17 septembre, 2026

Audience Léon XIV. 16 septembre 2026. Gaudium et Spes : La communauté humaine

 


LÉON XIV. AUDIENCE GÉNÉRALE. Place Saint-Pierre Mercredi 16 septembre 2026

Catéchèse.

Les Documents du Concile Vatican II

 IV. La Constitution Pastorale Gaudium et spes (GS 23-32) 

3. La communauté humaine

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

En consacrant son deuxième chapitre à la « communauté humaine », la Constitution Gaudium et spes (GS) invite à considérer la « multiplication des relations entre les hommes » comme « l’un des aspects les plus importants du monde d’aujourd’hui » (n° 23). Cette réalité doit cependant trouver son accomplissement « plus profondément au sein de la communauté des personnes », pour laquelle est indispensable « un respect réciproque de leur pleine dignité spirituelle » (ibid.).

Ce sont là des affirmations qui, de nos jours, revêtent une urgence accrue. D’une part, en effet, le développement technologique, la diffusion des mass-médias et des réseaux sociaux, le recours toujours croissant à l’intelligence artificielle ouvrent de nouvelles possibilités, en abattant les barrières et les distances ; d’autre part, les relations tendent à devenir de moins en moins personnelles, de plus en plus virtuelles, et l’on risque de s’habituer à déléguer aux algorithmes des décisions qui ne relèvent que de la conscience humaine. Veiller à ce que les relations sociales aient une réelle épaisseur et une profondeur personnelle est, à cet égard, la contribution que la communauté chrétienne se propose d’offrir.

Le Concile invite à puiser critères et force dans le projet créateur de Dieu, qui a voulu que « tous les hommes forment une seule famille et se traitent les uns les autres comme des frères » ; c’est pourquoi « l’amour de Dieu et du prochain est le premier et le plus grand commandement », qui a trouvé en Christ sa pleine révélation et son accomplissement parfait (cf. GS, 24).

Le perfectionnement de la personne humaine et le développement de la société doivent être considérés comme étroitement interdépendants : les opposer ou les séparer reviendrait à les réduire à néant. L’histoire, même la plus récente, confirme clairement cette vérité ; c’est pourquoi il ne faut pas se lasser de réaffirmer, avec les Pères de Vatican II, que « la personne humaine, qui, par sa nature même, a absolument besoin d’une vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales » (GS, 25).

Dans cette perspective, Gaudium et spes affirme que la diversité des personnes et des peuples dans le monde ne doit pas être considérée comme un danger ou une menace, mais comme un potentiel d’enrichissement et de croissance. L’opposition, qui dégénère parfois en violence, est le fruit du pouvoir du péché et de la manière dont celui-ci conditionne les mentalités et les actions, à tous les niveaux, provoquant destruction et mort. Il faut s’ouvrir toujours davantage à la logique de la réciprocité, du partage et de la sollicitude, comme c’est le cas également entre les différents membres du corps humain (cf. 1Co 12, 21-25).

À ce stade, la Constitution pastorale propose également une définition concise du « bien commun », en rappelant qu’il consiste en « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée » (GS, 26).

Dans le même temps, reconnaissant l’interdépendance entre les peuples, elle affirme que « chaque groupe doit tenir compte des besoins et des légitimes aspirations des autres groupes, et plus encore du bien commun de l’ensemble de la famille humaine » (GS, 26).

Partant de cette approche, les Pères conciliaires indiquent ensuite certaines « conséquences pratiques d’une urgence particulière » (GS, 27).

Tout d’abord, le respect de la personne humaineGaudium et spes déclare : « tout ce qui s’oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré ; tout ce qui constitue une violation de l’intégrité de la personne humaine, comme les mutilations, la torture physique ou morale, les contraintes psychologiques ; tout ce qui est offense à la dignité de l’homme, comme les conditions de vie sous-humaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations, l’esclavage, la prostitution, le commerce des femmes et des jeunes ; ou encore les conditions de travail dégradantes qui réduisent les travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard pour leur personnalité libre et responsable : toutes ces pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes » (ibid.).

