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12 décembre, 2018

Le peuple d’Israël attendait un royaume terrestre. Dieu a révélé par son Fils que le Royaume est le Ciel. Le bonheur suprême et définitif. Sermon de saint Augustin sur le psaume 109. Il n’y a donc plus de prophéties. Maintenant c’est le temps de l’accomplissement des promesses.

Le psaume dit : "Ce qu'il a promis, Dieu a aussi la puissance de l'accomplir"

Dieu a fixé un temps pour ses promesses, et un temps pour accomplir ce qu'il a promis.

Le temps des promesses était le temps des prophètes, jusqu'à Jean Baptiste ; à partir de lui et jusqu'à la fin, c'est le temps d'accomplir ce qui a été promis.

Il est fidèle, Dieu qui s'est fait notre débiteur, non en recevant quelque chose de nous, mais en nous promettant de si grandes choses. C'était peu de promettre : il a voulu encore s'engager par écrit, comme en dressant avec nous un contrat de ses promesses ; ainsi, lorsqu'il commencerait à s'acquitter de ses promesses, nous pourrions considérer dans l'Écriture l'ordre dans lequel il s'acquitterait de ce qu'il a promis. C'est pourquoi le temps de la prophétie, comme nous l'avons déjà dit souvent, était la prédiction des promesses.

Il a promis le salut éternel, la vie bienheureuse sans fin avec les anges, et l'héritage qui ne peut se flétrir, la gloire éternelle, la douceur de son visage, la demeure de sa sainteté dans les cieux, et par la résurrection des morts, désormais aucune crainte de mourir. Telle est sa promesse, comme le but vers lequel se porte tout notre élan, et quand nous y serons parvenus, nous n'aurons plus rien à rechercher, plus rien à exiger. Mais selon quel ordre nous parviendrons à ce but final, il nous l'a montré par ses promesses et ses annonces.

En effet, il a promis aux hommes la divinité, aux mortels l'immortalité, aux pécheurs la justification, aux humiliés la glorification.

Cependant, mes frères, ce que Dieu promettait paraissait incroyable aux hommes : qu'à partir de cette mortalité, de cette corruption, de cet état humilié, de cette poussière et de cette cendre, ils égaleraient les anges de Dieu. Aussi n'a-t-il pas seulement fait un contrat écrit avec eux, pour qu'ils croient, mais il a établi un médiateur de leur foi. Non pas un prince, un ange ou un archange, mais son Fils unique. Ainsi devait-il montrer et donner par son Fils lui-même le chemin par lequel il nous conduirait à cette fin qu'il nous a promise.

Mais c'était trop peu pour Dieu, de donner son Fils pour qu'il montre le chemin ; il a fait de lui le chemin, par lequel tu irais sous sa direction, le chemin que tu suivrais.

Aussi le Fils de Dieu, qui devait venir chez les hommes, devait s'unir à l'homme ; par la nature qu'il épouserait, il devait devenir homme, destiné à mourir, à ressusciter, à monter au ciel, à siéger à la droite du Père, à accomplir parmi les nations ce qu'il avait promis. Et après avoir accompli ses promesses parmi les nations, il devait encore accomplir celle de revenir, et d'exiger ce qu'il a demandé ; de séparer les sujets de sa colère des sujets de sa miséricorde ; de donner aux impies ce dont il les a menacés, et aux justes ce qu'il leur a promis.

Tout cela donc devait être prophétisé, devait être annoncé, devait être souligné comme devant venir, afin que sa venue ne cause pas de frayeur, mais soit attendue avec foi.

Saint Augustin (III) Audience de Benoît XVI

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Jean-Paul II a consacré à saint Augustin en 1986, pour le seizième centenaire de sa conversion, un long document très dense, la Lettre apostolique Augustinum Hipponensem.
Le pape lui-même souhaita qualifier ce texte d'« action de grâce à Dieu pour le don fait à l'Eglise, et pour elle à l'humanité tout entière, avec cette admirable conversion ».

