Contre l’avarice : la générosité
Contre l’envie : la charité
Contre la colère : la patience
Contre l’impureté : la propreté
Contre la gourmandise : la sobriété
Contre la paresse : l’amour
Une éducation
prudente enseigne la vertu ; elle préserve ou guérit de la peur, de l’égoïsme et
de l’orgueil, des ressentiments de la culpabilité et des mouvements
de complaisance, nés de la faiblesse et des fautes humaines.
L’éducation de la
conscience garantit la liberté et engendre la paix du cœur.
L’idolâtrie
Luc 21, 34 : Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie
Va vers Lui généreusement et dis-Lui comme un enfant : que ne me donneras-tu pas, puisque Tu exiges “ cela ” de moi ? (Chemin 153)
Catéchisme de l'Église catholique 212 :
Le premier
commandement condamne le polythéisme.
Il exige de
l’homme de ne pas croire en d’autres dieux que Dieu, de ne pas vénérer d’autres
divinités que l’Unique.
L’Écriture rappelle constamment ce rejet des
" idoles, or et argent, œuvres de mains d’hommes ", elles
qui " ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas ...
".
Ces idoles vaines
rendent vain : " Comme elles, seront ceux qui les firent, quiconque met en
elles sa foi " (Ps 115, 4-5. 8).
Dieu, au contraire, est le " Dieu vivant " (Ps 42, 3 ; etc.), qui fait vivre et intervient dans l’histoire.
Contre l’impureté,
la propreté.
Le bebé,
innocent, lavé et parfumé.
Luc 10, 21 : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as
révélé aux tout-petits.
Chemin 130 :
Ôte-moi, Jésus, cette gangue de pourriture sensuelle qui recouvre mon cœur,
pour que j’entende et suive facilement les appels du Paraclet dans mon âme.
Catéchisme de l’Église catholique 1852 :
L’épître aux
Galates oppose les œuvres de la chair au fruit de l’Esprit : " On sait
bien tout ce que produit la chair : fornication, impureté, débauche,
idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes,
dissensions, scissions, sentiments d’envie, orgies, ripailles et choses
semblables
– et je vous
préviens, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes là
n’hériteront pas du Royaume de Dieu "
Contre la gourmandise, la sobriété.
Matthieu 15, 31: Où
trouverons-nous dans un désert assez de pain pour rassasier une telle foule ?
Chemin 87 :
“ L’homme
ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de
Dieu ”, a dit le Seigneur.
— Pain et
parole ! Hostie et prière.
La tempérance est la vertu morale qui modère l’attrait des
plaisirs et procure l’équilibre dans l’usage des biens créés.
Catéchisme de l’Église catholique 1809 :
Elle assure la
maîtrise de la volonté sur les instincts.
La personne
tempérante oriente vers le bien ses appétits sensibles et " ne se laisse
pas entraîner pour suivre les passions de son cœur " (Si 5, 2).
La tempérance est
souvent louée dans l’Ancien Testament : " Ne te laisse pas aller à tes
convoitises, réprime tes appétits " (Si 18, 30).
Dans le Nouveau
Testament, elle est appelée " modération " ou " sobriété ".
L’ENVIE
Tais-toi. Ne fais pas l’enfant. Ne sois
pas puéril.
Ne sois pas bavard, semeur de zizanie,
rapporteur…
— Avec tes contes et tes bavardages, tu
as refroidi la charité ; tu as fait la pire des choses...
(Chemin, 49)
Marc 13, 33 : Prenez garde, restez éveillés : car vous
ne savez pas quand ce sera le moment
L’Écriture et la Tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu,
appelé Satan ou diable (cf. Jn 8, 44 ; Ap 12, 9).
L’Église enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. " Le
diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons,
mais c’est eux qui se sont rendus mauvais " .
Contre la paresse, l’Amour.
Le moteur, c'est l'Amour.
Triomphe chaque jour dès le premier instant, en te levant
ponctuellement à heure fixe, sans concéder une seule minute à la paresse.
Si, avec l’aide de Dieu, tu te vaincs, tu auras pris beaucoup
d’avance pour le reste de la journée.
Il est si démoralisant de se sentir battu à la première
escarmouche !
" Priez sans
cesse " (1 Th 5, 17), " en tout temps et à tout propos, rendez grâces
à Dieu le Père au Nom de notre Seigneur Jésus Christ " (Ep 5, 20),
" Il ne nous a
pas été prescrit de travailler, de veiller et de jeûner constamment, tandis que
c’est pour nous une loi de prier sans
cesse " (Evagre).
