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10 novembre, 2021

Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 15. Ne nous laissons pas prendre par la fatigue.

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PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI
Mercredi 10 novembre 2021

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Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 15. Ne nous laissons pas prendre par la fatigue. Viens Esprit Saint et nous serons libres.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous sommes parvenus à la fin de la catéchèse sur la Lettre aux Galates. Tant d'autres éléments contenus dans ce texte de Saint Paul auraient pu faire l'objet d'une réflexion ! La parole de Dieu est une source inépuisable. Dans cette Lettre, l’Apôtre Paul nous a parlé en évangélisateur, en théologien et en pasteur.

Le saint évêque Ignace d'Antioche a une belle expression lorsqu'il écrit : "Il y a un seul maître lequel parla et ce qu'il dit fut réalisé ; mais les choses qu'il a faites en silence sont dignes du Père. Qui possède la parole de Jésus peut aussi entendre son silence" (Ad Ephesios, 15, 1-2). Nous pouvons dire que l'apôtre Paul a su donner voix à ce silence de Dieu. Ses intuitions les plus originales nous aident à découvrir la nouveauté bouleversante dont recèle la révélation de Jésus-Christ. Il a été un véritable théologien, qui a contemplé le mystère du Christ et l'a transmis par son intelligence créatrice. 



Et il a aussi été capable d'exercer sa mission pastorale auprès d'une communauté perdue et désorientée. Il l'a fait avec différentes méthodes : il a utilisé de temps en temps l'ironie, la rigueur, la douceur... Il a affirmé son autorité d'apôtre, mais en même temps il n'a pas caché les faiblesses de son caractère. La puissance de l'Esprit a vraiment creusé son cœur : la rencontre avec le Christ ressuscité a conquis et transformé toute sa vie, qu'il a entièrement consacrée au service de l'Évangile.

Paul n'a jamais pensé à un christianisme aux traits iréniques, manquant de mordant et d'énergie, au contraire. Il a défendu la liberté apportée par le Christ avec une passion qui nous touche encore aujourd'hui, surtout si l'on pense aux souffrances et à la solitude qu'il a dû endurer.

Il était convaincu d'avoir reçu un appel auquel lui seul pouvait répondre ; et il a voulu expliquer aux Galates qu'eux aussi étaient appelés à cette liberté, qui les affranchissait de toute forme d'esclavage, parce qu'elle les rendait héritiers de l'ancienne promesse et enfants de Dieu dans le Christ. Et conscient des risques que comportait cette conception de la liberté, il n'en a jamais minimisé les conséquences. Il était conscient des risques que comporte la liberté chrétienne, mais il n'en a pas minimisé les conséquences. Il a expliqué avec parrhésie, c'est-à-dire avec courage, aux croyants que la liberté n’équivaut pas en fait au libertinage et ne conduit pas à des formes d’autosuffisance présomptueuse.



Au contraire, Paul a placé la liberté à l'ombre de l'amour et a établi son exercice cohérent dans le service de la charité. Toute cette vision s'inscrit dans l'horizon de la vie selon l'Esprit Saint, qui porte à son accomplissement la Loi donnée par Dieu à Israël et empêche de retomber sous l'esclavage du péché.

La tentation est toujours de retourner en arrière. Une définition des chrétiens, qui se trouve dans les Écritures, dit que nous, les chrétiens, ne sommes pas des gens qui vont en arrière, qui retournent en arrière. Une belle définition. Et la tentation est d’aller en arrière pour être plus sûr ; de revenir uniquement à la Loi, en négligeant la vie nouvelle de l'Esprit. C'est ce que Paul nous enseigne : la vraie Loi a sa plénitude dans cette vie de l'Esprit que Jésus nous a donné. Et cette vie de l'Esprit peut être vécue seulement dans la liberté, la liberté chrétienne. Et c'est l'une des choses plus belles.

Au terme de cet itinéraire catéchétique, il me semble que deux attitudes peuvent naître en nous.

D'une part, l'enseignement de l'Apôtre suscite en nous enthousiasme ; nous nous sentons poussés à suivre immédiatement le chemin de la liberté, à "marcher selon l'Esprit". Toujours marcher selon l'Esprit : ça nous rend libres.

D'autre part, nous sommes conscients de nos limites, car nous faisons l’expérience chaque jour de la difficulté d'être docile à l'Esprit, de répondre à son action bénéfique. Alors peut s'installer la fatigue qui freine l'enthousiasme. Nous nous sentons découragés, faibles, parfois marginalisés par rapport au style de vie de la mentalité mondaine.

Saint Augustin nous suggère comment réagir dans cette situation, en se référant à l'épisode évangélique de la tempête sur le lac. Il dit ainsi : "La foi du Christ dans ton cœur est comme le Christ dans la barque. Tu entends des insultes, tu te fatigues, tu es contrarié, et Christ dors. Réveille le Christ, secoue ta foi ! 



Même dans la tourmente, tu es capable de faire quelque chose. Secoue ta foi. Le Christ se lève et te parle... Réveille donc le Christ... Croie ce qui a été dit, et il y aura un grand calme dans ton cœur" (Sermons 163/B 6).

Dans les moments de difficulté, nous sommes comme - dit ici saint Augustin - dans la barque au moment de la tempête. Et qu'ont-ils fait les Apôtres ? Ils ont réveillé le Christ qui dormait dans la tempête, mais Lui était présent. L’unique chose que nous pouvons faire dans les mauvais moments est de "réveiller" le Christ qui est en nous, mais "endormi" comme dans la barque. C'est vraiment ainsi. Nous devons réveiller le Christ dans notre cœur et alors seulement nous pourrons contempler les choses avec son regard, car il voit au-delà de la tempête. À travers son regard serein, nous pouvons voir un panorama qui, par nous-mêmes, n'est même pas concevable.

Dans ce parcours difficile mais fascinant, l'Apôtre nous rappelle que nous ne devons pas non plus nous lasser de faire le bien. Ne vous lassez pas de faire le bien. Nous devons avoir confiance que l'Esprit vient toujours au secours de notre faiblesse et nous accorde le soutien dont nous avons besoin.

Apprenons donc à invoquer plus souvent l’Esprit Saint ! Quelqu'un pourrait dire : "Et comment invoque-t-on le Saint-Esprit ? Parce que je sais comment prier le Père, avec le Notre Père ; je sais comment prier la Vierge avec l'Ave Maria ; je sais comment prier Jésus avec la Prière des Plaies, mais qu'en est-il de l'Esprit ? Quelle est la prière du Saint-Esprit ?". La prière à l'Esprit Saint est spontanée : elle doit venir de ton cœur.