Je voudrais revenir sur le thème de la conversion prochainement.
C'est un thème fondamental non seulement pour sa vie personnelle, mais aussi pour la nôtre.

Le Seigneur a résumé sa prédication par la parole : « Convertissez-vous ».
En suivant le chemin de saint Augustin, nous pourrions méditer sur ce qu'est cette conversion : c'est une chose décisive, oui, mais la décision fondamentale doit se développer, doit se réaliser dans toute notre vie.



La catéchèse d'aujourd'hui est en revanche consacrée au thème foi et raison, qui est le thème déterminant dans la biographie de saint Augustin.

Enfant, il avait appris de sa mère Monique la foi catholique.

Mais adolescent il avait abandonné cette foi parce qu'il ne parvenait plus à en voir le caractère raisonnable et il ne voulait pas d'une religion qui ne fût pas aussi pour lui expression de la raison, c'est-à-dire de la vérité.

Sa soif de vérité était radicale et elle l'a conduit à s'éloigner de la foi catholique.

Mais sa radicalité était telle qu'il ne pouvait pas se contenter de philosophies qui ne seraient pas parvenues à la vérité elle-même, qui ne seraient pas arrivées jusqu'à Dieu. Et à un Dieu qui ne soit pas uniquement une ultime hypothèse cosmologique, mais qui soit le vrai Dieu, le Dieu qui donne la vie et qui entre dans notre vie personnelle.

Ainsi, tout l'itinéraire spirituel de saint Augustin constitue un modèle valable encore aujourd'hui dans le rapport entre foi et raison, thème non seulement pour les hommes croyants mais pour tout homme qui recherche la vérité, thème central pour l'équilibre et le destin de tout être humain.

Ces deux dimensions, foi et raison, ne doivent pas être séparées ni opposées, mais doivent plutôt toujours aller de pair.

Comme l'a écrit Augustin lui-même peu après sa conversion, foi et raison sont « les deux forces qui nous conduisent à la connaissance ».

A cet égard demeurent célèbres, à juste titre, les deux formules augustiniennes qui expriment cette synthèse cohérente entre foi et raison : crede ut intelligas (« crois pour comprendre »), « croire » ouvre la voie pour franchir la porte de la vérité ; mais aussi, et de manière inséparable, intellige ut credas (« comprends pour croire »), scrute la vérité pour pouvoir trouver Dieu et croire.

Les deux affirmations d'Augustin expriment de manière immédiate et concrète ainsi qu'avec une grande profondeur, la synthèse de ce problème, dans lequel l'Eglise catholique voit exprimé son propre chemin.

D'un point de vue historique, cette synthèse se forme avant même la venue du Christ, dans la rencontre entre la foi juive et la pensée grecque dans le judaïsme hellénistique.

Ensuite, au cours de l'histoire, cette synthèse a été reprise et développée par un grand nombre de penseurs chrétiens.

L'harmonie entre foi et raison signifie surtout que Dieu n'est pas éloigné : il n'est pas éloigné de notre raison et de notre vie ; il est proche de tout être humain, proche de notre cœur et proche de notre raison, si nous nous mettons réellement en chemin.
C'est précisément cette proximité de Dieu avec l'homme qui fut perçue avec une extraordinaire intensité par Augustin. La présence de Dieu en l'homme est profonde et en même temps mystérieuse, mais elle peut être reconnue et découverte dans notre propre intimité : ne sors pas (affirme le converti) mais « rentre en toi-même ; c'est dans l'homme intérieur qu'habite la vérité ; et si tu trouves que la nature est muable, transcende-toi toi-même.
Mais rappelle-toi, lorsque tu te transcendes toi-même, que tu transcendes une âme qui raisonne. Tends donc là où s'allume la lumière de la raison ».