Cette ardeur inlassable ne peut venir que de l’amour.
Contre notre
pesanteur et notre paresse le combat de la
prière est celui de l’amour humble, confiant et persévérant.
PAPE FRANÇOIS
AUDIENCE GÉNÉRALE
Mercredi 27 mars
2024
Catéchèse - Les vices et les vertus -
13. La patience
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd’hui l’audience était prévue sur la place. Mais à cause de la pluie,
elle a été transférée ici à l’intérieur. Il est vrai que vous serez un peu
humides, mais au moins vous ne serez pas trempés. Merci pour votre
patience.
Dimanche dernier, nous avons écouté le récit de la Passion du Seigneur.
Aux
souffrances qu’il subit, Jésus répond par une vertu qui, bien qu’elle ne soit
pas contemplée parmi les vertus traditionnelles, est très importante : la vertu de la patience.
Elle concerne le niveau de tolérance de ce qu’on subit : ce n’est pas un
hasard si la patience a la même racine que la passion.
Et c’est précisément dans la Passion qu’apparaît la patience du Christ, qui
accepte avec douceur et mansuétude d’être arrêté, giflé et injustement
condamné.
Devant Pilate, il ne récrimine pas ; il supporte les insultes, les crachats
et les flagellations des soldats ; il porte le poids de la croix ; il pardonne
à ceux qui le clouent au bois, et sur la croix, il ne répond pas aux
provocations, mais offre la miséricorde. Tout cela nous indique que la patience
de Jésus ne consiste pas en une résistance stoïque à la souffrance, mais
qu’elle est le fruit d’un amour plus grand.
L’apôtre Paul, dans l' »Hymne à la charité » (cf. 1 Co 13, 4-7),
associe étroitement l’amour et la patience. En effet, pour décrire la première
qualité de la charité, il utilise un mot qui se traduit par
« magnanime » ou « patient ».
Il exprime un concept surprenant, qui revient souvent dans la Bible : Dieu,
face à notre infidélité, se montre « lent à la colère » (cf. Ex 34,6
; cf. Nm 14,18) : au lieu d’exprimer son dégoût pour le mal et le péché de
l’homme, il se révèle plus grand, prêt à tout recommencer chaque fois avec une
patience infinie.
Pour Paul, c’est là le premier trait de l’amour de Dieu qui, face au péché,
propose le pardon.
Mais pas seulement : c’est le premier trait de tout grand amour, qui sait
répondre au mal par le bien, qui ne s’enferme pas dans la colère et le
découragement, mais qui persévère et se relance. La patience qui recommence.
Ainsi, à la racine de la patience se trouve l’amour, comme le dit saint
Augustin : « la force des justes dans les souffrances n’est plus ou moins
grande qu’à proportion de leur charité et de leur amour de Dieu ».
On pourrait donc dire qu’il n’y a pas de meilleur témoignage de l’amour du
Christ que de rencontrer un chrétien patient. Mais pensons aussi aux mères et aux pères, aux
travailleurs, aux médecins et aux infirmières, aux malades, qui chaque jour,
dans l’ombre, embellissent le monde d’une sainte patience !
Comme le dit l’Écriture, « L’homme patient vaut mieux que le
héros » (Pr 16,32).
Toutefois, nous devons être honnêtes : nous manquons souvent de patience.
Normalement nous sommes tous impatients. Nous en avons besoin comme d’une
« vitamine essentielle » pour avancer, mais nous nous impatientons
instinctivement et nous répondons au mal par le mal : il est difficile de
rester calmes, de contrôler notre instinct, de retenir les mauvaises réactions,
de désamorcer les querelles et les conflits en famille et au travail.
La réponse vient tout de suite. Nous ne sommes pas capables d’être
patients. Rappelons-nous cependant que la patience n’est pas seulement une
nécessité, c’est un appel : si le Christ est patient, le chrétien est appelé à
être patient. Cela nous demande d’aller à contre-courant de la mentalité
généralisée d’aujourd’hui, où dominent la précipitation et le « tout, tout
de suite » ; où, au lieu d’attendre que les situations mûrissent, on
presse les personnes en espérant qu’elles changent instantanément.
N’oublions pas que la hâte et l’impatience sont les ennemis de la vie
spirituelle : Dieu est amour, et celui qui aime ne se fatigue pas, ne s’irrite
pas, ne donne pas d’ultimatum, Dieu est patient, Dieu sait attendre.
