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30 mars, 2022

Catéchèse pape François - “Guérir le monde”: 1. Introduction. 5 août 2020

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Catéchèse pape François - “Guérir le monde”: 1. Introduction. 5 août 2020

Chers frères et sœurs, bonjour!

 

Garder le regard sur Jésus en ce temps de pandémie.

La pandémie continue à provoquer des blessures profondes, en dévoilant nos vulnérabilités. Dans tous les continents il y a de nombreux morts et de très nombreux malades. Un grande nombre de personnes et de familles vivent une période d'incertitude, à cause des problèmes socio-économiques, qui frappent en particulier les plus pauvres.

C'est pourquoi nous devons garder notre regard solidement fixé sur Jésus (cf. He 12, 2) et avec cette foi embrasser l'espérance du Royaume de Dieu que Jésus lui-même nous apporte (cf. Mc 1, 5; Mt 4,17; CEC, 2816).

 

Un Royaume de guérison et de salut qui est déjà présent parmi nous (cf. Lc 10,11). Un Royaume de justice et de paix qui se manifeste à travers des œuvres de charité, qui à leur tour  accroissent l'espérance et renforcent la foi (cf. 1 Co 13, 13).

 

Dans la tradition chrétienne, 

foi, espérance et charité sont bien davantage que des sentiments ou des attitudes. Ce sont des vertus qui nous sont communiquées par la grâce de l'Esprit Saint (cf. CEC, 1812-1813): des dons qui nous guérissent et qui nous rendent guérisseurs, des dons qui nous ouvrent à des horizons nouveaux, même quand nous naviguons dans les eaux difficiles de notre temps.

 

Une nouvelle rencontre avec l'Evangile de la foi, de l'espérance et de l'amour nous invite à assumer un esprit créatif et renouvelé. De cette manière, nous serons en mesure de transformer les racines de nos maladies physiques, spirituelles et sociales.


Nous pourrons guérir en profondeur les structures injustes et les pratiques destructrices qui nous séparent les uns des autres, menaçant la famille humaine et notre planète.

 

Le ministère de Jésus offre de nombreux exemples de guérison. Quand il guérit ceux qui sont atteints par la fièvre (cf. Mc 1, 29-34), par la lèpre (cf. Mc 1,40-45), par la paralysie (cf. Mc 2,1-12); quand il redonne la vue (cf. Mc 8,22-26; Jn 9, 1-7), la parole ou l'ouïe (cf.  Mc 7,31-37), en réalité il ne guérit pas seulement un mal physique, mais la personne tout entière. De cette manière, il la ramène également à la communauté, guérie; il la libère de son isolement parce qu'il l'a guérie.

 

Pensons au très beau récit de la guérison du paralytique à Capharnaüm (cf. Mc 2, 1-12), que nous avons entendu au début de l'audience. Alors que Jésus prêche à l'entrée de la maison, quatre hommes portent leur ami paralytique auprès de Jésus; et ne pouvant pas entrer, parce qu'il y avait une grande foule, il font un trou dans le toit et font passer le grabat devant lui qui est en train de prêcher. «Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique: “Mon enfant, tes péchés sont remis”» (v. 5). Et ensuite, comme signe visible, il ajoute: «Lève-toi, prend ton grabat et va-t'en chez toi» (v. 11).

Quel merveilleux exemple de guérison! L’action du Christ est une réponse directe à la foi de ces personnes, à l'espérance qu'elles reposent en Lui, à l'amour qu'elles démontrent avoir les unes pour les autres.

 

Jésus guérit donc, mais il ne guérit pas seulement la paralysie, il guérit tout, il pardonne les péchés, il renouvelle la vie du paralytique et de ses amis. Il fait naître à nouveau, pourrions-nous dire.

Une guérison physique et spirituelle, en même temps, fruit d'une rencontre personnelle et sociale. Imaginons à quel point cette amitié et la foi de toutes les personnes présentes dans cette maison s'est accrue grâce au geste de Jésus. La rencontre qui guérit avec Jésus!

 

Nous nous demandons alors: de quelle manière pouvons-nous aider notre monde à guérir aujourd'hui?