Précisément comme il le souligne, dans une affirmation très célèbre, au début des Confessiones, son autobiographie spirituelle écrite en louange à Dieu : « Tu nous as faits pour toi et notre cœur est sans repos, tant qu'il ne repose en toi ».

Etre éloigné de Dieu équivaut alors à être éloigné de soi-même : « En effet (reconnaît Augustin en s'adressant directement à Dieu), Tu étais à l'intérieur de moi dans ce que j'ai de plus profond et Tu étais plus au-dessus de ce que j'ai de plus haut », interior intimo meo et superior summo meo ; si bien que (ajoute-t-il dans un autre passage lorsqu'il rappelle l'époque antérieure à sa conversion) « tu étais devant moi ; et quant à moi en revanche, je m'étais éloigné de moi-même, et je ne me retrouvais plus ; et moins encore te retrouvais-je ».

C'est précisément parce qu'Augustin a vécu personnellement cet itinéraire intellectuel et spirituel, qu'il a su le rendre dans ses œuvres de manière immédiate et avec tant de profondeur et de sagesse, reconnaissant dans deux autres passages célèbres des Confessiones  que l'homme est « une grande énigme » (magna quaestio) et « un grand abîme » (grande profundum), une énigme et un abîme que seul le Christ illumine et sauve.

Voilà ce qui est important : un homme qui est éloigné de Dieu est aussi éloigné de lui-même, et il ne peut se retrouver lui-même qu'en rencontrant Dieu.
Ainsi il arrive également à lui-même, à son vrai moi, à sa vraie identité.
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Saint Augustin nous enseigne la nature de l’Église.
L'être humain est social par nature mais antisocial par vice, et il est sauvé par le Christ, unique médiateur entre Dieu et l'humanité: hors de cette voie, « personne n'a jamais trouvé la liberté, personne ne la trouve, personne ne la trouvera ».

En tant qu'unique médiateur du salut, le Christ est la tête de l'Eglise et il est uni à elle de façon mystique au point qu'Augustin peut affirmer : « Nous sommes devenus le Christ. En effet, s'il est la tête et nous les membres, l'homme total est lui et nous ».

Peuple de Dieu et maison de Dieu, l'Eglise, dans la vision augustinienne est donc liée étroitement au concept de Corps du Christ, fondée sur la relecture christologique de l'Ancien Testament et sur la vie sacramentelle centrée sur l'Eucharistie, dans laquelle le Seigneur nous donne son Corps et nous transforme en son Corps.

Il est alors fondamental que l'Eglise, Peuple de Dieu au sens christologique et non au sens sociologique, soit véritablement inscrite dans le Christ, qui «prie pour nous, prie en nous, est prié par nous ; prie pour nous comme notre prêtre, prie en nous comme notre chef, est prié par nous comme notre Dieu : nous reconnaissons donc en lui notre voix et en nous la sienne».

Dans la conclusion de la Lettre apostolique Agustinum Hipponensem Jean-Paul II a voulu demander au saint lui-même ce qu'il avait à dire aux hommes d'aujourd'hui et il répond tout d'abord avec les paroles qu'Augustin confia dans une lettre dictée peu après sa conversion : « Il me semble que l'on doive reconduire les hommes à l'espérance de trouver la vérité » ; cette vérité qui est le Christ lui-même, le Dieu véritable, auquel est adressée l'une des plus belles et des plus célèbres prières des Confessiones : « Je t'ai aimée tard, beauté si ancienne, beauté si nouvelle, je t'ai aimée tard. Mais quoi ! Tu étais au dedans, moi au dehors de moi-même ; et c'est au dehors que je te cherchais ; et je poursuivais de ma laideur la beauté de tes créatures. Tu étais avec moi, et je n'étais pas avec toi ; retenu loin de toi par tout ce qui, sans toi, ne serait que néant. Tu m'appelles, et voilà que ton cri force la surdité de mon oreille ; ta splendeur rayonne, elle chasse mon aveuglement ; ton parfum, je le respire, et voilà que je soupire pour toi ; je t'ai goûté, et me voilà dévoré de faim et de soif ; tu m'as touché, et je brûle du désir de ta paix ».