Tu dois dire dans les moments de difficulté : " Saint Esprit, viens". Le mot clé est celui-ci : "viens". Mais tu dois le dire avec ton langage, avec tes mots. Viens, parce que je suis en difficulté, viens parce que je suis dans l'obscurité, dans les ténèbres ; viens parce que je ne sais pas quoi faire ; viens parce que je risque de tomber. Viens. Viens.

C'est la parole de l'Esprit pour invoquer l'Esprit. Apprenons à invoquer plus souvent l’Esprit Saint. Nous pouvons le faire avec des mots simples, à différents moments de la journée.

Et nous pouvons emporter avec nous, peut-être bien dans notre Evangile de poche, la belle prière que l'Église récite à la Pentecôte : " Viens, Esprit Saint, / envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. / Viens, Père des pauvres, / viens, dispensateur des dons, /viens, lumière de nos cœurs. / Consolateur souverain, / hôte très doux de nos âmes, / adoucissante fraîcheur...". Viens.

Et ainsi de suite, c'est une prière très belle. Le cœur de la prière est "viens", c'est ainsi que la Vierge et les Apôtres priaient après que Jésus soit monté au Ciel ; ils étaient seuls au Cénacle et invoquaient l'Esprit. Cela nous fera du bien de prier souvent : Viens, Esprit Saint. Et avec la présence de l'Esprit, nous sauvegardons la liberté. Nous serons libres, des chrétiens libres, non attachés au passé au sens négatif du terme, non liés à des pratiques, mais libres de la liberté chrétienne, celle qui nous fait mûrir. Cette prière nous aidera à marcher dans l'Esprit, dans la liberté et dans la joie, car quand vient l'Esprit Saint, vient la joie, la vraie joie. Que le Seigneur vous bénisse !

 


03 novembre, 2021

Audience 3 novembre 2021. 14 marcher selon l'Esprit

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PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI
Mercredi 3 novembre 2021

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Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 14. Marcher selon l’Esprit

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans le passage de la Lettre aux Galates que nous venons d'écouter, saint Paul exhorte les chrétiens à marcher selon l'Esprit Saint (cf. 5,16.25). Il existe un style : marcher selon le Saint-Esprit. En effet, croire en Jésus signifie le suivre, aller derrière sur son chemin, comme l'ont fait les premiers disciples. Et en même temps, cela signifie éviter le chemin opposé, celui de l'égoïsme, de la recherche de son propre intérêt, que l'Apôtre appelle "le désir de la chair" (v. 16). L'Esprit est le guide de cette marche sur le chemin du Christ, un cheminement merveilleux mais aussi fatigant qui commence au baptême et dure toute la vie. Pensons à une longue randonnée en haute montagne : elle est fascinante, l'objectif nous attire, mais requiert beaucoup d'efforts et de ténacité.

Cette image peut nous être utile pour entrer dans le mérite des paroles de l'Apôtre : "marcher selon l'Esprit", "se laisser guider" par Lui. Ce sont des expressions qui indiquent une action, un mouvement, un dynamisme qui nous empêche de nous arrêter aux premières difficultés, mais nous pousse à faire confiance à la "force qui vient d'en haut" (Pasteur d'Hermas, 43, 21). En suivant ce chemin, le chrétien acquiert une vision positive de la vie. Cela ne signifie pas que le mal présent dans le monde a disparu, ni que les impulsions négatives de l'égoïsme et de l'orgueil ont disparu ; cela signifie plutôt croire que Dieu est toujours plus fort que nos résistances et plus grand que nos péchés. Et ceci est important : croire que Dieu est plus grand, toujours. Plus grand que nos résistances, plus grand que nos péchés.



En exhortant les Galates à suivre cette voie, l'Apôtre se met à leur niveau. Il abandonne le verbe à l'impératif - "marchez" (v. 16) - et il utilise le "nous" à l'indicatif: "marchons selon l'Esprit" (v. 25). Comme pour dire : marchons sur la même ligne et laissons-nous guider par l'Esprit Saint. C'est une exhortation, un mode exhortatif. Cette exhortation Saint Paul la ressent également comme nécessaire pour lui-même. Bien qu'il sache que le Christ vit en lui (cf. 2,20), il est également convaincu qu'il n'a pas encore atteint le but, le sommet de la montagne (cf. Ph 3,12). L'Apôtre ne se place pas au-dessus de sa communauté, il ne dit pas : "Je suis le chef, vous êtes les autres ; j'ai atteint le sommet de la montagne et vous êtes en chemin" - il ne dit pas cela -mais il se place au milieu du cheminement de tous, pour donner l’exemple concret de la nécessité d'obéir à Dieu, en répondant toujours plus et toujours mieux à la direction de l'Esprit. 

Et comme c'est beau quand on trouve des pasteurs qui marchent avec leur peuple, qui ne se séparent pas ; "Non, je suis plus important, je suis un pasteur".  Toi ...", "Je suis prêtre", "Je suis évêque", avec le nez en l'air. Non : des pasteurs qui marchent avec le peuple. C'est tellement beau. Ça fait du bien à l'âme.

Cette "marche selon l'Esprit" n'est pas seulement une action individuelle : elle concerne aussi la communauté dans son ensemble. En effet, construire la communauté en suivant le chemin indiqué par l'Apôtre est enthousiasmant, mais exigeant. 


Les "convoitises de la chair", "les tentations" - pour ainsi dire - que tous nous avons, c'est-à-dire les envies, les préjugés, les hypocrisies et les ressentiments continuent à se faire sentir, et le recours à des préceptes rigides peut être une tentation facile, mais ce faisant, on s'écarterait du chemin de la liberté et, au lieu de monter au sommet, on retournerait vers le bas. Suivre le chemin de l'Esprit exige tout d'abord que nous fassions de la place à la grâce et à la charité. Faire place à la grâce de Dieu. Ne pas avoir peur. Après avoir fait entendre sa voix de manière sévère, Paul invite les Galates à prendre en charge les difficultés des uns et des autres et, si quelqu'un devait commettre une erreur, à faire preuve de douceur (cf. 5,22). Écoutons ses paroles : " Frères, si quelqu’un est pris en faute, vous, les spirituels, remettez-le dans le droit chemin en esprit de douceur ; mais prenez garde à vous-mêmes : vous pourriez être tentés, vous aussi. Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ." (6,1-2). 



