mon Fils, l'Élu, écoutez-le» (Lc 9, 35). C’est de la prière que vient l’invitation à écouter Jésus, toujours de la prière.

De ce parcours rapide à travers l’Évangile, il ressort que Jésus veut non seulement que nous priions comme Il prie, mais qu’il nous assure que, même si nos tentatives de prière étaient complètement vaines et inefficaces, nous pouvons toujours compter sur sa prière.

Nous devons être conscients: Jésus prie pour moi. Une fois, un brave évêque me raconta qu’à un moment très difficile de sa vie et d’une grande épreuve, un moment d’obscurité, il regarda vers le haut dans la basilique et il vit cette phrase écrite: «Moi, Pierre, je prierai pour toi». Et cela lui a donné force et réconfort. Et cela arrive à chaque fois que l’un de nous sait que Jésus prie pour lui.

Jésus prie pour nous. En ce moment, en ce moment. Faites l’exercice de mémoire de répéter cela. Quand il y a une difficulté, quand vous êtes pris par les distractions: Jésus est en train de prier pour vous.

Mais père, est-ce que c’est vrai? C’est vrai, il l’a dit lui-même. N’oublions pas que ce qui soutient chacun de nous dans la vie est la prière de Jésus pour chacun de nous, avec son prénom, son nom, devant le Père, en lui faisant voir les plaies qui sont le prix de notre salut.

Même si nos prières n’étaient que des balbutiements, si elles étaient compromises pas une foi vacillante, nous ne devons jamais cesser d’avoir confiance en Lui; je ne sais pas prier, mais Lui prie pour moi. Soutenues par la prière de Jésus, nos prières timides s’appuient sur des ailes d’aigles et s’élèvent jusqu’au Ciel.

N’oubliez pas: Jésus est en train de prier pour moi

– Maintenant?

– Maintenant.

Au moment de l’épreuve, au moment du péché, également à ce moment-là, Jésus est en train de prier pour moi, avec beaucoup d’amour.

 


26 mai, 2021

Pape François. Audience 35 : la certitude d'être entendus

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PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Cour Saint-Damase
Mercredi 26 mai 2021

Catéchèse - 35. La certitude d'être entendus

Chers frères et sœurs, bonjour!

Il existe une contestation radicale de la prière, qui dérive d’une observation que nous faisons tous: nous prions, nous demandons, et pourtant nos prières semblent parfois ne pas être écoutées : ce que nous avons demandé – pour nous ou pour les autres – ne s’est pas réalisé.

Nous vivons cette expérience, très souvent. Ensuite, si le motif pour lequel nous avons prié était noble (comme peut l’être l’intercession pour la santé d’un malade, ou pour que cesse une guerre), sa non réalisation nous paraît scandaleuse.



Par exemple, pour les guerres : nous prions pour que finissent les guerres, ces guerres dans tant de parties du monde, pensons au Yémen, pensons à la Syrie. Des pays qui sont en guerre depuis des années, des années ! Des pays martyrisés par les guerres, nous prions et elles ne finissent pas. Mais comment cela se fait-il ? «Certains cessent même de prier parce que, pensent-ils, leur demande n’est pas exaucée» (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2734).

Mais si Dieu est le Père, pourquoi ne nous écoute-t-il pas? Lui qui a assuré qu’il donnait de bonnes choses à ses enfants qui le lui demandent (cf. Mt 7,10), pourquoi ne répond-il pas à nos requêtes? Nous avons tous des expériences de ce genre : nous avons prié, prié, pour la maladie de cet ami, de ce père, de cette mère, et ensuite ils sont partis, Dieu ne nous a pas exaucés. C'est une expérience que nous avons tous faite.