« Je t'ai aimée tard, beauté si ancienne, beauté si nouvelle, je t'ai aimée tard. Mais quoi ! Tu étais au dedans, moi au dehors de moi-même ; et c'est au dehors que je te cherchais ; et je poursuivais de ma laideur la beauté de tes créatures. Tu étais avec moi, et je n'étais pas avec toi ; retenu loin de toi par tout ce qui, sans toi, ne serait que néant. Tu m'appelles, et voilà que ton cri force la surdité de mon oreille ; ta splendeur rayonne, elle chasse mon aveuglement ; ton parfum, je le respire, et voilà que je soupire pour toi ; je t'ai goûté, et me voilà dévoré de faim et de soif ; tu m'as touché, et je brûle du désir de ta paix ». Voilà, Augustin a rencontré Dieu et tout au long de sa vie, il en a fait l'expérience au point que cette réalité (qui est avant tout la rencontre avec une Personne, Jésus) a changé sa vie, comme elle change celle de tous ceux, femmes et hommes, qui de tous temps ont la grâce de le rencontrer. Prions afin que le Seigneur nous donne cette grâce et nous permette de trouver sa paix.

Voilà, Augustin a rencontré Dieu et tout au long de sa vie, il en a fait l'expérience au point que cette réalité (qui est avant tout la rencontre avec une Personne, Jésus) a changé sa vie, comme elle change celle de tous ceux, femmes et hommes, qui de tous temps ont la grâce de le rencontrer.
Prions afin que le Seigneur nous donne cette grâce et nous permette de trouver sa paix.

Saint Augustin (IV) Audience Benoît XVI



Nous revenons à la grande figure de saint Augustin.
C'est le Père de l'Eglise qui a laissé l'œuvre la plus vaste, et c'est de celle-ci que j'entends aujourd'hui brièvement parler.
Certains des écrits d'Augustin sont d'une importance capitale, pas seulement pour l'histoire du christianisme, mais pour la formation de toute la culture occidentale : l'exemple le plus clair est celui des « Confessions » (Confessiones), sans aucun doute l'un des livres de l'antiquité chrétienne le plus lu aujourd'hui encore.

Comme différents Pères de l'Eglise des premiers siècles, mais dans une mesure incomparablement plus vaste, l'évêque d'Hippone a en effet lui aussi exercé une influence étendue et persistante, comme il ressort déjà de la surabondante traduction manuscrite de ses œuvres, qui sont vraiment très nombreuses.

Il les passa lui-même en revue quelques années avant de mourir dans les « Rétractations » (Retractationes) et, peu après sa mort, celles-ci furent soigneusement enregistrées dans l'Indiculus (« liste ») ajouté par son fidèle ami Possidius à la biographie de saint Augustin « Vie de saint Augustin » (Vita Augustini).

La liste des œuvres d'Augustin fut réalisée avec l'intention explicite d'en conserver la mémoire alors que l'invasion vandale se répandait dans toute l'Afrique romaine et elle compte plus de mille trois cents écrits, numérotés par leur auteur, ainsi que d'autres « que l'on ne peut pas numéroter, car il n'y a placé aucun numéro ».

Evêque d'une ville voisine, Possidius dictait ces paroles précisément à Hippone - où il s'était réfugié et où il avait assisté à la mort de son ami - et il se basait presque certainement sur le catalogue de la bibliothèque personnelle d'Augustin.
Aujourd'hui, plus de trois cents lettres ont survécu à l'évêque d'Hippone et presque six cents homélies, mais à l'origine ces dernières étaient beaucoup plus nombreuses, peut-être même entre trois mille et quatre mille, fruit de quarante années de prédication de l'antique rhéteur qui avait décidé de suivre Jésus et de parler non plus aux grandes cours impériales, mais à la simple population d'Hippone.
Et encore ces dernières années, la découverte d'un groupe de lettres et de plusieurs homélies a enrichi notre connaissance de ce grand Père de l'Eglise.