Une attitude très différente de celle qui consiste à jaser quand on voit quelque chose, jacasser contre cela, n'est-ce pas ? Éplucher [cancaner sur] son prochain. Non, cela n'est pas selon l'Esprit. Selon l'Esprit, c'est avoir cette douceur avec notre frère pour le corriger et veiller sur nous-mêmes pour ne pas tomber dans ces péchés, c'est l'humilité.

En effet, lorsque nous sommes tentés de mal juger les autres, comme c'est souvent le cas, nous devons d'abord réfléchir à notre propre fragilité. Comme il est facile de critiquer les autres ! Mais il y a des gens qui semblent avoir un diplôme en commérage. Tous les jours, ils critiquent les autres. Mais regarde-toi toi-même ! Il est bon de se demander ce qui nous pousse à corriger un frère ou une sœur, et si nous ne sommes pas en quelque sorte coresponsables de son erreur.

L'Esprit Saint, en plus de nous faire le don de la douceur, nous invite à la solidarité, à porter les fardeaux des autres. Combien de fardeaux existent-ils dans la vie d'une personne : maladie, manque de travail, solitude, douleur... ! Et tant d'autres épreuves qui nécessitent la proximité et l'amour de nos frères et sœurs ! Les paroles de Saint Augustin peuvent également nous aider lorsqu'il commente ce même passage : " Ainsi donc, frères, si quelqu'un est pris en défaut, [...] corrigez-le de cette manière, avec douceur, avec douceur.

Et si vous élevez la voix, aimez intérieurement. Soit que tu encourages, que tu te montres paternel, soit que tu reprennes, que tu sois sévère, aime" (Sermons 163/B 3). Aime toujours. La règle suprême de la correction fraternelle est l'amour : vouloir le bien de nos frères et sœurs.

Et il s’agit aussi de tolérer les problèmes des autres, les défauts des autres en silence dans la prière, pour ensuite trouver la méthode adéquate pour l'aider à se corriger. Et ce n'est pas facile. Le moyen le plus simple c’est le bavardage. Raconter des ragots sur l'autre personne [l’éplucher] comme si moi j'étais parfait. Et on ne devrait pas faire comme cela. Douceur. Patience. Prière. Proximité.

Marchons joyeusement et patiemment sur ce chemin, en nous laissant guider par l'Esprit Saint. Merci.


29 octobre, 2021

Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 13. Le fruit de l'Esprit

 AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI
Mercredi 27 octobre 2021

Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 13. Le fruit de l'Esprit

Résumé :

Frères et sœurs, la prédication de saint Paul est centrée sur Jésus et son Mystère pascal. L’Apôtre annonce le Christ, le Christ crucifié.

Le centre du salut et de la foi est la mort et la résurrection du Seigneur. Pour Paul, il faut revenir à l’essentiel, à Dieu qui nous donne la vie dans le Christ crucifié.

Lorsque nous rencontrons Jésus Crucifié dans la prière, il nous donne sa vie. L’Esprit qui jaillit de la Pâques de Jésus est le principe de la vie spirituelle. C’est lui qui change nos cœurs et guide l’Eglise.

La vie de la communauté est régénérée dans l’Esprit Saint, et c’est toujours grâce à lui que nous nourrissons notre vie chrétienne et poursuivons notre combat spirituel. Deux fronts s’y opposent : d’une part les « œuvres de la chair » et d’autre part, les « fruits de l’Esprit ». L’amour, la paix et la joie sont les caractéristiques d’une personne habitée par l’Esprit de Dieu. Nous avons la grande responsabilité d’annoncer le Christ crucifié et ressuscité en étant animés par le souffle de l’Esprit d’amour. Seul l’amour possède la force d’attirer et de changer le cœur de l’homme.

 

Le Pape a poursuivi son itinéraire de catéchèses sur la Lettre aux Galates de saint Paul lors de l’audience générale, mercredi 27 octobre 2021 en salle Paul VI du Vatican. Le Saint-Père a développé une réflexion sur Paul comme annonciateur du Christ crucifié, insistant sur un retour à l’essentiel au milieu des mille problèmes et pensées qui nous assaillent, et font perdre le fil de la vie spirituelle.

«Aux Galates, tentés de fonder leur religiosité sur l'observance de préceptes et de traditions, Paul rappelle le centre du salut et de la foi: la mort et la résurrection du Seigneur», a d’abord assuré le Souverain pontife argentin, regrettant qu’aujourd’hui  encore, beaucoup sont à la recherche «de certitudes religieuses plutôt que du Dieu vivant et véritable», se concentrant sur «les rituels et les préceptes plutôt que d'embrasser le Dieu de l'amour de tout leur être». C'est pourquoi Paul demande aux Galates de revenir à l'essentiel, estime le Pape, à Dieu qui nous donne la vie dans le Christ crucifié.

Repartir du Christ crucifié

Si nous perdons le fil de notre vie spirituelle, si mille problèmes et pensées nous assaillent, faisons nôtre le conseil de Paul, a exhorté l’évêque de Rome: plaçons-nous devant le Christ crucifié, repartons de Lui. «Prenons le Crucifix dans nos mains, serrons-le contre notre cœur. Ou bien faisons une pause en adoration devant l'Eucharistie, où Jésus est le Pain rompu pour nous, le Crucifié ressuscité». 

Audience générale: la liberté, un trésor qui croît avec l'amour

Le Pape François a poursuivi son itinéraire de catéchèses sur la lettre de saint Paul aux Galates lors de l’audience générale en salle Paul VI du Vatican, mercredi 20 octobre 202. ...

 

Et le Pape d’inviter, toujours guidés par saint Paul, à faire un pas de plus. «Demandons-nous: que se passe-t-il lorsque nous rencontrons Jésus crucifié dans la prière ? Ce qui se passe est ce qui s'est passé sous la Croix : Jésus donne l'Esprit (cf. Jn 19,30), c'est-à-dire qu'il donne sa propre vie. Et l'Esprit, qui découle de la Pâque de Jésus, est le principe de la vie spirituelle. C'est Lui qui change le cœur : non pas nos œuvres, mais l'action du Saint-Esprit en nous!»