En tant que disciples du Seigneur Jésus, qui est médecin des âmes et des corps, nous sommes appelés à continuer «son œuvre de guérison et de salut» (CEC, 1421) au sens physique, social et spirituel.

 

L'Eglise, bien qu'elle administre la grâce du Christ qui guérit à travers les sacrements, et bien qu'elle organise des services sanitaires dans les lieux les plus reculés de la planète, n'est pas experte dans la prévention ou dans le soin de la pandémie.

Et elle ne donne pas non plus des indications socio-politiques spécifiques (cf. S. Paul VI, Lett. ap. Octogesima adveniens, 14 mai 1971, 4). C'est la tâche des dirigeants politiques et sociaux.

 


Les principes sociaux pour préparer l’avenir








Toutefois, au cours des siècles, et à la lumière de l'Evangile, l'Eglise a développé certains principes sociaux qui sont fondamentaux (cf. Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise, nn. 160-208), des principes qui peuvent nous aider à aller de l'avant, pour préparer l'avenir dont nous avons besoin.

Je cite les principaux, étroitement liés entre eux:

1. le principe de la dignité de la personne,

2. le principe du bien commun,

3. le principe de l’option préférentielle pour les pauvres,

4. le principe de la destination universelle des biens,

5. le principe de la solidarité,

6. le principe de la subsidiarité,

7. le principe de la sauvegarde de notre maison commune.

 

Ces principes aident les dirigeants, les responsables de la société à faire progresser la croissance et aussi, comme dans ce cas de pandémie, la guérison du tissu personnel et social. Tous ces principes expriment, de manière différente, les vertus de la foi, de l'espérance et de l'amour.

 

Comment guérir les maladies sociales









Dans les prochaines semaines, je vous invite à affronter ensemble les questions pressantes que la pandémie a mises en évidence, en particulier les maladies sociales.

Et nous le ferons à la lumière de l'Evangile, des vertus théologales et des principes de la doctrine sociale de l'Eglise.

 

Nous explorerons ensemble la manière dont notre tradition sociale catholique peut aider la famille humaine à guérir ce monde qui souffre de graves maladies.

 

Mon désir est de réfléchir et de travailler tous ensemble, en tant que disciples de Jésus qui guérit, pour construire un monde meilleur, plein d'espérance pour les générations futures (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 183).

 

 


Catéchèse pape François – Guérir le monde, 2 : La dignité de la personne humaine. 12 août 2020

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Catéchèse pape François – Guérir le monde, 2 : La dignité de la personne humaine. La création est une harmonie et l’harmonie, c’est le service. 12 août 2020

Le premier principe de la Doctrine Sociale de l’Église : la dignité de la personne humaine.

Dieu nous a créés non pas comme des objets, mais comme des personnes aimées et capables d’aimer ; il nous a créés à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1,27)

 

Le pape fustige l’égoïsme, l’indifférence, l’individualisme

 

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

La pandémie a mis en relief combien nous sommes tous vulnérables et interconnectés. Si nous ne prenons pas soin les uns des autres, en commençant par les plus faibles, ceux qui sont le plus touchés, y compris la création, nous ne pouvons pas guérir le monde.

 

Il faut saluer l’engagement de nombreuses personnes qui ces mois-ci témoignent de l’amour humain et chrétien envers leur prochain, en se dédiant aux malades même au risque de leur santé. Ce sont des héros !

 

Cependant, le coronavirus n’est pas la seule maladie à combattre, mais la pandémie a mis en lumière des pathologies sociales plus larges.

 

L’une d’entre elles est la vision déformée de la personne, un regard qui ignore sa dignité et son caractère relationnel.

 

Parfois nous regardons les autres comme des objets à utiliser et à jeter. En réalité, ce genre de regard aveugle et fomente une culture du déchet individualiste et agressive, qui transforme l’être humain en un bien de consommation (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, 53; Enc. Laudato si’ [LS], 22).

 

A la lumière de la foi nous savons, en revanche, que Dieu regarde l’homme et la femme d’une autre façon. Il nous a créés non pas comme des objets, mais comme des personnes aimées et capables d’aimer ; il nous a créés à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1,27).

 

De cette façon il nous a donné une dignité unique, en nous invitant à vivre en communion avec Lui, en communion avec nos sœurs et avec nos frères, dans le respect de toute la création.