« De nombreux livres - écrit Possidius - furent composés par lui et publiés, de nombreuses prédications furent tenues à l'église, transcrites et corrigées, aussi bien pour réfuter les divers hérétiques que pour interpréter les Saintes Ecritures, en vue de l'édification de saints fils de l'Eglise. Ces œuvres - souligne son ami évêque - sont si nombreuses qu'un chercheur a difficilement la possibilité de les lire et d'apprendre à les connaître » (Vita Augustini, 18, 9).

Parmi la production d'Augustin - plus de mille publications subdivisées en écrits philosophiques, apologétiques, doctrinaux, moraux, monastiques, exégétiques, anti-hérétiques, en plus des lettres et des homélies - ressortent plusieurs œuvres exceptionnelles de grande envergure théologique et philosophique.

Il faut tout d'abord rappeler les Confessiones mentionnées ci-dessus, écrites en treize livres entre 397 et 400 pour louer Dieu. Elles sont une sorte d'autobiographie sous forme de dialogue avec Dieu. Ce genre littéraire reflète précisément la vie de saint Augustin, une vie qui n'était pas refermée sur elle, dispersée en tant de choses, mais vécue substantiellement comme un dialogue avec Dieu, et ainsi une vie avec les autres.
Le titre Confessiones indique déjà la spécificité de cette autobiographie. Ce mot confessiones, dans le latin chrétien développé par la tradition des Psaumes, possède deux significations, qui toutefois se recoupent. Confessiones indique, en premier lieu, la confession des propres faiblesses, de la misère des péchés ; mais, dans le même temps, confessiones signifie louange de Dieu, reconnaissance à Dieu.
Voir sa propre misère à la lumière de Dieu devient louange à Dieu et action de grâce, car Dieu nous aime et nous accepte, nous transforme et nous élève vers lui-même.
A propos de ces Confessiones qui eurent un grand succès déjà du vivant de saint Augustin, il a lui-même écrit : « Elles ont exercé sur moi une profonde influence alors que je les écrivais et elles l'exercent encore quand je les relis. Il y a de nombreux frères à qui ces œuvres plaisent » (Retractationes, II, 6): et je dois dire que je suis moi aussi l'un de ces « frères ».

Et grâce aux Confessiones nous pouvons suivre pas à pas le chemin intérieur de cet homme extraordinaire et passionné de Dieu.
Moins connues, mais tout aussi importantes et originales sont les Retractationes, composées en deux livres autour de 427, dans lesquelles saint Augustin, désormais âgé, accomplit une œuvre de « révision » (retractatio) de toute son œuvre écrite, laissant ainsi un document littéraire original et précieux, mais également un enseignement de sincérité et d'humilité intellectuelle.
« La Cité de Dieu » (De civitate Dei) - une œuvre imposante et décisive pour le développement de la pensée politique occidentale et pour la théologie chrétienne de l'histoire - fut écrit entre 413 et 426 en vingt-deux livres.
Elle a été écrite à l'occasion du sac de Rome perpétré par les Goths en 410. De nombreux païens encore vivants, mais également de nombreux chrétiens, avaient dit : Rome est tombée, à présent le Dieu chrétien et les apôtres ne peuvent pas protéger la ville.
Pendant la présence des divinités païennes, Rome était caput mundi, la grande capitale, et personne ne pouvait penser qu'elle serait tombée entre les mains des ennemis.
A présent, avec le Dieu chrétien, cette grande ville n'apparaissait plus sûre. Le Dieu des chrétiens ne protégeait donc pas, il ne pouvait pas être le Dieu auquel se confier. A cette objection, qui touchait aussi profondément le cœur des chrétiens, saint Augustin répond par cette œuvre grandiose, le De civitate Dei, en clarifiant ce que nous devons attendre ou pas de Dieu, quelle est la relation entre le domaine politique et le domaine de la foi, de l'Eglise. Ce livre est aujourd'hui encore une source pour bien définir la vraie laïcité et la compétence de l'Eglise, la grande et vraie espérance que nous donne la foi.
Ce grand livre est une présentation de l'histoire de l'humanité gouvernée par la Providence divine, mais actuellement divisée par deux amours.