Pensons au récit du Père miséricordieux, qui attend son fils parti de la
maison : il souffre avec patience, impatient seulement de l’embrasser dès qu’il
le voit revenir (cf. Lc 15, 21) ; ou à la parabole du blé et de l’ivraie, avec
le Seigneur qui n’est pas pressé d’éradiquer le mal avant l’heure, pour que
rien ne soit perdu (cf. Mt 13, 29-30). La patience nous fait tout sauver.
Mais, frères et sœurs, comment faire
pour accroître la patience ? Étant, comme l’enseigne saint Paul, un fruit de l’Esprit
Saint (cf. Ga 5, 22), il faut la demander à l’Esprit du Christ.
Il nous donne la douce force de la patience, car « le caractère de la
fermeté chrétienne cependant est d’endurer le mal comme de faire le bien »
(Saint Augustin, Sermons, 46, 13). Spécialement en ces jours, il nous fera du
bien de contempler le Crucifié afin d’assimiler sa patience.
Un bon exercice consiste également à lui présenter les personnes les plus
gênantes, en lui demandant la grâce de mettre en pratique à leur égard cette
œuvre de miséricorde autant connue que négligée : supporter patiemment les
personnes gênantes.
Ce n’est pas facile. Pensons-y. Je le répète maintenant, pensons si
nous le faisons : supporter patiemment les personnes gênantes. Cela
commence par demander de les regarder avec compassion, avec le regard de Dieu,
en sachant distinguer leurs visages de leurs erreurs. Nous avons l’habitude de
cataloguer les gens selon les erreurs qu’ils font. Non, ceci n’est pas bon.
Regardons les personnes selon leurs visages, leurs cœurs et non selon leurs
erreurs.
Enfin, pour cultiver la patience, vertu qui donne du souffle à la vie, il
est bon d’élargir son regard. Par exemple, en ne limitant pas le champ du monde
à nos propres difficultés, comme nous y invite l’Imitation du Christ :
« Rappelez donc à votre esprit les peines extrêmes des autres, afin d’en
supporter paisiblement de plus légères », en vous rappelant que
« Dieu ne laissera sans récompense aucune peine, même la plus légère,
qu’on aura soufferte pour lui » (III, 19).
Et encore, lorsque nous nous sentons en proie à l’épreuve, comme l’enseigne
Job, il est bon de s’ouvrir avec espérance à la nouveauté de Dieu, dans la
ferme confiance qu’Il ne laisse pas nos attentes se décevoir. Patience et
savoir supporter les maux.
Et ici, aujourd’hui, à cette audience, il y a deux papas : un
Israéliens et un Arabe. Tous les deux ont perdu leurs filles dans cette guerre.
Et les deux sont amis. Ils ne regardent pas l’inimitié de la guerre, mais ils
regardent l’amitié de deux hommes qui s’aiment bien et qui sont passés par la
même crucifixion. Pensons à ce témoignage, tellement beau, de ces deux
personnes, qui ont souffert dans leurs filles la guerre de la Terre Sainte. Chers frères, merci pour votre témoignage.
PAPE FRANÇOIS
AUDIENCE GÉNÉRALE
Mercredi 6 mars
2024
Catéchèse - Les vices et les vertus -
10. L’orgueil
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans notre catéchèse sur les vices et les vertus, nous abordons aujourd'hui
le dernier des vices : l'orgueil. Les anciens
Grecs le définissaient par un mot que l'on pourrait traduire par
"splendeur excessive". En fait, l'orgueil est l'auto exaltation, la
prétention, la vanité. Le terme apparaît également dans cette série de vices
que Jésus énumère pour expliquer que le mal vient toujours du cœur de l'homme
(cf. Mc 7,22). L'orgueilleux est celui qui se croit beaucoup plus que ce qu'il est en
réalité, celui qui s’agite pour être reconnu comme plus grand que les
autres, qui veut toujours voir ses propres mérites reconnus et qui méprise les
autres en les considérants comme inférieurs.
D'après cette première description, nous voyons que le vice de l'orgueil
est très proche de celui de la vaine gloire, que nous avons déjà présenté la
dernière fois.