Le Catéchisme nous offre une bonne synthèse sur cette question. Il nous met en garde contre le risque de ne pas vivre une authentique expérience de foi, mais de transformer la relation avec Dieu en quelque chose de magique. La prière n'est pas une baguette magique : c'est un dialogue avec le Seigneur. En effet, quand nous prions, nous pouvons tomber dans le risque que ce ne soit pas nous qui servons Dieu, mais de prétendre que ce soit Lui qui nous serve (cf. n. 2735). Voilà alors une prière qui réclame toujours, qui veut orienter les événements selon notre dessein, qui n’admet pas d’autres projets que nos désirs. Jésus a eu, en revanche, une grande sagesse en mettant sur nos lèvres le « Notre Père ». C’est uniquement une prière de demandes, comme nous le savons, mais les premières que nous prononçons sont entièrement du côté de Dieu. Elles demandent que se réalise non pas notre projet, mais sa volonté à l’égard du monde. Il vaut mieux Le laisser faire: «Que ton Nom soit sanctifié, que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite» (Mt 6, 9-10).

Et l’apôtre Paul nous rappelle que nous ne savons même pas ce qu’il convient de demander (cf. Rm 8, 26). Nous demandons pour nos nécessités, nos besoins, les choses que nous voulons, «mais cela est mieux pour nous ou pas ?». Paul nous dit : nous ne savons même pas ce qu'il convient de demander. Quand nous prions, nous devons être humbles : c'est la première attitude pour aller prier.

De même qu'il y a l'habitude dans de nombreux endroits, où pour aller prier à l'église, les femmes se mettent le voile, ou bien de prendre l'eau bénite pour commencer à prier, nous devons réfléchir avant la prière à ce qui convient le plus afin que Dieu me donne ce qui convient le plus : Lui le sait. Quand nous prions nous devons être humbles,  pour que nos paroles soient effectivement des prières et non un verbiage que Dieu refuse.

On peut également prier pour de mauvais motifs : par exemple, pour vaincre notre ennemi en guerre, sans se demander ce que Dieu pense de cette guerre. Il est facile d’écrire sur un étendard “Dieu est avec nous”; de nombreuses personnes sont soucieuses d’assurer que Dieu soient avec elles, mais peu d’entre elles se préoccupent de vérifier si elles sont effectivement avec Dieu.

Dans la prière, c’est Dieu qui doit nous convertir, ce n’est pas nous qui devons convertir Dieu. C'est l'humilité. Je vais prier, mais Toi, Seigneur, convertis mon cœur pour qu'il demande ce qui convient, qu'il demande ce qui sera le mieux pour ma santé spirituelle.

Toutefois,  le scandale demeure : quand les hommes prient avec un cœur sincère, quand ils demandent des biens qui correspondent au Royaume de Dieu, quand une mère prie pour son enfant malade, pourquoi semble-t-il parfois que Dieu n’écoute pas ? Pour répondre à cette question, il faut méditer calmement les Évangiles. Les récits de la vie de Jésus sont pleins de prières : de nombreuses personnes blessées dans leur corps et dans leur esprit lui demandent d’être guéries; il y a celui qui le prie pour un ami qui ne marche plus; il y a des pères et des mères qui lui amènent leurs garçons et leurs filles malades... Toutes ces prières sont imprégnées de souffrance. C’est un immense chœur qui invoque: “Aie pitié de nous!”.

Nous voyons que la réponse de Jésus est parfois immédiate, dans d’autres cas, en revanche, elle est différée dans le temps : il semble que Dieu ne répond pas.  Pensons à la femme cananéenne qui supplie Jésus pour sa fille: cette femme doit insister longuement pour être exaucée (cf. Mt 15, 21-28). Elle a aussi l'humilité d'écouter une parole de Jésus qui semble un peu offensante : nous ne devons pas jeter le pain aux chiens, aux petits chiens. Mais l'humiliation importe peu à cette femme: c'est la santé de sa fille qui importe. Et elle continue: «Oui, les petits chiens aussi mangent ce qui tombe de la table», et cela a plu à Jésus. Le courage dans la prière.

Ou bien pensons au paralytique porté par ses quatre amis : au début Jésus pardonne ses péchés et ce n’est que dans un deuxième temps qu’il le guérit dans son corps (cf. Mc 2,1-12). Dans certaines occasions, la solution du drame n’est donc pas immédiate. Même dans notre vie, chacun de nous fait cette expérience. Ayons un peu de mémoire : combien de fois avons-nous demandé une grâce, un miracle, disons-le ainsi, et rien ne s'est produit. Ensuite, avec le temps, les choses se sont arrangées, mais à la manière de Dieu, la manière divine, pas selon ce que nous voulions à ce moment-là. Le temps de Dieu n'est pas notre temps.