En communion, en harmonie, pouvons-nous dire.

 

La création est une harmonie dans laquelle nous sommes appelés à vivre. Et dans cette communion, dans cette harmonie qui est la communion, Dieu nous donne la capacité de procréer et de protéger la vie (cf. Gn 1,28-29), de travailler et de prendre soin de la terre (cf. Gn 2,15; LS, 67).

On comprend que l’on ne peut pas procréer et protéger la vie sans harmonie ; elle sera détruite.

 

Dans les Évangiles, nous avons un exemple de ce regard individualiste, qui n’est pas harmonie, dans la demande faite à Jésus par la mère des disciples Jacques et Jean (cf. Mt 20,20-28). Elle voudrait que ses enfants puissent s’asseoir à la droite et à la gauche du nouveau roi. Mais Jésus propose un autre type de vision : celle du service et du don de sa vie pour les autres, et il le confirme en rendant tout de suite après la vue à deux aveugles, faisant d’eux ses disciples (cf. Mt 20,29-34).

 

Chercher à se hisser dans la vie, à être supérieur aux autres, détruit l’harmonie. C’est la logique de la domination sur les autres. L’harmonie c’est autre chose : c’est le service.

 

Demandons donc au Seigneur de nous donner des yeux attentifs à nos frères et sœurs, spécialement à ceux qui souffrent. Comme disciples de Jésus, nous ne voulons pas être indifférents ni individualistes, ce sont deux mauvaises attitudes contre l’harmonie.

 

Indifférent : regarder ailleurs.

 

Individualiste : regarder seulement son intérêt.

 



L’harmonie créée par Dieu nous demande de regarder les autres, les besoins des autres, les problèmes des autres, d’être en communion. Nous voulons reconnaître en toute personne, quelle que soit sa race, sa langue ou sa condition, la dignité humaine. L’harmonie t’amène à reconnaître la dignité humaine, cette harmonie créée par Dieu, avec l’homme au centre.

 

Le Concile Vatican II souligne que cette dignité est inaliénable, parce qu’elle « a été créée à l’image de Dieu » (Const. past. Gaudium et spes, 12). Elle réside au fondement de toute la vie sociale et elle en détermine les principes de fonctionnement.

 

Dans la culture moderne, la référence la plus proche du principe de la dignité inaliénable de la personne est la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, que saint Jean-Paul II a définie comme « une pierre milliaire placée sur la route longue et difficile du genre humain » et comme « l’une des expressions les plus hautes de la conscience humaine« .

Les droits individuels, mais aussi sociaux ; ceux des peuples, des nations. L’être humain, en effet, dans sa dignité personnelle, est un être social, créé à l’image de Dieu Un et Trine.

Nous sommes des êtres sociaux, nous avons besoin de vivre dans cette harmonie sociale, mais lorsqu’il y a l’égoïsme, notre regard ne se dirige pas vers les autres, vers la communauté, mais tourne autour de nous et cela nous rend méchants, mauvais, égoïstes, en détruisant l’harmonie.

 

Cette conscience renouvelée de la dignité de tout être humain a de sérieuses implications sociales, économiques et politiques.

 

Regarder son frère et toute la création comme un don reçu de l’amour du Père suscite un comportement d’attention, de soin et d’étonnement. Ainsi le croyant, contemplant son prochain comme un frère et non comme un étranger, le regarde avec compassion et empathie, et non pas avec mépris et hostilité.

 

Et en contemplant le monde à la lumière de la foi, il mettra tout en œuvre pour développer, avec l’aide de la grâce, sa créativité et son enthousiasme pour résoudre les drames de l’histoire. Il conçoit et développe ses capacités comme des responsabilités qui jaillissent de sa foi, comme des dons de Dieu à mettre au service de l’humanité et de la création.

 

Alors que nous travaillons tous pour soigner ce virus qui touche tout le monde sans distinction, la foi nous exhorte à nous engager sérieusement et activement à combattre l’indifférence devant les violations de la dignité humaine. Cette culture de l’indifférence qui accompagne la culture du déchet : les choses qui ne me concernent pas ne m’intéressent pas. La foi exige toujours de nous laisser guérir et convertir de notre individualisme, aussi bien personnel que collectif ; un individualisme de parti, par exemple.