Le combat spirituel 

C'est lui qui guide l'Église, et nous sommes appelés à obéir à son action, qui se déploie où et comme il le veut. Et c'est toujours grâce à Lui que nous nourrissons notre vie chrétienne et poursuivons notre combat spirituel, a affirmé le Pape, relevant l’importance du combat spirituel dans la Lettre aux Galates.

L'Apôtre présente en effet deux fronts opposés: d'une part les «œuvres de la chair», d'autre part le «fruit de l'Esprit». Les œuvres de la chair sont des comportements contraires à l'Esprit de Dieu. L'Apôtre les appelle œuvres de la chair, non pas parce qu'il y aurait quelque chose de mauvais ou d'erroné dans notre chair humaine, rappelle François, mais au contraire, nous avons vu comment il insiste sur le réalisme de la chair humaine portée par le Christ sur la croix!

La chair vieillit et passe, l'Esprit donne la vie

«La chair est un mot qui indique l'homme dans sa dimension terrestre, fermé sur lui-même, dans une vie horizontale, où l'on suit les instincts mondains et où la porte est fermée à l'Esprit, qui nous élève et nous ouvre à Dieu et aux autres», a-t-il observé. «Mais la chair nous rappelle aussi que tout cela vieillit et passe, pourrit, alors que l'Esprit donne la vie. Paul énumère donc les œuvres de la chair, qui se réfèrent à l'usage égoïste de la sexualité, aux pratiques magiques qui relèvent de l'idolâtrie et à ce qui mine les relations interpersonnelles, comme "la discorde, la jalousie, les dissensions, les divisions, les factions, l'envie... ‘’»

Amour, paix, joie, trois fruits de l'Esprit

Le fruit de l'Esprit, en revanche, a expliqué le Pape est «l'amour, la joie, la paix, la magnanimité, la bonté, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi» (Ga 5,22). Les chrétiens sont appelés à vivre de cette manière. «Ce peut être un bon exercice spirituel que de lire la liste de saint Paul et de regarder sa propre conduite, pour voir si elle correspond, si notre vie est vraiment conforme à l'Esprit Saint, si elle porte ces fruits. Par exemple, les trois premières énumérées sont l'amour, la paix et la joie: à partir de là, on reconnaît une personne habitée par l'Esprit de Dieu», a enfin conseillé le Saint-Père, avant de remarquer, que, parfois, ceux qui s'approchent de l'Église ont l'impression d'être confrontés à «une masse dense de commandements et de préceptes».

L'amour attire et change le cœur de l'homme

Mais en réalité, la beauté de la foi en Jésus-Christ ne peut être saisie sur la base d'un trop grand nombre de commandements et d'une vision morale qui, se développant dans de nombreux courants, peut faire oublier la fécondité originelle de l'amour, nourri par la prière pacifique et le témoignage joyeux, a-t-il souligné, abondant en ce sens: «De même, la vie de l'Esprit exprimée dans les sacrements ne peut être étouffée par une bureaucratie qui empêche l'accès à la grâce de l'Esprit, auteur de la conversion du cœur».

«Nous avons donc la grande responsabilité de proclamer le Christ crucifié et ressuscité, parce que c'est seulement cet Amour qui a le pouvoir d'attirer et de changer le cœur de l'homme», a conclu le Successeur de Pierre.

 




Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 12. La liberté se réalise dans la charité


Dans l’audience nº 12 François nous dit que nous sommes libres pour aimer.

Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 12. La liberté se réalise dans la charité

Résumé :

Frères et sœurs, saint Paul, dans la Lettre aux Galates, nous introduit dans la grande nouveauté de la foi.

Dans le Baptême, nous avons reçu le don le plus grand qui existe, le don de devenir fils de Dieu.

La vraie liberté s’exprime dans la charité.

L’amour du Christ nous a libérés du pire esclavage, celui de notre moi. La liberté grandit avec l’amour.

La liberté habitée par l’amour nous conduit vers les pauvres, en nous faisant reconnaître dans leurs visages le visage du Christ. La dimension sociale est fondamentale pour les chrétiens, elle leur permet de se tourner vers le bien commun et non vers les intérêts privés.

En ce moment historique, nous avons besoin de redécouvrir la dimension communautaire de la liberté. La pandémie nous a enseigné que nous avons besoin les uns des autres. Les autres ne sont pas un obstacle à ma liberté, mais la possibilité pour la réaliser pleinement. Notre liberté naît de l’amour de Dieu et grandit dans la charité.

Delphine Allaire – Cité du Vatican

Saint Paul introduit les fidèles «dans la grande nouveauté de la foi», à savoir la «vie nouvelle» reçue du baptême, «ce grand cadeau déversé sur nous». Ainsi le Pape François a débuté sa méditation spirituelle du mercredi devant des centaines de pèlerins et fidèles en salle Paul VI.

D'une religiosité de préceptes à une foi vivante

L’évêque de Rome a rappelé combien en renaissant dans le Christ, «nous sommes passés d'une religiosité faite de préceptes à une foi vivante». «Nous sommes passés de l'esclavage de la peur et du péché à la liberté des enfants de Dieu», a-t-il affirmé.

Ce que l'apôtre Paul considère comme le cœur de cette liberté, a soutenu le Saint-Père, n'est pas «une manière libertine de vivre, selon la chair, ou l'instinct, les désirs individuels et les pulsions égoïstes»; au contraire, la liberté de Jésus nous porte à être, écrit l'apôtre, «au service les uns des autres».  

Point de liberté sans charité

La vraie liberté, en d'autres termes, s'exprime pleinement dans la charité. Paradoxe de l'Évangile: nous sommes libres en servant; nous nous trouvons pleinement dans la mesure où nous nous donnons; nous possédons la vie si nous la perdons (cf. Mc 8,35). 

 

Audience: l’Évangile ouvre chaque culture à une liberté plus grande

 

«Comment expliquer ce paradoxe?», a questionné le Successeur de Pierre. «Par l'amour». «C'est l'amour du Christ qui nous a libérés et c'est encore l'amour qui nous libère du pire des esclavages, celui de notre ego; la liberté croît donc avec l'amour», en déduit le Souverain Pontife, prévenant toutefois: «pas avec l'amour de l'intimité, des feuilletons, pas avec la passion qui cherche simplement ce qui nous convient et ce qui nous plaît, mais avec l'amour que nous voyons dans le Christ, la charité : c'est l'amour qui est vraiment libre et libérateur». L'amour qui rayonne dans le service gratuit.