De ce point de vue, la guérison de la fille de Jaïre mérite une attention particulière (cf. Mc 5,21-33). Il y a un père qui court haletant : sa fille est malade et c’est pour cette raison qu’il demande l’aide de Jésus. Le Maître accepte immédiatement, mais pendant qu’ils vont vers la maison, une autre guérison se produit, et ensuite arrive la nouvelle que la petite fille est morte. Cela semble la fin, en revanche Jésus dit au Père: «Sois sans crainte, aie seulement la foi!» (Mc 5, 36). “Continue à avoir la foi ”: car c’est la foi qui soutient la prière. Et en effet, Jésus réveillera cette petite fille du sommeil de la mort. Mais pendant un certain temps Jaïre a dû marcher dans l’obscurité, avec seulement la petite flamme de la foi. Seigneur, donne-moi la foi ! Que ma foi grandisse ! Demander cette grâce, d'avoir la foi. Dans l'Évangile, Jésus dit que la foi déplace les montagnes. Mais avoir vraiment la foi. Jésus, devant la foi de ses pauvres, de ses hommes, tombe vaincu, il ressent une tendresse spéciale devant cette foi. Et il écoute.

La prière que Jésus adresse au Père au Gethsémani semble elle aussi ne pas être écoutée. «Père, si cela est possible, éloigne de moi ce qui m'attend». Il semble que le Père ne l'a pas écouté. Le Fils devra boire jusqu’à la lie le calice de la passion. Mais le Samedi saint n’est pas le chapitre final, car le troisième jour, c'est-à-dire le dimanche, il y a la résurrection. Le mal est le seigneur de l'avant-dernier jour : rappelez-vous bien de cela. Le mal n'est jamais un seigneur du dernier jour, non : de l'avant-dernier, le moment où la nuit est la plus sombre, précisément avant l'aurore. Là, lors de l'avant-dernier jour, il y a la tentation où le mal nous fait croire qu'il a vaincu: «Tu as vu ? J'ai gagné !». Le mal est le seigneur de l'avant-dernier jour : le dernier jour, il y a la résurrection. Mais le mal n'est jamais le seigneur du dernier jour : Dieu est le Seigneur du dernier jour.  Car celui-ci n’appartient qu’à Dieu, et c’est le jour où s’accompliront toutes les aspirations humaines de salut. Apprenons cette patience humble d'attendre la grâce du Seigneur, attendre le dernier jour. Très souvent l'avant-dernier jour est très laid, car les souffrances humaines sont laides. Mais le Seigneur est là le dernier jour et Il résout tout.

 


19 mai, 2021

Pape François. Audience 34. Distraction, aridité, acédie

 .


PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Cour Saint-Damase
Mercredi 19 mai 2021

Catéchèse - 34. Distraction, aridité, acédie

Chers frères et sœurs, bonjour!

En suivant le modèle du Catéchisme, au cours de cette catéchèse, nous nous référons maintenant à l'expérience de la prière, en essayant d'en indiquer certaines difficultés, très communes, qui doivent être identifiées et surmontées. Prier n’est pas facile : il y a de nombreuses difficultés qui se présentent dans la prière. Il faut les connaître, les identifier et les surmonter.



La distraction. Voilà le premier problème qui se présente à celui qui prie (cf. CEC, n. 2729). Tu commences à prier, puis ton esprit erre, erre, dans le monde entier ; ton cœur est là, l’esprit est ailleurs… La distraction. La prière coexiste souvent avec la distraction. En effet, l'esprit humain a du mal à s'arrêter longtemps sur une seule pensée. Nous faisons tous l’expérience de ce tourbillon constant d'images et d'illusions en mouvement constant, qui nous accompagne même pendant notre sommeil. Et nous savons tous qu'il n'est pas bon de céder à ce penchant désordonné.