Cependant, si la vaine gloire est une maladie de l'ego humain, elle reste
une maladie infantile comparée aux ravages que peut provoquer l'orgueil. En
analysant les folies de l'homme, les moines de l'Antiquité reconnaissaient un
certain ordre dans la séquence des maux : on part des péchés les plus
grossiers, comme la gourmandise, pour arriver aux monstres les plus
inquiétants. De tous les vices, l'orgueil est grande reine. Ce
n'est pas un hasard si, dans la Divine Comédie, Dante le place dans la toute
première case du purgatoire : ceux qui cèdent à ce vice sont loin de Dieu, et
l'éradication de ce mal exige du temps et des efforts, plus que tout autre
combat auquel est appelé le chrétien.
En réalité, c'est dans ce mal que réside le péché radical, la prétention absurde d'être
comme Dieu. Le péché de nos ancêtres, raconté dans le livre de la
Genèse, est en fait un péché d'orgueil. Le tentateur leur dit : "Quand
vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous deviendrez comme Dieu" (Gn 3,5).
Les auteurs de spiritualité sont plus attentifs à décrire les répercussions de
l'orgueil dans la vie quotidienne, à illustrer comment il ruine les relations
humaines, à souligner comment ce mal empoisonne le sentiment de fraternité qui
devrait au contraire réunir les hommes.
Voici donc la longue liste des symptômes qui révèlent que l'on a succombé
au vice de l'orgueil. C'est un mal qui a une apparence physique évidente : l'orgueilleux est hautain,
il a la "nuque raide", c'est-à-dire qu'il a un cou raide qui ne plie
pas.
C'est un homme prompt
à juger avec mépris : pour un rien, il porte des jugements irrévocables
sur les autres, qui lui paraissent irrémédiablement ineptes et incapables.
Dans son arrogance, il oublie que Jésus, dans les Évangiles, nous a donné
très peu de préceptes moraux, mais qu'il a été intransigeant sur l'un d'entre
eux : ne jamais juger.
On se rend compte qu'on a affaire à un orgueilleux lorsque, lui faisant une
petite critique constructive, ou une remarque tout à fait anodine, il réagit de
manière exagérée, comme si on avait lésé sa majesté : il entre dans toute sa
fureur, crie, rompt les relations avec les autres de manière rancunière.
Il n'y a pas grand-chose à faire avec une personne malade d'orgueil. Il est
impossible de lui parler, et encore moins de le corriger, car après tout, il
n'est plus présent à lui-même. Il
faut simplement être patient avec lui, car un jour son édifice
s'écroulera. Un proverbe italien dit : "L'orgueil va à cheval et revient à
pied". Dans les Évangiles, Jésus a affaire à beaucoup de gens orgueilleux,
et il est souvent allé débusquer ce vice même chez des personnes qui le
cachaient très bien. Pierre fait étalage de sa fidélité à toute épreuve :
"Même si tous t'abandonnent, moi, non" (cf. Mt 26,
33). Mais bientôt, il fera l'expérience d'être comme les autres, apeuré lui
aussi devant une mort qu'il n'imaginait pas si proche. Ainsi, le deuxième
Pierre, celui qui ne lève plus le menton mais pleure des larmes salées, sera
soigné par Jésus et sera finalement apte à porter le poids de l'Église. Avant,
il affichait une présomption qu'il valait mieux ne pas afficher ; maintenant,
en revanche, il est un disciple fidèle que, comme le dit une parabole, le
maître peut mettre "à la tête de tous ses biens" (Lc 12,44).
Le salut passe par l'humilité, véritable remède à tout acte d'orgueil.
Dans le Magnificat, Marie chante le Dieu qui, par sa puissance,
disperse les orgueilleux dans les pensées malades de leur cœur. C’est inutile
de voler quelque chose à Dieu, comme l'espèrent les orgueilleux, parce qu'en
fin de compte, Lui, veut tout nous donner. C'est pourquoi l'apôtre Jacques,
s'adressant à sa communauté blessée par des luttes intestines nées de
l'orgueil, écrit : « Dieu s’oppose aux orgueilleux, aux humbles il accorde
sa grâce. » (Jc 4, 6).
C'est pourquoi, chers frères et sœurs, profitons de ce Carême pour lutter
contre notre orgueil.
PAPE FRANÇOIS
Mercredi 28
février 2024
Catéchèse - Les vices et les vertus -
9. L'envie et la vaine gloire
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd'hui nous examinons deux vices capitaux que nous trouvons dans les
grands inventaires que la tradition spirituelle nous a laissés : l’envie et
la vaine gloire.
Commençons par l'envie.
Si nous lisons les Saintes Écritures (cf. Gn 4), elle nous
apparaît comme l'un des vices les plus anciens : la haine de Caïn envers Abel
se déchaîne lorsqu'il se rend compte que les sacrifices de son frère plaisent à
Dieu.