Deuxième conséquence : le respect et l’amour même envers les adversaires ou ceux dont les façons de penser et d’agir diffèrent des nôtres (cf. GS, 28).

Troisièmement : l’égalité fondamentale de tous les hommes, qui exige la justice sociale. Le Document affirme : « toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne, qu’elle soit sociale ou culturelle, qu’elle soit fondée sur le sexe, la race, la couleur de la peau, la condition sociale, la langue ou la religion, doit être dépassée et éliminée, comme contraire au dessein de Dieu » (GS, 29).

Enfin, les Pères conciliaires exhortent à dépasser la mentalité individualiste et à adopter une attitude de responsabilité et de participation (cf. GS, 30-31).

Chers frères et sœurs, cette vision de l’humanité comme « communauté de personnes » est un héritage précieux que le Concile Vatican II nous a laissé. Elle nous aide tous à exercer un discernement personnel et communautaire, afin d’évaluer de manière responsable les projets sociaux et politiques d’aujourd’hui, selon les critères de la dignité de la personne humaine, de la justice sociale et de la libre participation à la construction du bien commun. Car l’avenir de l’humanité dépend de l’engagement de chacun à collaborer avec Dieu et avec ses frères pour construire un monde plus humain (cf. GS, 30).

 

15 septembre, 2026

Histoire de l'Église. Leçon 6 : saint Jacques

 


 

Saint Jacques Apôtre : Du désir de grandeur à la vraie sainteté

 

Source : Catéchèse du Pape Benoît XVI (21 juin 2006)



Introduction

Dans notre parcours de l'Histoire de l'Église, nous continuons de découvrir les premiers fondements posés par les Apôtres. Après saint Pierre et saint André, nous nous arrêtons aujourd'hui sur une figure magnifique : saint Jacques le Majeur, fils de Zébédée et frère de saint Jean.

 

Pourquoi l'appelle-t-on « le Majeur » ? Ce n'est pas parce qu'il était plus saint que l'autre Jacques (le fils d'Alphée), mais simplement en raison de la place importante qu'il occupe dans les Évangiles.

 

À travers sa vie, nous allons voir comment Jésus prend un jeune homme plein d'ambition humaine et le transforme, pas à pas, en un grand saint.



Point 1 : Un ami du cercle intime de Jésus

  • Ce que nous dit l'Histoire : Dans l'Évangile, Jacques fait partie d'un groupe très particulier. Avec Pierre et son frère Jean, il est l'un des trois disciples préférés que Jésus prend avec lui lors des moments clés de son ministère.

 

  • Ce qu'il faut comprendre : Jésus ne fait pas de favoritisme injuste, mais Il prépare ces trois hommes à porter une responsabilité particulière dans la première communauté chrétienne. Jacques a ainsi eu le privilège d'écouter le Maître de plus près et d'observer son cœur.

 

 Être saint, c'est accepter l'invitation de Jésus à entrer dans son intimité. Dans votre vie professionnelle bien chargée, prenez-vous ce temps chaque jour pour être dans le « cercle intime » du Seigneur par une prière personnelle et régulière ?

 

Point 2 : La Gloire et la Croix

  • Ce que nous dit l'Histoire : Jacques a été témoin des deux événements les plus opposés de la vie de Jésus :
    1. La Transfiguration : Il voit la gloire divine de Jésus sur la montagne, entouré de lumière.

 

    1. L'Agonie à Gethsémani : Il voit ce même Jésus effondré par la souffrance et la peur avant sa Passion.

 

  • La transformation de Jacques : Au début, Jacques s'attendait à un Messie glorieux et triomphant. Mais en voyant la souffrance de Jésus, l'Esprit Saint a corrigé sa vision : la vraie gloire de Dieu se manifeste dans l'amour qui va jusqu'au bout, jusque sur la Croix.