Lutter pour gagner et maintenir la concentration ne concerne pas seulement la prière. Si l'on n'atteint pas un degré suffisant de concentration, on ne peut pas étudier avec profit ni même bien travailler. Les athlètes savent que les compétitions ne se remportent pas seulement avec l'entraînement physique, mais aussi avec la discipline mentale : surtout avec la capacité de rester concentrés et de maintenir vive l'attention.

Les distractions ne sont pas coupables, mais elles doivent être combattues.

Dans le patrimoine de notre foi, il existe une vertu qui est souvent oubliée, mais qui est très présente dans l'Evangile. Elle s'appelle « vigilance ». Et Jésus le dit souvent : « Veillez. Priez ».

Le Catéchisme la cite de façon explicite dans son instruction sur la prière (cf. n. 2730). Souvent, Jésus rappelle les disciples au devoir d'une vie sobre, guidée par la pensée que tôt ou tard, Lui, il reviendra, comme un époux des noces ou un maître d'un voyage. Mais ne connaissant ni l'heure, ni le jour de son retour, toutes les minutes de notre vie sont précieuses et ne doivent pas être perdues en distractions. A un moment que nous ignorons, la voix de notre Seigneur retentira : ce jour-là, bienheureux ces serviteurs qu'Il trouvera occupés, encore concentrés sur ce qui compte véritablement. Ils ne se sont pas dispersés en courant après toutes les attractions qui leur venaient à l'esprit, mais ils ont cherché à marcher sur la juste voie, en faisant le bien et en faisant leur devoir. Voilà la distraction : quand l’imagination tourne en rond, tourne en rond, tourne en rond… Sainte Thérèse appelait cette imagination qui erre, erre dans la prière, « la folle de la maison » : c’est comme une folle qui te fait tourner en rond, tourner en rond… Il nous faut l’arrêter et la mettre en cage, avec attention.



Le temps de la sécheresse mérite un discours à part.

Le Catéchisme le décrit en ces termes : « Le cœur est sans goût pour les pensées, souvenirs et sentiments, même spirituels. C’est le moment de la foi pure qui se tient fidèlement avec Jésus dans l’agonie et au tombeau » (n. 2731).

La sécheresse nous fait penser au Vendredi Saint, pendant la nuit, et au Samedi Saint, toute la journée : Jésus n’est pas là, il est dans la tombe ; Jésus est mort : nous sommes seuls.

Et cela est la pensée-mère de la sécheresse. Souvent, nous ne savons pas quelles sont les causes de la sècheresse : cela peut dépendre de nous-mêmes, mais aussi de Dieu, qui permet certaines situations de la vie extérieure ou intérieure. Ou, parfois, ce peut être un mal à la tête ou un mal au foie qui t’empêche d’entrer dans la prière. Souvent, nous ne connaissons pas bien la raison.

Les maîtres spirituels décrivent l'expérience de la foi comme une alternance constante de temps de consolation et de désolation ; des moments où tout est facile, tandis que d'autres sont marqués par une grande pesanteur. Souvent, quand nous rencontrons un ami, nous disons : « Comment vas-tu ? » - « Aujourd’hui je suis déprimé ». Souvent, nous sommes « déprimés », c’est-à-dire que nous n’éprouvons pas de sentiments, nous ne trouvons pas de consolations, nous n’y arrivons pas. Ce sont ces jours gris… Et il y en a beaucoup, dans la vie !

Mais le danger est d’avoir le cœur gris : quand cette « déprime » arrive au cœur et le rend malade… Il y a des gens qui vivent avec le cœur gris. C’est terrible : on ne peut pas prier, on ne peut pas sentir la consolation avec le cœur gris ! Et on ne peut toujours avoir une sécheresse spirituelle avec un cœur gris. Le cœur doit être ouvert et lumineux, afin que la lumière du Seigneur y entre. Et si elle n’entre pas, il faut l’attendre avec espérance. Mais ne pas l’enfermer dans le gris.



Puis, une chose différente est l’acédie, un autre défaut, un autre vice, qui est une véritable tentation contre la prière et, plus généralement, contre la vie chrétienne. L'acédie est « une forme de dépression due au relâchement de l’ascèse, à la baisse de la vigilance, à la négligence du cœur » (CEC, n. 2733). C'est l'un des sept « péchés capitaux » parce que, alimenté par la présomption, il peut conduire à la mort de l'âme.