 

Que le Seigneur puisse “nous rendre la vue” pour redécouvrir ce que signifie être membres de la famille humaine. Et que ce regard puisse se traduire en actions concrètes de compassion et de respect pour toute personne, et de soin et de protection pour notre maison commune.


10 novembre, 2020

Catéchèse papa François – Guérir le monde, 3 : L’option préférentielle pour les pauvres. 19 août 2020

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Catéchèse du pape François. 19 août 2020


Chers frères et sœurs, bonjour !

La pandémie a mis à découvert la difficile situation des  pauvres et la grande inégalité qui règne dans le  monde. Et le virus, qui ne fait pas d’exceptions entre

 les personnes, a trouvé, sur son chemin dévastateur,  de grandes inégalités et discriminations. Et il les a  amplifiées !

La réponse à la pandémie est donc double. D’un côté, il est indispensable de trouver le traitement pour un virus qui est petit mais terrifiant, qui met à genoux le monde entier.


De l’autre, nous devons traiter un grand virus, celui de l’injustice sociale, de l’inégalité des opportunités, de la marginalisation et du manque de protection des plus faibles.

Dans cette double réponse de guérison, il y a un choix qui, selon l’Evangile, ne peut être absent : l’option préférentielle pour les pauvres (cf. exhort. ap. Evangelii gaudium [EG], 195). Il ne s’agit pas d’une option politique, ni d’une option idéologique, une option de partis.

L’option préférentielle pour les pauvres est au centre de l’Evangile.


Et le premier qui l’ait vécue est Jésus ; nous l’avons  entendu dans le passage de la Lettre aux Corinthiens qui a été lue au début. 

Lui qui était riche s’est fait  pauvre pour nous  enrichir


Il s’est fait l’un de nous  et c’est pour cela que cette option est au centre de l’Evangile, au centre de l’annonce de Jésus.

Le Christ lui-même, qui est Dieu, s’est dépouillé lui-même, devenant semblable aux hommes ; et il n’a pas choisi une vie de privilège, mais il a choisi la condition de serviteur (cf. Ph 2, 6-7). Il s’est anéanti, se faisant serviteur. Il est né dans une famille humble et a travaillé comme artisan. Au commencement de sa prédication, il a annoncé que, dans le Royaume de Dieu, les pauvres sont heureux (cf. Mt 5,3 ; Lc 6,20 ; EG, 197). Il était au milieu des malades, des pauvres et des exclus, leur montrant l’amour miséricordieux de Dieu (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 2444). Et il a très souvent été jugé comme un homme impur parce qu’il allait vers les malades, les lépreux qui, selon la loi de l’époque, étaient impurs. Et il a pris des risques pour être proche des pauvres.

C’est pour cela que les disciples de Jésus se reconnaissent à leur proximité à l’égard des pauvres, des petits, des malades et des prisonniers, des exclus, des oubliés, de ceux qui n’ont ni nourriture ni vêtements (cf. Mt 25, 31-36 ; CEC 2443). Nous pouvons lire ce fameux paramètre selon lequel nous serons tous jugés, nous serons tous jugés. C’est Matthieu, chapitre 25.


C’est un critère-clé d’authenticité chrétienne (cf. Gal 2,10 ; EG, 195). Certains pensent, à tort, que cet amour préférentiel pour les pauvres est une tâche pour quelques-uns, mais en réalité c’est la mission de toute l’Eglise, disait saint Jean-Paul II (cf. enc. Sollicitudo rei socialis, 42). « Tous les chrétiens et toutes les communautés sont appelés à être instruments de Dieu pour la libération et la promotion des pauvres » (EG, 187).

La foi, l’espérance et l’amour nous poussent nécessairement vers cette préférence pour les plus démunis, (1) qui va au-delà de l’assistance pourtant nécessaire (cf. EG, 198).