 

  • Pour notre sainteté au quotidien : Dans le travail ou dans la vie personnelle, nous aimons tous les succès et la reconnaissance (la « Transfiguration »). Mais la sainteté mûrit aussi dans les moments de fatigue, d'échec ou d'épreuve (notre « Gethsémani »). La vraie sérénité s'acquiert quand on apprend à découvrir la présence du Christ même au milieu des difficultés quotidiennes.

 

Point 3 : Corriger nos ambitions humaines

  • Ce que nous dit l'Histoire : Au début de sa marche avec le Seigneur, Jacques avait des idées très humaines sur la réussite. L'Évangile raconte que sa mère est venue demander à Jésus que ses deux fils siègent aux places d'honneur (l'un à droite, l'autre à gauche) dans son Royaume.

 

  • La réponse de Jésus : Jésus ne le chasse pas, mais Il réoriente son désir : « Pouvez-vous boire le calice que je vais boire ? » Jacques répond avec enthousiasme : « Nous le pouvons ! » Il a fallu du temps pour qu'il comprenne que régner avec le Christ, c'est servir et donner sa vie.

 

  • Pour notre sainteté au quotidien : Il est normal d'avoir des ambitions professionnelles, mais la sainteté consiste à purifier nos intentions. Cherchons-nous notre propre gloire ou le service des autres ? Devenir saint dans son métier, c'est mettre ses compétences au service de ses collègues et du bien commun, sans chercher les premières places à tout prix.

 

Point 4 : Le premier Apôtre martyr (Le témoignage suprême)

  • Ce que nous dit l'Histoire : L'enthousiasme de Jacques s'est transformé en une fidélité totale. Vers l'an 42, le roi Hérode Agrippa déclenche une persécution contre l'Église naissante. Il fait arrêter Jacques et le condamne à être décapité (Actes 12, 1-2).

 

  • La leçon du texte : Jacques est le tout premier des douze Apôtres à verser son sang pour le Christ. La brièveté du récit dans le livre des Actes montre qu'il était naturel pour les premiers chrétiens de donner leur vie par amour pour le Seigneur.

 

  • Pour notre sainteté au quotidien : On ne vous demandera probablement pas de verser votre sang demain, mais la sainteté exige un « petit martyre » quotidien : le courage d'être cohérent avec sa foi chrétienne au travail, le refus du mensonge ou des compromis faciles, et l'audace de témoigner de la joie de l'Évangile autour de soi.

 

Point 5 : Le pèlerin de la Bonne Nouvelle (Compostelle)

  • Ce que nous dit l'Histoire : Une tradition ancienne raconte que Jacques est allé évangéliser l'Espagne, et que ses reliques reposent aujourd'hui à Saint-Jacques-de-Compostelle. C'est pourquoi on le représente souvent avec le bâton de pèlerin et le rouleau de l'Évangile.

 

  • Le symbole de la vie chrétienne : Cette image rappelle que le chrétien est un pèlerin. La vie sur terre n'est pas une installation définitive, mais une marche vers le Ciel en annonçant la Bonne Nouvelle.

 

  • Pour notre sainteté au quotidien : Ne restons pas immobiles dans nos habitudes. L'appel à la sainteté est un chemin dynamique, une nouvelle vie qui se renouvelle chaque matin. Chaque journée de travail est une étape de ce pèlerinage où nous sommes invités à transmettre la lumière du Christ par notre exemple et notre amitié.

 

Conclusion et pistes concrètes

Saint Jacques nous enseigne la générosité : il a tout quitté pour suivre Jésus, il a accepté de corriger ses défauts et il est allé jusqu'au bout.

 

Voici 3 résolutions concrètes :



  1. La promptitude : Dire « oui » immédiatement à Jésus dans nos devoirs quotidiens et notre prière, sans remettre à plus tard.

 

  1. Le sens du service : Dans une tâche professionnelle cette semaine, chercher discrètement à servir un collègue plutôt qu'à briller.

 

  1. L'esprit de pèlerin : Garder le sourire et la sérénité face aux imprévus, en se rappelant que nos petites difficultés d'aujourd'hui s'inscrivent dans une marche plus grande vers le Ciel.