Caïn était le fils aîné d'Adam et Eve, il avait pris la plus grande part de l'héritage de son père ; pourtant, il suffit qu'Abel, son jeune frère, réussisse un petit exploit pour que Caïn se mette en colère.
La tête de
l'envieux est toujours triste : son regard est baissé, il semble
continuellement sonder le sol, mais en réalité il ne voit rien, car son esprit
est enveloppé de pensées pleines de méchanceté. L'envie, si elle n'est pas
maîtrisée, conduit à la haine de l'autre. Abel sera tué par Caïn, qui n'a pas
supporté le bonheur de son frère.
L'envie est un mal qui n'a pas seulement été étudié en contexte chrétien : elle a attiré l'attention de philosophes et d'érudits de toutes cultures.
À la
base, il y a une relation de haine et d'amour : l'un veut le mal de l'autre,
mais secrètement, il souhaite lui ressembler. L'autre est l'épiphanie de ce que
nous voudrions être, et qu'en réalité nous ne sommes pas. Sa bonne fortune nous
semble une injustice : nous aurions sûrement - pensons-nous - mérité bien
davantage ses succès ou sa bonne fortune !
À la base de ce vice, il y a une fausse idée de Dieu : on n'accepte pas que Dieu ait ses propres "mathématiques", différentes des nôtres.
Par exemple, dans la parabole de Jésus sur les ouvriers appelés par le maître à aller à la vigne à différents moments de la journée, ceux de la première heure croient avoir droit à un salaire plus élevé que ceux qui sont arrivés en dernier ; mais le maître leur donne à tous le même salaire, et dit : "N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors es-tu envieux parce que moi je suis bon ?" (Mt 20,15).
Nous voudrions imposer à Dieu notre logique égoïste, mais la logique de Dieu est l'amour.
Les biens qu'il nous donne sont faits pour être partagés. C'est pourquoi saint
Paul exhorte les chrétiens : "Soyez unis les uns aux autres par
l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres" (Rm 12,10).
Voilà le remède à l'envie !
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Et nous arrivons au deuxième vice que nous examinons aujourd'hui : la vaine gloire.
Elle va de pair avec le démon de l'envie et, ensemble, ces deux vices sont
caractéristiques d'une
personne qui aspire à être le centre du monde, libre d'exploiter tout et
tout le monde, objet de toutes les louanges et de tous les amours.
La vaine gloire est une estime de soi
exagérée et sans
fondement.
Le vantard possède un "moi" encombrant : il n'a aucune empathie
et ne se rend pas compte qu'il existe d'autres personnes que lui dans le monde.
Ses relations sont toujours instrumentales, marquées par la prévarication
de l'autre. (La prévarication est l'opposé de la fidélité.)
Sa personne, ses réalisations, ses succès doivent être montrés à tous : c'est un perpétuel mendiant d'attention. Et si des fois ses qualités ne sont pas reconnues, il se met dans une colère féroce. Les autres sont injustes, ils ne comprennent pas, ils ne sont pas à la hauteur.
Dans ses écrits, Évagre le Pontique décrit
l'amère histoire de certains moines frappés par la vanité. Il arrive qu'après
ses premiers succès dans la vie spirituelle, il se sente déjà arrivé et se
précipite dans le monde pour en recevoir les louanges. Mais il ne réalise pas
qu'il n'est qu'au début du voyage spirituel et qu'une tentation le guette, qui
le fera bientôt tomber.
Pour guérir le vantard, les maîtres spirituels ne proposent pas beaucoup de
remèdes. Car au fond, le mal de la vanité a son remède en lui-même : les
louanges que l'orgueilleux espérait récolter du monde se retourneront bientôt
contre lui. Et combien de personnes, trompées par une fausse image
d'elles-mêmes, sont ensuite tombées dans des péchés dont elles auraient bientôt
eu honte !
Le meilleur enseignement pour vaincre la vanité se trouve dans le
témoignage de Saint Paul. L'apôtre s'est toujours heurté à un défaut qu'il n'a
jamais pu surmonter. À trois reprises, il demanda au Seigneur de le délivrer de
ce tourment, mais finalement Jésus lui répondit : "Ma grâce te suffit, car
ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse". Depuis ce jour,
Paul a été libéré. Et sa conclusion devrait aussi devenir la nôtre :
"C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes
faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure"
(2 Co 12,9).