Cela implique en effet de cheminer ensemble, de nous laisser évangéliser par eux, qui connaissent bien le Christ souffrant, de nous laisser « contaminer » par leur expérience du salut, par leur sagesse et par leur créativité (cf. ibid.). Partager avec les pauvres signifie nous enrichir mutuellement. Et s’il y a des structures sociales malades qui les empêchent de rêver un avenir, nous devons travailler ensemble pour guérir celles-ci, pour les changer (cf. ibid., 195). C’est à cela que conduit l’amour du Christ qui nous a aimés jusqu’au bout (cf. Jn 13,1) et cet amour arrive jusqu’aux confins, jusqu’aux marges, aux frontières existentielles. Mettre les périphéries au centre signifie centrer notre vie sur le Christ, qui « s’est fait pauvre » pour nous, pour nous enrichir « par sa pauvreté » (2 Cor 8,9). (2)

Nous sommes tous préoccupés par les conséquences sociales de la pandémie. Tous. Beaucoup veulent revenir à la normalité et prendre les activités économiques. Bien sûr, mais cette « normalité » ne devrait pas comprendre les injustices sociales et la dégradation de l’environnement.

La pandémie est une crise et on ne sort pas pareil d’une crise : nous en sortons soit meilleurs, soit pires.

Nous devrions en sortir meilleurs, pour améliorer les situations d’injustice sociale et la dégradation de l’environnement. Aujourd’hui, nous avons une occasion de construire quelque chose de différent.


Par exemple, nous pouvons faire croître une économie de développement intégral des pauvres et non d’assistanat. En disant cela, je ne veux pas condamner l’assistance, les œuvres d’assistance sont importantes. Pensons au bénévolat, qui est une des plus belles structures de l’Eglise italienne. Mais nous devons aller au-delà en résolvant les problèmes qui nous poussent à faire de l’assistance.

Une économie qui ne recourt pas à des remèdes qui, en réalité, empoisonnent la société, par manque de création de postes de travail dignes (cf. EG, 204).

Ce type de profits est dissocié de l’économie réelle, celle qui devrait donner un bénéfice aux gens ordinaires (cf. Enc Laudato si’ [LS], 109) et en outre il se montre parfois indifférent aux dommages infligés à notre maison commune.

L’option préférentielle pour les pauvres, cette exigence éthico-sociale qui vient de l’amour de Dieu (cf. LS, 158), nous donne l’élan pour penser et concevoir une économie où les personnes, et surtout les plus pauvres, soient au centre.


Et elle nous encourage également à projeter un traitement contre le virus en privilégiant ceux qui en ont le plus besoin. Ce serait triste que l’on donne la priorité du vaccin contre la Covid-19 aux plus riches ! Ce serait triste si ce vaccin devenait la propriété de telle ou telle nation et n’était pas universel et pour tous.

Quel scandale ce serait si toute l’assistance économique que nous observons – la majeure partie avec l’argent public – se concentrait sur le rachat d’industries qui ne contribuent pas à l’inclusion des exclus, à la promotion des plus petits, au bien commun ou au soin de la création (ibid.).

Ce sont des critères pour choisir quelles seront les industries à aider : celles qui contribuent à l’inclusion  des exclus, à la promotion des plus petits, au bien commun et au soin de la création. Quatre critères.

Si le virus devait s’intensifier à nouveau dans un monde injuste pour les pauvres et les plus vulnérables, nous devons changer ce monde.

Avec l’exemple de Jésus, le médecin de l’amour divin intégral, à savoir de la guérison physique, sociale et spirituelle (cf. Jn 5,6-9) – comme les guérisons que faisait Jésus –, nous devons maintenant agir, pour guérir des épidémies provoquées par de petits virus invisibles, et pour guérir de celles provoquées par les grandes injustices sociales visibles.

Je propose que cela soit fait en partant de l’amour de Dieu, en mettant les périphéries au centre et ceux qui sont les derniers à la première place.

N’oublions pas ce paramètre selon lequel nous serons jugés, Matthieu, chapitre 25.


Mettons-le en pratique en ce temps de reprise après l’épidémie. Et en partant de cet amour concret, ancré dans l’espérance et fondé dans la foi, un monde plus sain sera possible. Dans le cas contraire, nous sortirons pires de la crise. Que le Seigneur nous aide, qu’il nous donne la force d’en sortir meilleurs, en répondant aux besoins du monde d’aujourd’hui.