Et cela est le dessein fondamental, son interprétation de l'histoire, qui est la lutte entre deux amours : l'amour de soi « jusqu'à l'indifférence envers Dieu », et l'amour de Dieu « jusqu'à l'indifférence envers soi » (De civitate Dei, XIV, 28), à la pleine liberté de soi pour les autres dans la lumière de Dieu.
 Il s'agit donc peut-être du plus grand livre de saint Augustin, d'une importance permanente.
Tout aussi important est « De la Trinité » (De Trinitate), une œuvre en quinze livres sur le noyau principal de la foi chrétienne, écrite en deux temps : entre 399 et 412 pour les douze premiers livres, publiés à l'insu d'Augustin, qui vers 420 les compléta et revit l'œuvre tout entière.
Il réfléchit ici sur le visage de Dieu et cherche à comprendre ce mystère du Dieu qui est unique, l'unique créateur du monde, de nous tous, et toutefois, précisément ce Dieu unique est trinitaire, un cercle d'amour. Il cherche à comprendre le mystère insondable : l'être trinitaire, en trois Personnes, est précisément la plus réelle et la plus profonde unité de l'unique Dieu. « De la Doctrine chrétienne » (De doctrina Christiana) est, en revanche, une véritable introduction culturelle à l'interprétation de la Bible et en définitive au christianisme lui-même, qui a eu une importance décisive dans la formation de la culture occidentale.
Malgré toute son humilité, Augustin fut certainement conscient de son envergure intellectuelle. Mais pour lui, il était plus important d'apporter le message chrétien aux simples, que de faire des œuvres de grande envergure théologique. Cette profonde intention, qui a guidé toute sa vie, ressort d'une lettre écrite à son collège Evodius, où il communique la décision de suspendre pour le moment la dictée des livres du De Trinitate, « car ils sont trop difficiles et je pense qu'ils ne pourront être compris que par un petit nombre ; c'est pourquoi il est plus urgent d'avoir des textes qui, nous l'espérons, seront utiles à un grand nombre » (Epistulae, 169, 1, 1).

Il était donc plus utile pour lui de communiquer la foi de manière compréhensible à tous, que d'écrire de grandes œuvres théologiques.

La responsabilité perçue avec acuité à l'égard de la divulgation du message chrétien est ensuite à l'origine d'écrits tels que le De catechizandis rudibus, une théorie et également une pratique de la catéchèse.
Ou le Psalmus contra partem Donati. Les donatistes étaient le grand problème de l'Afrique de saint Augustin, un schisme volontairement africain.

Ils affirmaient que la vraie chrétienté est africaine. Ils s'opposaient à l'unité de l'Eglise. Le grand évêque a lutté toute sa vie contre ce schisme en cherchant à convaincre les donatistes que l'africanité ne peut être vraie que dans l'unité.
Et pour se faire comprendre des gens simples, qui ne pouvaient pas comprendre le grand latin du rhéteur, il a dit : je dois aussi écrire avec des fautes de grammaire, dans un latin très simplifié. Ce qu'il l'a fait surtout dans ce Psalmus, une sorte de poésie simple contre les donatistes, pour aider tous les gens à comprendre que ce n'est que dans l'unité de l'Eglise que se réalise réellement pour tous notre relation avec Dieu et que grandit la paix dans le monde.
Dans cette production, destinée à un plus vaste public, revêt une importance particulière le grand nombre des homélies souvent prononcées de manière improvisée, transcrites par les tachygraphes au cours de la prédication et immédiatement mises en circulation.