Comment faire, donc, dans cette succession d'enthousiasmes et de découragements ? Il faut apprendre à marcher toujours. Le véritable progrès de la vie spirituelle ne consiste pas à multiplier les extases, mais à être capables de persévérer dans les moments difficiles : marche, marche, marche… Et si tu es fatigué, arrête-toi un peu et recommence à marcher. Mais avec persévérance.

Rappelons la parabole de saint François sur la joie parfaite : ce n'est pas dans les fortunes infinies qui pleuvent du Ciel que l'on mesure la capacité d'un frère, mais dans le fait de marcher avec constance, même lorsque l'on n'est pas reconnu, même lorsque l'on est maltraité, même lorsque tout a perdu le goût des débuts.

Tous les saints sont passés par cette « vallée obscure », et ne nous scandalisons pas si, en lisant leur journal, nous écoutons le compte-rendu de soirées de prière sans entrain, vécue sans goût. Il faut apprendre à dire : « Même si Toi, mon Dieu, sembles faire de tout pour que je cesse de croire en Toi, moi au contraire je continue à te prier ». Les croyants n'éteignent jamais la prière ! Parfois, elle peut ressembler à celle de Job, qui n'accepte pas que Dieu le traite de façon injuste, proteste et le prend à parti. Mais souvent, même protester devant Dieu est une façon de prier ou, comme disait cette petite vieille, « se mettre en colère contre Dieu est aussi une façon de prier », parce que souvent, le fils se met en colère contre son père : c’est un mode de relation avec le père ; parce qu’il le reconnaît comme « père », il se met en colère…

Et nous aussi, qui sommes beaucoup moins saints et patients que Job, nous savons qu'à la fin, au terme de ce temps de désolation, au cours duquel nous avons élevé au Ciel des cris muets et de nombreux « pourquoi ? », Dieu nous répondra.

N’oubliez pas la prière du « pourquoi ? » : c’est la prière que font les enfants quand ils commencent à ne pas comprendre les choses et les psychologues l’appellent « l’âge des pourquoi », parce que l’enfant demande à son père : « Papa, pourquoi… ? Papa, pourquoi… ? Papa, pourquoi… ? Mais attention : l’enfant n’écoute pas la réponse du père. Le père commence à répondre et l’enfant arrive avec un autre pourquoi.  Il veut seulement attirer le regard de son père sur lui ; et quand nous nous mettons un peu en colère contre Dieu, et que nous commençons à demander des pourquoi, nous sommes en train d’attirer le cœur de notre Père vers notre misère, vers notre difficulté, vers notre vie. Mais oui, ayez le courage de dire à Dieu : « Mais pourquoi… ? ». Parce que parfois, se mettre un peu en colère fait du bien, parce que cela réveille ce rapport de fils à Père, de fille à Père, que nous devons avoir avec Dieu. Et Il recueillera même nos expressions les plus dures et les plus amères, avec l’amour d’un père et les considérera comme un acte de foi, comme une prière.

 


12 mai, 2021

Pape François. Le combat de la prière

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PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Cour Saint-Damase
Mercredi 12 mai 2021

Catéchèse - 33. Le combat de la prière

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je suis content de reprendre cette rencontre face à face, car je dois vous dire une chose: ce n’est pas agréable de parler quand il n’y a personne, devant une caméra. Ce n’est pas agréable. Et maintenant, après de nombreux mois, grâce au courage de Mgr Sapienza (qui a dit: “Non, nous la faisons là”) nous sommes réunis ici. C’est bien Mgr Sapienza ! Et retrouver les gens, et vous retrouver, chacun avec sa propre histoire, des gens qui viennent de partout, d’Italie, des Etats-Unis, de Colombie, ensuite cette petite équipe de football de quatre jeunes frères suisses (je crois) qui sont là … quatre. Il manque la petite sœur, espérons qu’elle arrive … Et voir chacun de vous me fait plaisir, car nous sommes tous frères dans le Seigneur et nous regarder nous aide à prier les uns pour les autres. Même les gens qui sont loin, mais qui deviennent toujours proches. L’immanquable sœur Geneviève qui vient du Lunapark, des gens qui travaillent: ils sont nombreux et ils sont tous ici. Merci pour votre présence et pour votre visite. Apportez le message du Pape à tous. Le message du Pape est que je prie pour tous, et je demande de prier pour moi unis dans la prière.