 

09 septembre, 2026

Audience Léon XIV. Gaudium et spes 2. La dignité de la personne humaine

 


LÉON XIV AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre Mercredi 9 septembre 2026

Les Documents du Concile Vatican II IV.

La Constitution Pastorale Gaudium et spes (GS 12-22) 

2. La dignité humaine : don et responsabilité

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

La Constitution conciliaire Gaudium et spes (GS), qui consacre son premier chapitre à la dignité de la personne humaine, souligne que celle-ci est le fondement de ces « valeurs qui sont aujourd’hui les plus estimées », mais qu’il est nécessaire qu’elles ne perdent pas le lien avec « leur source divine », afin d’échapper aux éventuelles déformations dues à la « corruption du cœur humain » (GS, 11).

Le chemin qui a permis de mettre en lumière les traits et les droits fondamentaux de la dignité de la personne représente certainement l’une des pages les plus significatives de l’histoire humaine. Cependant, le parcours à accomplir n’est pas terminé et doit faire face aux contradictions, anciennes et nouvelles, qui empêchent sa pleine mise en œuvre.

L’Église apporte clairement sa contribution, en rappelant que la dignité humaine découle de l’être même de la personne.

J’ai eu l’occasion de le réaffirmer également dans la récente encyclique Magnifica humanitas: « chaque personne est conçue et voulue par Dieu pour entrer dans une histoire de communion avec Lui, avec les autres et avec la création. Sa dignité ne dépend pas des capacités qu’elle possède, de ses richesses ou du rôle qu’elle occupe, des choix justes ou erronés qu’elle pose, mais elle est un don, qui la précède et la dépasse, placé par Dieu comme expression de son amour qui ne fait jamais défaut. » (n° 50).

La dignité infinie de l’être humain trouve donc son fondement dans son identité de créature faite « “à l’image de Dieu”, capable de connaître et d’aimer son Créateur », projet et don d’amour qui transcende les autres réalités créées, lesquelles sont confiées à ses soins « pour qu’il les gouverne et s’en serve à la gloire de Dieu » (GS, 12).

C’est dans la foi que nous pouvons comprendre le fondement ultime de la dignité de la personne, car le Fils, « dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (n° 22).

La personne implique toujours une relation, une communion, une participation vis-à-vis de Dieu et des autres ; il s’agit donc d’une relation filiale avec Dieu le Père et d’une relation fraternelle avec le Christ et avec tous les hommes. Elle exclut tout repli sur soi. Être une personne, c’est se percevoir comme un don à partager, en grandissant et en mûrissant dans l’accueil, la réciprocité et le service.

Cette dignité relève de la responsabilité de chacun : en même temps, elle exige aussi de la solidarité et une attention mutuelle, en surmontant les nombreuses falsifications et manipulations qui en déforment encore aujourd’hui la perception et en entravent la réalisation. En effet, en raison des choix contraires à sa dignité opérés au cours de l’histoire, aujourd’hui encore « l’homme se trouve divisé en lui-même » et « toute la vie humaine, tant individuelle que collective, présente les traits d’une lutte dramatique entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres ». Cette condition fragile et limitée peut toutefois être envisagée avec espérance, car « le Seigneur en personne est venu pour restaurer l’homme dans sa liberté et sa force, le rénovant intérieurement et jetant dehors “le prince de ce monde” (Jn 12, 31), qui le retenait dans l’esclavage du péché » (GS, 13).

La constitution Gaudium et spes affirme en outre que la dignité humaine concerne la personne dans sa totalité et qu’il faut donc dépasser les visions dualistes : l’être humain est « une unité de l’âme et du corps ». La réduction du corps à un “objet” dont on peut disposer arbitrairement constitue toujours une négation de la dignité de la personne : « il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle […] », et il faut « il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour », en veillant « sans le laisser asservir aux mauvais penchants de son cœur » (GS, 14), puisque nous sommes tous marqués par le péché.