Parmi celles-ci, ressortent les très belles Enarrationes in Psalmos, fréquemment lues au moyen-âge.
C'est précisément la pratique de la publication des milliers d'homélies d'Augustin - souvent sans le contrôle de l'auteur - qui explique leur diffusion et leur dispersion successive, mais également leur vitalité. En effet, en raison de la renommée de leur auteur, les prédications de l'évêque d'Hippone devinrent immédiatement des textes très recherchés et servirent de modèles, adaptés à des contextes toujours nouveaux.

La tradition iconographique, déjà visible dans une fresque du Latran remontant au VIe siècle, représente saint Augustin avec un livre à la main, certainement pour exprimer sa production littéraire, qui influença tant la mentalité et la pensée des chrétiens, mais aussi pour exprimer son grand amour pour les livres, pour la lecture et la connaissance de la grande culture précédente.

A sa mort il ne laissa rien, raconte Possidius, mais « il recommandait toujours de conserver diligemment pour la postérité la bibliothèque de l'église avec tous les codex », en particulier ceux de ses œuvres.
Dans celles-ci, souligne Possidius, Augustin est « toujours vivant » et ses écrits sont bénéfiques à ceux qui les lisent, même si, conclut-il, « je crois que ceux qui purent le voir et l'écouter quand il parlait en personne à l'église, ont pu davantage tirer profit de son contact, et surtout ceux qui parmi les fidèles partagèrent sa vie quotidienne » (Vita Augustini, 31).
Oui, il aurait été beau pour nous aussi de pouvoir l'entendre vivant. Mais il est réellement vivant dans ses écrits, il est présent en nous et ainsi nous voyons aussi la vitalité permanente de la foi pour laquelle il a donné toute sa vie.






Saint Augustin (V) Audience Benoît XVI

 Sainte Monique

1. Chers frères et sœurs,
Avec la rencontre d'aujourd'hui je voudrais conclure la présentation de la figure de saint Augustin.
Après nous être arrêtés sur sa vie, ses œuvres et sur plusieurs aspects de sa pensée, je voudrais revenir aujourd'hui sur son itinéraire intérieur, qui en a fait l'un des plus grands convertis de l'histoire chrétienne.
J'ai consacré une réflexion à cette expérience particulière au cours du pèlerinage que j'ai accompli à Pavie l'année dernière pour vénérer la dépouille mortelle de ce Père de l'Eglise.
De cette façon, j'ai voulu lui exprimer l'hommage de toute l'Eglise catholique, mais également rendre visible ma dévotion personnelle et ma reconnaissance à l'égard d'une figure à laquelle je me sens profondément lié, en raison du rôle qu'elle a joué dans ma vie de théologien, de prêtre et de pasteur.

Aujourd'hui encore, il est possible de reparcourir la vie de saint Augustin en particulier grâce aux Confessions, écrites en louange à Dieu, et qui sont à l'origine de l'une des formes littéraires les plus spécifiques de l'Occident, l'autobiographie, c'est-à-dire l'expression personnelle de la conscience de soi.
Eh bien, quiconque approche ce livre extraordinaire et fascinant, beaucoup lu aujourd'hui encore, s'aperçoit facilement que la conversion d'Augustin n'a pas eu lieu à l'improviste et n'a pas été pleinement réalisée dès le début, mais que l'on peut plutôt la définir comme un véritable chemin, qui reste un modèle pour chacun de nous.
Cet itinéraire atteint bien sûr son sommet avec la conversion et ensuite le baptême, mais il ne se conclut pas lors de cette veillée pascale de l'année 387, lorsqu'à Milan le rhéteur africain fut baptisé par l'évêque Ambroise. Le chemin de conversion d'Augustin continua en effet humblement jusqu'à la fin de sa vie, si bien que l'on peut vraiment dire que ses différentes étapes - on peut facilement en distinguer trois - sont une unique grande conversion.