Pour une liberté guidée par l'amour

Pour Paul en effet, la liberté ne consiste donc pas à «faire ce qu’il nous plaît». Ce type de liberté, sans fin et sans références, serait une liberté vide, a assuré le Pape, observant qu’il laisse «un vide à l'intérieur». Et le Saint-Père d’expliquer: «Combien de fois, après avoir suivi seulement notre instinct, nous nous rendons compte que nous restons avec un grand vide à l'intérieur et que nous avons abusé du trésor de notre liberté, de la beauté de pouvoir choisir le vrai bien pour nous et pour les autres. Seule cette liberté est pleine, concrète, et nous insère dans la vie réelle de chaque jour.»

Ainsi la liberté guidée par l'amour est la seule qui libère les autres et nous-mêmes, qui sait écouter sans imposer, qui sait aimer sans forcer, qui construit et ne détruit pas, qui n'exploite pas les autres à sa convenance et leur fait du bien sans chercher son propre bénéfice, a insisté le Pape, sous-tendant que si la liberté n'est pas au service du bien, «elle risque d'être stérile et de ne pas porter de fruits». En revanche, la liberté animée par l'amour, elle, «conduit aux pauvres, reconnaissant, dans leur visage, celui du Christ».


13 octobre, 2021

Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 11. La liberté chrétienne, ferment universel de libération

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Dans l’audience nº 10 François nous a appris la distinction entre la liberté radicale (la liberté comme Don de Dieu) et la liberté dans cette vie, comme Tâche.

Dans l’audience d’aujourd’hui, nº 11, François tire une conséquence : la liberté comme Don nous libère de l’esclavage du péché et de la mort. Et la liberté comme Tâche libère toutes les cultures.

La foi dans l’Amour de Dieu nous donne la capacité de discerner tout ce qui est bon dans toutes les cultures et renoncer à ce qui fait obstacle à l’Amour.

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI
Mercredi 13 octobre 2021

Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 11. La liberté chrétienne, ferment universel de libération

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans notre itinéraire de catéchèse sur la Lettre aux Galates, nous avons pu nous focaliser sur ce que Saint Paul considère comme le noyau central de la liberté : le fait que, par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, nous avons été libérés de l'esclavage du péché et de la mort. 

En d'autres termes : nous sommes libres parce que nous avons été libérés, libérés par grâce - et non par paiement -, libéré par l'amour, qui devient la loi suprême et nouvelle de la vie chrétienne. 

L’amour : nous sommes libres parce que nous avons été libérés gratuitement. C'est précisément le point-clé.



Aujourd'hui, je voudrais souligner comment cette nouveauté de vie nous ouvre à l'accueil de chaque peuple et de chaque culture et, en même temps, ouvre chaque peuple et chaque culture à une liberté plus grande.

Saint Paul en fait dit que pour qui adhère au Christ, il n'importe plus d’être juif ou païen. Ce qui compte, c'est seulement "la foi, qui agit par la charité" (Ga 5,6).

Croire que nous avons été libérés et croire en Jésus-Christ qui nous a libérés : c'est la foi agissant par la charité. Les détracteurs de Paul - ces fondamentalistes qui étaient arrivés là - l'attaquaient pour cette nouveauté, affirmant qu'il avait pris cette position par opportunisme pastoral, c'est-à-dire pour "plaire à tout le monde", en minimisant les exigences reçues de sa plus étroite tradition religieuse.

 C’est le même discours des fondamentalistes d'aujourd'hui : l'histoire se répète toujours. Comme on voit, la critique de toute nouveauté évangélique n'est pas seulement de notre époque, mais a une longue histoire. Paul, cependant, ne reste pas silencieux. Il répond avec la parrhésie - c'est un mot grec qui désigne le courage, la force - et s’exprime en disant : "Est-ce par des hommes ou par Dieu que je veux me faire approuver ? Est-ce donc à des hommes que je cherche à plaire ? Si j’en étais encore à plaire à des hommes, je ne serais pas serviteur du Christ !" (Ga 1,10). 

Déjà dans sa première Lettre aux Thessaloniciens, il s'était exprimé en des termes similaires, disant que dans sa prédication il n'avait jamais usé "de mot de flatterie, ni [...] de motifs intéressés, [...]". Il n'a pas non plus [...] recherché la gloire qui vient des hommes," (1Th 2, 5-6), qui sont les manières de "faire semblant" ; une foi qui n'est pas la foi, c'est la mondanité.

La pensée de Paul se révèle une fois de plus d'une profondeur inspirée. Pour lui, accepter la foi signifie renoncer non pas au cœur des cultures et des traditions, mais seulement à ce qui fait obstacle à la nouveauté et à la pureté de l’Évangile. Parce que la liberté obtenue par la mort et la résurrection du Seigneur n'entre pas en conflit avec les cultures, avec les traditions que nous avons reçues, mieux elle y introduit une liberté nouvelle, une nouveauté libératrice, celle de l'Évangile. 

La libération obtenue par le baptême, en effet, nous permet d'acquérir la pleine dignité d'enfants de Dieu, de sorte que, tout en restant fermement enracinés dans nos racines culturelles, en même temps nous nous ouvrons à l'universalisme de la foi, qui entre dans chaque culture, en reconnaît les germes de vérité présents et les développe, en portant à sa plénitude le bien qu'elle contient. 

Accepter que nous avons été libérés par le Christ - sa passion, sa mort, sa résurrection - c'est accepter et apporter la plénitude même aux différentes traditions de chaque peuple. La vraie plénitude.

Dans l'appel à la liberté, nous découvrons le vrai sens de l'inculturation de l'Évangile. Quel est ce vrai sens ? Être capable d’annoncer la Bonne Nouvelle du Christ Sauveur tout en respectant ce qui est bon et vrai dans les cultures. 

Ce n'est pas facile ! Les tentations sont nombreuses d'imposer son propre modèle de vie comme s'il était le plus évolué et le plus désirable. Combien d'erreurs ont été commises dans l'histoire de l'évangélisation en voulant imposer un seul modèle culturel !



L'uniformité comme règle de vie n'est pas chrétienne ! L'unité oui, l'uniformité non ! Parfois, on n'a même pas renoncé à la violence pour faire prévaloir son propre point de vue. Pensons aux guerres. 