(1)   Cf. Congrégation pour la Doctrine de la foi, Instruction sur certains aspects de la “Théologie de la Libération”, (1984), 5.

(2)   Benoît XVI, Discours inaugural de la V Conférence générale de l’Episcopat latino-américain et des Caraïbes (13 maggio 2007), 3.

 

 


Catéchèse – “Guérir le monde”: 4. La destination universelle des biens et la vertu de l’espérance

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Chers frères et sœurs, bonjour !

Face à la pandémie et à ses conséquences sociales, de nombreuses personnes risquent de perdre l’espérance. En ce temps d’incertitude et d’angoisse, j’invite chacun à accueillir le don de l’espérance qui vient du Christ. C’est Lui qui nous aide à naviguer dans les eaux tumultueuses de la maladie, de la mort et de l’injustice, qui n’ont pas le dernier mot sur notre destination finale.



La pandémie a souligné et aggravé les problèmes sociaux, en particulier l’inégalité. Certains peuvent travailler à la maison, tandis que pour de nombreux autres, cela est impossible. Certains enfants, en dépit des difficultés, peuvent continuer à recevoir une éducation scolaire, tandis que pour de très nombreux autres, celle-ci s’est brusquement interrompue. Certains pays puissants peuvent émettre de la monnaie pour affronter l’urgence, tandis que pour d’autres, cela signifierait hypothéquer leur avenir.



Ces symptômes d’inégalité révèlent une maladie sociale ; c’est un virus qui vient d’une économie malade. Nous devons le dire simplement : l’économie est malade. Elle est tombée malade.

C’est le fruit d’une croissance économique inique (voilà la maladie : le fruit d’une croissance économique inique) qui ne tient pas compte des valeurs humaines fondamentales.

Dans le monde d’aujourd’hui, quelques  personnes très riches possèdent plus que tout le reste de l’humanité. Je répète cela parce que cela nous fera réfléchir : quelques personnes très riches, un petit groupe, possèdent plus que tout le reste de l’humanité. C’est une pure statistique. C’est une injustice qui crie au ciel !

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En même temps, ce modèle économique est indifférent aux dommages infligés à la maison commune. On ne prend pas soin de la maison commune.

Nous allons bientôt dépasser un grand nombre des limites de notre merveilleuse planète, avec des conséquences graves et irréversibles : de la perte de biodiversité et du changement climatique à l’élévation du niveau des mers et à la destruction des forêts tropicales.



L’inégalité sociale et la dégradation de l’environnement vont de pair et ont la même racine (cf. Enc. Laudato si’, n. 101) : celle du péché de vouloir posséder, de vouloir dominer ses frères et sœurs, de vouloir posséder et dominer la nature et Dieu même. Mais cela n’est pas le plan de Dieu pour  la création.

« Au commencement, Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l’humanité » ( Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2402). Dieu nous a demandé de dominer la terre en son nom (cf. Gn 1, 28), en la cultivant et en en prenant soin comme un jardin, le jardin de tous (cf. Gn 2, 15). « Alors que “cultiver” signifie labourer, […] ou travailler, “garder” signifie protéger, [et] sauvegarder » ( LS, n. 67). 

Mais attention à ne pas interpréter cela comme une carte blanche pour faire de la terre ce que l’on veut. Non. Il existe « une relation de réciprocité responsable » ( ibid.) entre nous et la nature. 

Une relation de réciprocité responsable entre nous et la nature. Nous recevons de la création et nous donnons à notre tour. « Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder » ( ibid.). Les deux choses.

En effet, la terre « nous précède et nous a été donnée » (ibid.), elle a été donnée par Dieu « à tout le genre humain » (CEC, n. 2402). Il est donc de notre devoir de faire en sorte que ses fruits arrivent à tous, et pas seulement à quelques-uns. Et cela est un élément-clé de notre relation  avec les biens terrestres.



Comme le rappelaient les pères du Concile Vatican II, « l’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres » (Const. past. Gaudium et spes, n. 69).

En effet, « la propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence pour le faire fructifier et en communiquer les bienfaits à autrui » (CEC, n. 2404). Nous sommes administrateurs des biens, pas les propriétaires.