Enfin, Gaudium et spes évoque trois expressions particulièrement significatives de la dignité de la personne : l’intelligence, qui fait de l’être humain un chercheur insatiable de vérité (n° 15) ; la conscience, grâce à laquelle il donne unité et sens à sa vie (n° 16) ; la liberté, qui fait de lui l’acteur responsable de ses propres décisions (n° 17).

Ces dimensions sont étroitement liées entre elles : c’est dans la conscience que la vérité est reconnue comme telle et que la liberté peut la vivre comme son fondement et sa possibilité. Le Saint-Esprit, qui donne vie en Christ, nous rend libres et nous assure sans cesse de notre dignité d’enfants de Dieu, en nous libérant de la peur et en nous guidant vers le but ultime, cette vie en plénitude au-delà de la mort que le Christ nous a promise : c’est en Lui seul que le mystère de l’homme trouve sa véritable lumière, c’est de Lui que nous recevons la lumière sur l’énigme de la douleur et de la mort, et c’est avec Lui que nous allons à la rencontre de la résurrection.

Chers frères et sœurs, créés à l’image de Dieu, par le Christ et en vue de Lui, nous avons reçu une dignité unique et indélébile. Engageons-nous à la promouvoir et à la défendre toujours, à la lumière et avec la force de l’Évangile.

* * 

 

08 septembre, 2026

Histoire de l'Église. Leçon 5. Saint André


 

Introduction


Frère de Simon-Pierre, il est un Apôtre au cœur ardent, un homme de foi profonde et un guide précieux pour notre vie spirituelle. Nous allons suivre son parcours à travers cinq grands points simples et accessibles.

1. André, le premier appelé

La première chose qui frappe chez André est son nom. Ce n'est pas un nom juif, mais un nom grec. Cela montre une certaine ouverture culturelle chez les siens. Nous sommes en Galilée, une région où la culture et la langue grecques sont bien présentes.

Dans la liste des Apôtres, André occupe une place importante : la deuxième ou la quatrième place selon les Évangiles. Il bénéficiait d'un grand respect parmi les premiers chrétiens. Le lien de sang entre Pierre et André est très fort. Jésus les appelle ensemble alors qu'ils jettent leurs filets dans le lac de Galilée : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes » (Mt 4, 19).

L'Évangile de Jean nous révèle un détail essentiel : avant de suivre Jésus, André était disciple de Jean-Baptiste. C'était un homme qui cherchait la vérité, un homme de foi qui partageait l'espérance d'Israël. Dès que Jean-Baptiste désigne Jésus comme « l'Agneau de Dieu », André se met en marche et suit Jésus. Il passe toute une journée avec Lui dans une grande intimité.

Aussitôt après cette rencontre, André court trouver son frère Simon pour lui dire : « Nous avons trouvé le Messie ». Et il l'amène à Jésus. Il fait preuve d'un esprit apostolique immédiat. Parce qu'il a été le tout premier à suivre le Seigneur, la tradition liturgique byzantine le nomme Protóklitos, ce qui signifie « le premier appelé ». C'est en raison de cette fraternité entre Pierre et André que l'Église de Rome et l'Église de Constantinople se reconnaissent comme des Églises sœurs. En 1964, le pape Paul VI a d'ailleurs restitué ses reliques à la ville de Patras en Grèce pour manifester cette belle union.

2. Le réalisme d'André : la multiplication des pains

Les Évangiles nous montrent André dans trois autres situations bien particulières. La première est le miracle de la multiplication des pains. Une grande foule entoure Jésus et la nourriture manque.

C'est André qui remarque un jeune garçon qui possède cinq pains d'orge et deux poissons. Il présente ce repas à Jésus tout en mesurant la réalité de la situation : c'est bien peu de chose pour autant de monde.

Ici, André fait preuve d'un grand réalisme. Il ne cache pas la faiblesse de ce qu'il apporte, mais il choisit quand même de tout remettre entre les mains du Seigneur. Il nous apprend à poser de petits gestes de confiance, même si nos moyens nous semblent dérisoires.

3. Le courage d'interroger Jésus : la fin des temps

La deuxième occasion se déroule à Jérusalem. Alors que les disciples admirent la puissance des murs du Temple, Jésus annonce une chose surprenante : il ne restera pas pierre sur pierre de ces grandes constructions.