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Et en parlant de prière, la prière chrétienne, comme toute la vie chrétienne, n’est pas une «promenade». Aucun des grands orants que nous rencontrons dans la Bible et dans l’histoire de l’Eglise n’a eu une prière «confortable». 

Oui, oui on peut prier comme des perroquets – bla , bla, bla, bla, bla – mais ce n’est pas une prière. La prière apporte assurément une grande paix, mais à travers un combat intérieur, parfois dur, qui peut accompagner des périodes parfois longues de la vie.

Prier n’est pas une chose facile et c’est pourquoi nous fuyons la prière. Chaque fois que nous voulons le faire, de nombreuses autres activités nous viennent immédiatement à l’esprit, qui, à ce moment-là, paraissent plus importantes et plus urgentes. Cela m’arrive aussi : je vais prier un peu… Et non, je dois faire ceci et cela… Nous fuyons la prière, je ne sais pas pourquoi, mais c’est ainsi. 

Presque toujours, après avoir reporté la prière à plus tard, nous nous apercevons que ces choses n’étaient pas du tout essentielles, et que nous avons peut-être perdu du temps. L’Ennemi nous trompe ainsi.

Tous les hommes et les femmes de Dieu rapportent non seulement la joie de la prière, mais également la difficulté et la fatigue qu’elle peut procurer: à certains moments c’est une lutte dure. Certains saints l’ont poursuivie pendant des années sans en éprouver aucun goût, sans en percevoir l’utilité.

Le silence, la prière, la concentration sont des exercices difficiles, et quelquefois la nature humaine se rebelle. Nous préférerions être dans n’importe quelle autre partie du monde, mais pas là, sur ce banc de l’église en train de prier. Celui qui veut prier doit se rappeler que la foi n’est pas facile, et parfois elle avance dans une obscurité presque totale, sans points de référence. 

Il y a des moments de la vie de foi qui sont sombres et c’est pourquoi certains saints les appellent: «La nuit obscure», parce que l’on n’entend rien. Mais moi, je continue à prier.  

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Le Catéchisme énumère une longue série d’ennemis de la prière, ceux qui rendent difficile de prier, qui mettent en difficulté (cf. nn. 2726-2728). Certains doutent qu’elle puisse vraiment atteindre le Tout-puissant: mais pourquoi Dieu est-il silencieux?  



Si Dieu est Tout-puissant, il pourrait dire deux mots et mettre un terme à l’histoire. Devant la nature insaisissable du divin, d’autres ont le soupçon que la prière ne soit qu’une simple opération psychologique; une chose qui est peut-être utile, mais qui n’est pas vraie ni nécessaire: et on pourrait même être pratiquants sans être croyants. Et ainsi de suite, avec tant d’explications.

Les pires ennemis de la prière se trouvent cependant en nous. Le Catéchisme les appelle ainsi: «Découragement devant nos sécheresses, tristesse de ne pas tout donner au Seigneur, car nous avons "de grands biens" (cf. Mc 10, 22), déception de ne pas être exaucés selon notre volonté propre, blessure de notre orgueil qui se durcit sur notre indignité de pécheur, allergie à la gratuité de la prière» (n. 2728). Il s’agit clairement d’une liste sommaire, qui pourrait être allongée.

Que faire au moment de la tentation, quand tout semble vaciller? Si nous explorons l’histoire de la spiritualité, nous remarquons immédiatement que les maîtres de l’âme avaient bien clairement à l’esprit la situation que nous avons décrite. Pour la dépasser, chacun d’entre eux a offert une contribution: une parole de sagesse, ou bien une suggestion pour affronter les temps pavés de difficultés. Il ne s’agit pas de théories élaborées à un bureau, non, mais de conseils nés de l’expérience, qui montrent l’importance de résister et de persévérer dans la prière.