Administrateurs. « Oui, mais ce bien est à moi ». C’est vrai, il est à toi, mais pour l’administrer, par pour le garder de façon égoïste pour toi.

Pour assurer que ce que nous possédons apporte de la valeur à la communauté, « l’autorité politique a le droit et le devoir de régler, en fonction du bien commun, l’exercice légitime du droit de propriété » (ibid., n. 2406)  (Cf. GS, 71; Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis, n. 42; Lett. enc. Centesimus annus, nn. 40.48).

La « subordination de la propriété privée à la destination universelle des biens […] est une “règle d’or” du comportement social, et le premier principe de tout l’ordre éthico-social » (LS, n. 93) (Cf. S. Jean-Paul II, Lett. enc. Laborem exercens, n. 19).

Les propriétés, l’argent sont des instruments qui peuvent servir à la mission. Mais nous les transformons facilement en fins, individuelles ou collectives. Et lorsque cela a lieu, on porte atteinte aux valeurs humaines essentielles. L’homo sapiens se déforme et devient une espèce d’homo œconomicus (dans le mauvais sens du terme) individualiste, calculateur et dominateur. Nous oublions que, étant créés à l’image et ressemblance de Dieu, nous sommes des êtres sociaux, créatifs et solidaires, avec une immense capacité à aimer. Nous oublions souvent cela.



De fait, nous sommes les êtres les plus coopératifs parmi toutes les espèces, et nous nous épanouissons en communauté, comme on le voit bien dans l’expérience des saints. Il y a un dicton espagnol qui m’a inspiré cette phrase, et qui dit :  Florecemos en racimo, como los santosNous nous épanouissons ensemble, comme on le voit dans l’expérience des saints.

Quand l’obsession de posséder et de dominer exclut des millions de personnes des biens primaires ; quand l’inégalité économique et technologique est telle qu’elle déchire le tissu social ; et quand la dépendance vis-à-vis d’un progrès matériel illimité menace la maison commune, alors nous ne pouvons pas rester impassibles. Non, cela est désolant. Nous ne pouvons pas rester impassibles !

Avec le regard fixé sur Jésus (cf. He 12, 2) et la certitude que son amour œuvre à travers la communauté de ses disciples, nous devons agir tous ensemble, dans l’espérance de donner naissance à quelque chose de différent et de meilleur. L’espérance chrétienne, enracinée en Dieu, est notre ancre. Elle soutient la volonté de partager, en renforçant notre mission en tant que disciples du Christ, qui a tout partagé avec nous.



Et cela, les premières communautés chrétiennes, qui comme nous, vécurent des temps difficiles, l’ont compris. Conscientes de former un seul cœur et une seule âme, elles mettaient tous leurs biens en commun, en témoignant de la grâce abondante du Christ sur elles (cf. Ac 4, 32-35). Nous vivons actuellement une crise. La pandémie nous a tous plongés dans une crise. Mais rappelez-vous : on ne peut pas sortir pareils d’une crise, ou bien l’on sort meilleurs, ou bien l’on sort pires. C’est l’option qui se présente à nous.

Après la crise, est-ce que nous continuerons avec ce système économique d’injustice sociale et de mépris pour la sauvegarde de l’environnement, de la création, de la maison commune ? Réfléchissons-y.  Puissent les communautés chrétiennes du vingt-et-unième siècle retrouver cette réalité (la sauvegarde de la création et la justice sociale : elles vont de pair)  en témoignant ainsi de la Résurrection du Seigneur. Si nous prenons soin des biens que le Créateur nous donne, si nous mettons en commun ce que nous possédons de façon à ce que personne ne manque de rien, alors nous pourrons véritablement inspirer l’espérance pour faire renaître un monde plus sain et plus équitable.

Et pour finir, pensons aux enfants. Lisez les statistiques : combien d’enfants, aujourd’hui, meurent de faim à cause d’une mauvaise distribution des richesses, d’un système économique que j’ai évoqué auparavant ; et combien d’enfants, aujourd’hui, n’ont pas droit à l’école, pour la même raison. Que cette image, des enfants dans le besoin à cause de la faim et du manque d’éducation, nous aide à comprendre que nous devrons sortir meilleurs de cette crise. Merci.