André, accompagné de Pierre, Jacques et Jean, s'approche alors de Jésus pour lui poser une question directe : « Dis-nous quand cela arrivera ».

En réponse, Jésus donne un grand enseignement sur la vigilance et l'attention aux signes des temps. L'attitude d'André nous montre que nous ne devons jamais avoir peur de poser nos questions à Jésus dans la prière. Mais nous devons aussi être prêts à recevoir ses réponses, même lorsqu'elles nous dérangent ou nous demandent un effort de foi.

4. L'apôtre des Grecs : le grain de blé qui meurt

La troisième initiative d'André a lieu juste avant la Passion. Des Grecsvenus adorer Dieu à Jérusalem souhaitent rencontrer Jésus. Ils s'adressent à Philippe et à André, les deux Apôtres aux noms grecs, pour servir d'intermédiaires.

Jésus donne alors une réponse mystérieuse mais profonde : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jn 12, 24).

Jésus annonce par là que sa rencontre avec le monde grec et avec l'humanité entière se réalisera à travers sa mort et sa résurrection. Sa Croix deviendra une source de vie et de lumière pour toutes les nations. André est ainsi le pont entre Jésus et la culture grecque. Après la Pentecôte, il deviendra l'Apôtre du monde grec, tandis que son frère Pierre portera sa mission jusqu'à Rome.

5. La Croix et le sens de la souffrance

Selon la tradition, André a achevé sa vie en donnant le plus grand des témoignages à Patras, en Grèce, où il a été crucifié. Il a demandé à être suspendu sur une croix en forme de X, appelée aujourd'hui « croix de saint André », se jugeant indigne d'être crucifié exactement comme son Maître.

Un texte ancien rapporte ses paroles magnifiques lorsqu'il contemple sa croix : « Je te salue, ô Croix... Avec assurance et rempli de joie, je viens à toi, pour que tu me reçoives comme le disciple de celui qui fut suspendu à toi ».

Pour saint André, la croix n'est pas simplement un instrument de douleur, mais le moyen suprême de s'unir à Jésus-Christ. Cela nous offre une leçon spirituelle essentielle : nos propres épreuves et nos souffrances quotidiennes prennent toute leur valeur lorsque nous les unissons à la Croix de Jésus. C'est dans sa lumière qu'elles trouvent leur sens ultime.

Conclusion

Que l'exemple de saint André nous aide à répondre avec rapidité à l'appel de Dieu, à partager notre foi avec enthousiasme autour de nous, et à garder une relation simple, directe et confiante avec le Seigneur Jésus.

Quelles sont les qualités de saint André qui vous touchent le plus pour votre propre vie spirituelle ?

02 septembre, 2026

Audience de Léon XIV. 2 septembre 2026. Gaudium et spes 1

 


LÉON XIV

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 2 septembre 2026

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Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II 

IV. La Constitution Pastorale Gaudium et spes (GS 1-10)

1. L'Église à l'écoute et au service du monde

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue!

Nous entamons aujourd’hui une réflexion sur la Constitution pastorale Gaudium et spes, par laquelle le Concile Vatican II a souhaité approfondir un thème fondamental, à savoir la relation de l’Église avec le monde contemporain.

Saint Jean XXIII, dès son discours inaugural du 11 octobre 1962, avait tenu à se démarquer des « prophètes de malheur » qui, « bien qu’animés d’un zèle religieux […] ne cessent de répéter que notre époque, comparée aux siècles passés, est bien pire ; et vont jusqu’à se comporter comme s’ils n’avaient rien à apprendre de l’histoire » (Discours Gaudet Mater Ecclesia, 11 octobre 1962, 4.2).

D’où la tâche confiée aux Pères conciliaires : « Dans l’état actuel des événements humains, où l’humanité semble entrer dans un nouvel ordre des choses, il faut plutôt y voir les desseins mystérieux de la Divine Providence, qui se réalisent au fil du temps par l’œuvre des hommes, et souvent au-delà de leurs attentes, et qui, dans sa sagesse, dispose de tout, même des événements humains défavorables, pour le bien de l’Église » (Gaudet Mater Ecclesia, 4.4).