Il serait intéressant de passer en revue au moins certains de ces conseils, car chacun mérite d’être approfondi. Par exemple, les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola sont un livret de grande sagesse, qui enseigne à mettre de l’ordre dans sa propre vie. Il fait comprendre que la vocation chrétienne est la décision de se placer sous la bannière de Jésus Christ et pas sous celle du diable, en cherchant à faire le bien même quand cela devient difficile.

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Dans les temps d’épreuve, il est bon de se rappeler que nous ne sommes pas seuls, que quelqu’un veille à nos côtés et nous protège.

Saint Antoine abbé, fondateur du monachisme chrétien, en Egypte, affronta lui aussi des moments terribles, où la prière se transformait en dure lutte. Son biographe saint Athanase, évêque d’Alexandrie, raconte que l’un des pires épisodes arriva au saint ermite vers ses trente-cinq ans, un âge moyen qui comporte une crise pour beaucoup de personnes. Antoine fut troublé par cette épreuve, mais il résista. Quand il retrouva finalement sa sérénité, il s’adressa à son Seigneur sur un ton presque de reproche: «Où étais-tu? Pourquoi n’es-tu pas venu immédiatement pour mettre fin à mes souffrances?». Et Jésus répondit: «Antoine, j’étais là. Mais j’attendais de te voir combattre» (Vie d’Antoine, n. 10).

Combattre dans la prière. Et très souvent la prière est un combat. Il me vient à l’esprit quelque chose que j’ai vécu de près. Il y avait un couple qui avait une petite fille de neuf ans, atteinte d’une maladie que les médecins ne connaissaient pas. Et à la fin, à l’hôpital, le médecin dit à la mère: “Madame, appelez votre mari”. Et son mari était au travail; ils étaient ouvriers, ils travaillaient tous les jours. Et il a dit au père: “Votre fille ne passera pas la nuit. C’est une infection, nous ne pouvons rien faire”. 

Peut-être cet homme n’allait-il pas tous les jours à la Messe, mais il avait une grande foi. Il sortit en pleurant, il laissa sa femme avec la petite fille à l’hôpital, prit le train et parcourut  les soixante-dix kilomètres jusqu’à la basilique de la Vierge de Luján, la Patronne de l’Argentine. Et là – la basilique était déjà fermée, il était presque dix heures du soir – il s’accrocha aux grilles de la basilique et pria la Vierge toute la nuit, en combattant pour la santé de sa fille. Ce n’est pas une histoire inventée; je l’ai vu! Je l’ai vécu. Cet homme combattait. A la fin, à six heures du matin, dès l’ouverture de l’église il entra pour saluer la Vierge: toute la nuit à “combattre” et ensuite il rentra chez lui. Quand il arriva, il chercha sa femme, mais il ne la trouva pas et pensa: “Elle est partie. Non, la Vierge ne peut pas me faire ça”. Puis il la trouva souriante, qui disait: “Je ne sais pas ce qui s’est passé; les médecins me disent que les choses ont changé et que notre fille est à présent guérie”. 

En luttant avec la prière, cet homme a obtenu la grâce de la Vierge. La Vierge l’a écouté. Et j’ai vu cela: la prière fait des miracles, car la prière va précisément au cœur de la tendresse de Dieu qui nous aime comme un père. Et quand il ne nous accorde pas la grâce, il nous en fera une autre, que nous verrons avec le temps

Mais il faut toujours combattre dans la prière pour demander la grâce. Oui, parfois nous demandons une grâce dont nous avons besoin, mais nous la demandons comme ça, sans envie, sans combattre, mais ce n’est pas ainsi qu’on doit demander les choses sérieuses. La prière est un combat et le Seigneur est toujours avec nous.

Si dans un moment d’aveuglement nous ne réussissons pas à apercevoir sa présence, nous y arriverons à l’avenir. Nous répéterons nous aussi la même phrase que le patriarche Jacob prononça un jour: «En vérité, Yahvé est en ce lieu et je ne le savais pas!» (Gn 28,16). 

A la fin de notre vie, en regardant derrière nous, nous pourrons dire nous aussi: «Je pensais que j’étais seul, mais non, je ne l’étais pas: Jésus était avec moi». Nous pourrons tous dire cela.