L'Église a ainsi été privée de la richesse de tant d'expressions locales qui portent en elles les traditions culturelles de populations entières. Mais c'est exactement le contraire de la liberté chrétienne ! Par exemple, je me souviens de quand s’est établie la manière de faire l'apostolat en Chine avec le Père Ricci ou en Inde avec le Père De Nobili. ... [Quelqu'un disait] : "Et non, ce n'est pas chrétien !". Oui, c'est chrétien, c'est dans la culture du peuple.

En définitive, la vision de la liberté de Paul est éclairée et enrichie par le mystère du Christ, qui dans son incarnation - comme le rappelle le Concile Vatican II - s'est uni d'une certaine manière à tout homme (cf. Constitution pastorale Gaudium et Spes, 22). Et ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'uniformité, il y a au contraire de la variété, mais de la variété unie. D'où le devoir de respecter l'origine culturelle de chaque personne, en la plaçant dans un espace de liberté qui ne soit limité d’aucune imposition dictée par une seule culture prédominante. C'est le sens de se dire catholique, de parler de l'Église catholique : ce n'est pas une dénomination sociologique pour nous distinguer des autres chrétiens. Catholique est un adjectif qui signifie universel. 

Catholique est un adjectif qui signifie universel : la catholicité, l’universalité. Église universelle, c’est-à-dire catholique, veut dire que l'Église a en elle-même, dans sa nature même, l’ouverture à tous les peuples et à toutes les cultures de tous les temps, parce que le Christ est né, est mort et est ressuscité pour tous.

La culture, en revanche, est, par sa nature même, en constante transformation. Pensez à la manière dont nous sommes appelés à proclamer l'Évangile en ce moment historique de grands changements culturels, où une technologie toujours plus avancée semble avoir la suprématie. 

Si nous prétendions parler de la foi comme nous le faisions dans les siècles passés, nous risquerions de ne plus être compris par les nouvelles générations. La liberté de la foi chrétienne – la liberté chrétienne - n'indique pas une vision statique de la vie et de la culture, mais une vision dynamique, une vision dynamique aussi de la tradition. 

La tradition croit mais toujours avec la même nature. Nous ne prétendons donc pas être en possession de la liberté. Nous avons reçu un don que nous devons garder. 

Il s'agit plutôt d'une liberté qui demande à chacun d'entre nous d'être constamment en marche, orienté vers sa plénitude. C'est la condition des pèlerins ; c'est l'état des voyageurs, dans un exode continu : libérés de l'esclavage pour marcher vers la plénitude de la liberté. Et c'est le grand don que nous a fait Jésus-Christ. Le Seigneur nous a libérés de l'esclavage gratuitement et nous a mis sur le chemin pour marcher en toute liberté.

 


07 octobre, 2021

Pape François Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 10. Le Christ nous a libérés

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Chers amis, ce n’est pas facile de comprendre l’enseignement de François sur la liberté chrétienne. Mais il est très profond.

Une clé de lecture, c’est de comprendre qu’il y a deux dimensions de la liberté.

La liberté est Don et la liberté est Tâche.

En tant que Don, la liberté radicale, c’est la liberté qui nous place à l’intérieur de la Trinité : je suis enfant de Dieu par mon union au Christ dans le Baptême.

En tant que Tâche, la liberté dans cette vie, c’est l’apparition de la Vérité. C’est la liberté qui doit nous inquiéter : je dois découvrir, librement, la vérité de ma vie.

L’audience de ce mercredi commence en parlant de cette deuxième dimension de la liberté qui s’oppose au légalisme. C’est la liberté qui doit trouver le sens quotidien de ma vie. Des personnes qui n’ont pas étudié ont la Sagesse (première dimension) et « vivent » (deuxième dimension) la vie du Christ plus que les grands théologiens.

Après le pape parle de la première dimension de la liberté : le Don de Dieu.

Et enfin il présente les deux piliers de la liberté chrétienne (Don et Tâche). La liberté (première dimension) nous rend libres (deuxième dimension) dans la mesure où elle transforme la vie d’une personne et l’oriente vers le bien. La vérité doit nous inquiéter. La vérité qui vient du Don, nous propose une Tâche.

 

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI
Mercredi 6 octobre 2021

Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 10. Le Christ nous a libérés

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous reprenons aujourd'hui, notre réflexion sur la lettre aux Galates. Saint Paul y a écrit des paroles immortelles sur la liberté chrétienne. Qu'est-ce que la liberté chrétienne ? Aujourd'hui, nous allons nous concentrer sur ce thème : la liberté chrétienne.



La liberté est un trésor que l’on n’apprécie vraiment que lorsqu'on le perd. Pour beaucoup d'entre nous, habitués à vivre dans la liberté, celle-ci apparaît souvent plus comme un droit acquis que comme un don et un héritage à préserver. Combien de malentendus autour du thème de la liberté, et combien de visions différentes se sont affrontées au cours des siècles !

Dans le cas des Galates, l'Apôtre ne pouvait supporter que ces chrétiens, après avoir connu et accueilli la vérité du Christ, se laissent attirer par des propositions trompeuses, passant de la liberté à l'esclavage : de la présence de Jésus qui libère à l’esclavage du péché et du légalisme et ainsi de suite. Encore aujourd'hui, le légalisme est notre problème, le problème de nombreux chrétiens qui se réfugient dans le légalisme, dans la casuistique. Paul invite donc les chrétiens à tenir bon dans la liberté qu'ils ont reçue par le baptême, sans se laisser remettre sous le " joug de l'esclavage " (Ga 5,1). Paul est à juste titre jaloux de la liberté. Il est conscient que certains "faux frères" – c’est ainsi qu’il les désigne- se sont infiltrés comme des espions pour "épier", comme il l'écrit, "la liberté que nous avons dans le Christ Jésus, afin de nous réduire en esclavage" (Ga 2,4), retourner en arrière, et cela Paul ne peut le tolérer. 

Une prédication qui entraverait la liberté dans le Christ n’est jamais évangélique : ce serait peut-être pélagien ou janséniste ou quelque chose du genre, mais pas évangélique. On ne peut jamais contraindre quelqu’un, ni le rendre esclave au nom de Jésus qui nous rend libres. La liberté est un don qui nous est donné dans le baptême.