Trois ans plus tard, la promulgation de Gaudium et spes reconnaissait dans ce discernement un élément essentiel de la nature de l’Église, décrivant son caractère pastoral comme constitutif : d’où la définition de “Constitution pastorale”.

 Il ne s’agit pas d’un optimisme naïf, mais d’une fidélité renouvelée au Mystère du Christ qui, en s’incarnant, choisit de partager notre vie : il s’est rendu « en tout semblable à ses frères » ( 2, 17 ; cf. 4, 15) et a pris sur lui les conséquences du péché, mourant « en rançon pour tous » (1Tm 2, 6). Ce partage avec l’humanité est la voie que le Christ demande à l’Église ; c’est pourquoi la Constitution conciliaire Gaudium et Spes s’ouvre en déclarant que l’Église fait siennes « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » (GS 1).

C’est un partage qui nous appelle à sortir de toute passivité et indifférence face aux événements qui se produisent, à l’histoire et à la vie des personnes, surtout face au changement rapide et profond que nous vivons aujourd’hui. Il n’est pas possible de rester des spectateurs désintéressés ; il faut au contraire écouter avec le cœur, se laisser interpeller, s’impliquer.

Avec le Christ et soutenus par la force de son Esprit, les croyants sont appelés à prendre en charge les difficultés de leurs frères et sœurs, en particulier celles et ceux qui sont écrasés par l’injustice, la discrimination et la violence. En effet, ce n’est que par le partage et l’engagement qu’il est possible de parvenir à des réponses adéquates, toujours soutenues par la certitude « qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous »(Rm 8, 18).

En ce sens, la proximité avec l’humanité ouvre la voie à une lecture plus profonde des événements et de la Révélation elle-même ; dans cette même perspective, Gaudium et Spes rappelle le « devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile » (GS 4).

Cette constitution conciliaire a donc appelé l’Église à un engagement permanent de conversion, afin de témoigner qu’elle n’est mue par « aucune ambition terrestre », mais qu’elle « ne vise qu’un seul but : continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi » (GS 3). Il ne s’agit pas, en effet, d’une disposition purement morale. Le pape François nous a rappelé que, pour l’Église, « l’option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d’être culturelle, sociologique, politique ou philosophique. […] Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leurs causes, mais aussi à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux » (Exhort. apost. Evangelii gaudium, 198).

Le partage chrétien nous engage à prendre en charge la réalité et aussi à mettre à nu les contradictions qui caractérisent la vie personnelle et sociale du monde contemporain : par exemple, un progrès scientifique et technologique qui offre sans cesse de nouvelles possibilités, mais uniquement à certains, et que l’être humain ne parvient pas toujours à mettre « à son service » ; ou une connaissance plus claire des « lois de la vie sociale », accompagnée toutefois d’incertitudes « quant à la direction à lui donner » ; ou encore, une plus grande disponibilité de « richesses, de possibilités et de puissance économique », qui, malheureusement, aujourd’hui comme à l’époque du Concile, laisse « une grande partie des habitants de la planète […] encore en proie à la faim et à la misère » (GS 4) ; ou encore, une prise de conscience partagée que l’avenir de la planète est en jeu et, en même temps, l’incapacité à renoncer à la consommation égoïste et à l’illusion selon laquelle la guerre serait un moyen efficace de construire la paix.

À une époque marquée par de profonds changements, d’où découlent des déséquilibres préoccupants, l’Église est appelée à servir l’être humain, en écoutant et en accueillant les interrogations les plus profondes de son cœur et les aspirations qui l’habitent, en désignant en Christ « la clé, le centre et la fin de toute l’histoire humaine » (GS 10). C’est pourquoi, dans l’Église, à tous les niveaux et à toutes les époques, doit se réaliser la kénose miséricordieuse du Christ qui « ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, […] devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2, 6-8).