Mais l'enseignement de saint Paul sur la liberté est avant tout positif. L'Apôtre propose l'enseignement de Jésus, que nous trouvons également dans l'Évangile de Jean : "Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres." (8,31-32). L'appel, par conséquent, est avant tout de demeurer en Jésus, source de la vérité qui nous rend libres.

La liberté chrétienne repose donc sur deux piliers fondamentaux : premièrement, la grâce du Seigneur Jésus ; deuxièmement, la vérité que le Christ nous révèle et qui est lui-même.

Avant tout, c'est un don du Seigneur. <Premier pilier>.

La liberté que les Galates ont reçue - et nous comme eux avec le baptême - est le fruit de la mort et de la résurrection de Jésus. L'Apôtre concentre toute sa prédication sur le Christ, qui l'a libéré des liens de sa vie passée : c'est seulement de lui que jaillissent les fruits de la vie nouvelle selon l'Esprit. En fait, la véritable liberté, la libération de l'esclavage du péché, a jailli de la Croix du Christ.  Nous sommes libres de l’esclavage du péché par la croix du Christ. Là même où Jésus s'est laissé suspendre, s’est fait esclave, Dieu a placé la source de la libération radicale de l'homme. Cela ne cesse de nous étonner : que le lieu où nous sommes dépouillés de toute liberté, à savoir la mort, puisse devenir la source de la liberté. Mais c'est le mystère de l'amour de Dieu : on ne le comprend pas facilement, on le vit. Jésus lui-même l'avait annoncé lorsqu'il dit : "Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau" (Jn 10, 17-18). Jésus réalise sa pleine liberté en se livrant à la mort ; il sait qu'ainsi seulement, il peut obtenir la vie pour tous.

Paul, nous le savons, avait fait l'expérience directe de ce mystère d'amour. C'est pourquoi il dit aux Galates, avec une expression extrêmement audacieuse : "J'ai été crucifié avec le Christ" (Ga 2,19). Dans cet acte d'union suprême avec le Seigneur, il sait qu'il a reçu le plus grand don de sa vie : la liberté. Sur la Croix, en effet, il a cloué "la chair avec ses passions et ses désirs" (5,24). Nous comprenons combien la foi animait l'Apôtre, combien grande était son intimité avec Jésus et si, d'un côté, nous sentons que cela nous manque, de l'autre, le témoignage de l'Apôtre nous encourage à aller en avant dans cette vie de liberté. Le chrétien est libre, doit être libre et est appelé à ne pas retourner à être esclave de préceptes, de choses étranges.

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Le deuxième pilier de la liberté est la vérité. Ici aussi, il est nécessaire de se rappeler que la vérité de la foi n'est pas une théorie abstraite, mais la réalité du Christ vivant, qui touche directement le sens quotidien et global de la vie personnelle.

Combien de personnes qui n'ont pas étudié, ni même ne savent ni lire ni écrire, mais ont bien compris le message du Christ, ont cette sagesse qui les rend libres. C'est la sagesse du Christ qui est entrée par l'Esprit Saint avec le baptême. Combien de personnes trouvons-nous qui vivent la vie du Christ plus que les grands théologiens par exemple, offrant un grand témoignage de la liberté de l'Évangile.

La liberté nous rend libres dans la mesure où elle transforme la vie d'une personne et l'oriente vers le bien.



Pour être vraiment libres, nous avons besoin non seulement de nous connaître, au niveau psychologique, mais surtout de faire la vérité en nous-mêmes, à un niveau plus profond. Et là, dans le cœur, nous ouvrir à la grâce du Christ. La vérité doit nous inquiéter - revenons à ce mot très chrétien : l'inquiétude. Nous savons qu'il y a des chrétiens qui jamais ne s'inquiètent : ils vivent toujours de la même manière, il n'y a pas d’impulsion dans leur cœur, il n'y a pas l'inquiétude. Pourquoi ? Car l’inquiétude est le signe que l'Esprit Saint est en train de travailler en nous à l’intérieur, et la liberté est une liberté active, suscitée par la grâce de l'Esprit Saint.

C'est pourquoi je dis que la liberté doit nous inquiéter, doit nous poser sans cesse des questions, afin que nous puissions aller toujours plus au fond de ce que nous sommes vraiment. Nous découvrons ainsi que le chemin de la vérité et de la liberté est un chemin difficile qui dure toute la vie. C'est difficile de rester libre, c'est difficile, mais ce n'est pas impossible. Courage, allons-y, ça nous fera du bien. C'est un chemin où nous sommes guidés et soutenus par l'amour qui vient de la Croix : l'amour qui révèle la vérité et nous donne la liberté. Et c'est le chemin du bonheur. La liberté nous rend libres, nous rends joyeux, nous rends heureux.

 


29 septembre, 2021

Pape François. Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 9. La vie dans la foi

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 PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI
Mercredi 29 septembre 2021

Catéchèse sur la Lettre aux Galates - 9. La vie dans la foi

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans notre itinéraire pour mieux comprendre l'enseignement de Saint Paul, nous rencontrons aujourd'hui un thème difficile mais important, celui de la justification. Qu'est-ce que la justification ? Nous, qui étions des pécheurs, sommes devenus des justes. Qui nous a rendus justes ? Ce processus de transformation est la justification. Nous, devant Dieu, sommes justes. Certes, nous avons nos péchés personnels, mais à la base nous sommes justes. Cela est la justification.

On a beaucoup discuté sur cet argument, pour trouver l'interprétation la plus cohérente avec la pensée de l'Apôtre et, comme cela arrive souvent, on en est même parvenu à opposer les positions. Dans la Lettre aux Galates, ainsi que dans celle aux Romains, Paul insiste sur le fait que la justification vient de la foi en Christ. "Mais, Père, je suis juste car je garde tous les commandements !" - Oui : mais ce n'est pas de là que vient la justification. Elle vient en premier. Quelqu'un t’a justifié, quelqu'un t’a fait juste devant Dieu. "Oui, mais je suis pécheur !" - oui : tu es juste, mais pécheur. Mais au fond, tu es juste. Qui t’a fait juste ? Jésus-Christ. Ceci est la justification.



Que se cache-t-il derrière le mot "justification", qui est si décisif pour la foi ? Ce n'est pas facile de parvenir à une définition exhaustive, mais dans l'ensemble de la pensée de Saint Paul, nous pouvons simplement dire que la justification est la conséquence de "la miséricorde de Dieu qui offre le pardon" (Catéchisme de l'Église Catholique, 1990).

Et c’est notre Dieu, tellement bon ! Miséricordieux, patient, plein de miséricorde, qui donne continuellement le pardon, continuellement. Lui pardonne, et la justification c’est Dieu qui pardonne dès le commencement à chacun, en Christ. La miséricorde de Dieu qui donne le pardon. Dieu, en effet, par la mort de Jésus, - et ceci nous devons le souligner : par la mort de Jésus - a détruit le péché et nous a donné de manière définitive le pardon et le salut. Ainsi justifiés, les pécheurs sont accueillis par Dieu et réconciliés avec lui.



C'est comme un retour à la relation originelle entre le Créateur et la créature, avant que n'intervînt la désobéissance du péché. La justification que Dieu opère nous permet donc de retrouver l'innocence perdue par le péché.

Comment la justification a-t-elle lieu ? Répondre à cette question équivaut à découvrir une autre nouveauté dans l'enseignement de Saint Paul : la justification se fait par la grâce. Seulement par la grâce : nous avons été justifiés par pure grâce. "Mais ne puis-je pas, comme certains le font, aller voir le juge et payer pour qu'il me rende justice ?". - Non : on ne peut pas payer pour cela. Un seul a payé pour nous tous : le Christ. Et du Christ qui est mort pour nous vient cette grâce que le Père nous donne à tous : la justification advient par la grâce.

L'Apôtre garde toujours à l'esprit l'expérience qui a changé sa vie : la rencontre avec Jésus ressuscité sur le chemin de Damas. Paul avait été un homme fier, religieux et zélé, convaincu que dans l'observation scrupuleuse des préceptes consistait la justice. Maintenant, toutefois il a été conquis par le Christ, et la foi en Lui l'a transformé en profondeur, lui permettant de découvrir une vérité jusqu'alors cachée : nous ne devenons pas justes par nos propres efforts, non : ce n’est pas nous ; mais c’est le Christ, avec la force de sa grâce, qui nous rend justes.

Ainsi, Paul, pour avoir une pleine connaissance du mystère de Jésus, est disposé à renoncer à tout dont il était auparavant riche (cf. Ph 3,7), car il a découvert que seule la grâce de Dieu l'a sauvé. Nous avons été justifiés, nous avons été sauvés par pure grâce, non par nos propres mérites. Et cela nous donne une confiance grande. Nous sommes pécheurs, oui ; mais nous avançons sur le chemin de la vie avec cette grâce de Dieu qui nous justifie chaque fois que nous demandons pardon.

Pour l'Apôtre, la foi a une valeur globale. Elle touche chaque moment et chaque aspect de la vie du croyant : du baptême jusqu'au départ de ce monde, tout est imprégné par la foi en la mort et la résurrection de Jésus, qui donne le salut. La justification par la foi souligne la priorité de la grâce, que Dieu offre à tous ceux qui croient en son Fils sans aucune distinction.

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Pourtant nous ne devons pas conclure, de toute façon, que pour Paul la Loi mosaïque n'a plus aucune valeur ; au contraire, elle reste un don irrévocable de Dieu, elle est - écrit l'Apôtre – elle est "sainte" (Rm 7,12). Bien sûr, il est essentiel, dans notre vie spirituelle, d’observer les commandements, - nous l'avons déjà dit plusieurs fois - mais même là nous ne pouvons pas compter sur nos propres forces : elle est fondamentale la grâce de Dieu que nous recevons dans le Christ, cette grâce qui vient de la justification que nous donne le Christ, qui a déjà payé pour nous. De lui, nous recevons cet amour gratuit qui nous permet, à notre tour, d'aimer de manière concrète.



Dans ce contexte, il est également bon de rappeler l'enseignement de l'apôtre Jacques, qui écrit : "L'homme devient juste par les œuvres, et non seulement par la foi. - il semblerait que ce soit le contraire, mais ce n'est pas le contraire -.  […] Ainsi, comme le corps privé de souffle est mort, de même la foi sans les œuvres est morte" (Jc 2,24.26). La justification, si elle ne fleurit pas par nos œuvres, sera là, sous terre, comme morte. Elle est là, mais nous devons la mettre en œuvre par nos actions. Ainsi, les paroles de Jacques complètent l'enseignement de Paul. Pour les deux, donc, la réponse de la foi exige donc d’être actifs dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain. Pourquoi "actif dans cet amour" ? Parce que cet amour nous a sauvés tous, nous a justifiés gratuitement, gratis !

La justification nous insère dans la longue histoire du salut, qui montre la justice de Dieu : face à nos chutes continuelles et à nos insuffisances, Lui ne s'est pas résigné, mais a voulu nous rendre justes et l'a fait par la grâce, à travers le don de Jésus-Christ, de sa mort et résurrection.

Plusieurs fois j'ai dit comment est la manière d’agir de Dieu, quel est le style de Dieu, et je l'ai dit en trois mots : le style de Dieu est proximité, compassion et tendresse. Toujours Il est proche de nous, il est compatissant et tendre. Et la justification est précisément la plus grande proximité de Dieu avec nous, hommes et femmes, la plus grande compassion de Dieu envers nous, hommes et femmes, la plus grande tendresse du Père.

La justification est ce don du Christ, de la mort et de la résurrection du Christ qui nous libère. "Mais, Père, je suis un pécheur, j'ai volé, j'ai..." - oui, oui : mais à la base tu es un juste. Laisse que Christ réalise cette justification. Nous ne sommes pas condamnés, à la base, non : nous sommes justes. Permettez-moi de le dire ainsi : nous sommes saints, à la base. Mais ensuite, par nos actions, nous devenons des pécheurs. Mais, à la base, nous sommes saints : laissons la grâce du Christ prendre le dessus et cette justice, cette justification nous donne la force d’aller de l’avant. Ainsi, la lumière de la foi nous permet de reconnaître combien est infinie la miséricorde de Dieu, la grâce qui agit pour notre bien.

Mais cette même lumière nous fait aussi voir la responsabilité qui nous est confiée de collaborer avec Dieu dans son œuvre de salut. La force de la grâce a besoin de s’unir à nos œuvres de miséricorde que nous sommes appelés à vivre pour témoigner combien est grand l’amour de Dieu. Allons de l'avant avec cette confiance : tous nous avons été justifiés, nous sommes justes en Christ. Nous devons mettre en œuvre cette justice par nos actions. Merci.