Saint Augustin a été un chercheur passionné de la vérité : il l'a été dès le début et ensuite pendant toute sa vie.

2. La première étape de son chemin de conversion s'est précisément réalisée dans l'approche progressive du christianisme.
En réalité, il avait reçu une éducation chrétienne de sa mère Monique, à laquelle il resta toujours très lié, et bien qu'il ait eu une vie dissipée pendant ses années de jeunesse, il ressentit toujours une profonde attraction pour le Christ, ayant bu l'amour pour le nom du Seigneur avec le lait maternel, comme il le souligne lui-même (cf. Confessions, III, 4, 8).
Mais la philosophie, en particulier d'inspiration platonicienne, avait également contribué à le rapprocher ultérieurement du Christ en lui manifestant l'existence du Logos, la raison créatrice.
Les livres des philosophes lui indiquaient qu'il y a d'abord la raison, de laquelle est ensuite issu le monde tout entier, mais ils ne lui disaient pas comment rejoindre ce Logos, qui semblait si loin. Seule la lecture des lettres de saint Paul, dans la foi de l'Eglise catholique, lui révéla pleinement la vérité.
Augustin synthétisa cette expérience dans l'une des pages les plus célèbres de ses Confessions : il raconte que, dans le tourment de ses réflexions, s'étant retiré dans un jardin, il entendit à l'improviste une voix d'enfant qui répétait une cantilène, jamais entendue auparavant : tolle, lege, tolle, lege, « prends, lis, prends, lis » (VII, 12, 29).
Il se rappela alors de la conversion d'Antoine, père du monachisme, et avec attention il revint au codex de Paul qu'il tenait quelques instants auparavant entre les mains, il l'ouvrit, et son regard tomba sur la lettre aux Romains où l'Apôtre exhorte à abandonner les œuvres de la chair et à se revêtir du Christ (13, 13-14).

Il avait compris que cette parole, à ce moment, lui était personnellement adressée, qu'elle provenait de Dieu à travers l'Apôtre et lui indiquait ce qu'il fallait faire à ce moment. Il sentit ainsi se dissiper les ténèbres du doute et il se retrouva finalement libre de se donner entièrement au Christ : « Tu avais converti mon être à toi », commente-t-il (Confessions, VIII, 12, 30). Ce fut la première conversion décisive.

Le rhéteur africain arriva à cette étape fondamentale de son long chemin grâce à sa passion pour l'homme et pour la vérité, passion qui le mena à chercher Dieu, grand et inaccessible.
La foi dans le Christ lui fit comprendre que le Dieu, apparemment si lointain, en réalité ne l'était pas. En effet, il s'était fait proche de nous, devenant l'un de nous. C'est dans ce sens que la foi dans le Christ a porté à son accomplissement la longue recherche d'Augustin sur le chemin de la vérité.
Seul un Dieu qui s'est fait « tangible », l'un de nous, était finalement un Dieu que l'on pouvait prier, pour lequel et avec lequel on pouvait vivre.
Il s'agit d'une voie à parcourir avec courage et en même temps avec humilité, en étant ouvert à une purification permanente dont chacun de nous a toujours besoin.

3. Mais, comme nous l'avons dit, le chemin d'Augustin ne s'est pas conclu avec cette Veillée pascale de 387.
De retour en Afrique, et ayant fondé un petit monastère, il s'y retira avec quelques amis pour se consacrer à la vie contemplative et à l'étude. C'était le rêve de sa vie.

A présent, il était appelé à vivre totalement pour la vérité, avec la vérité, dans l'amitié du Christ qui est la vérité. Un beau rêve qui dura trois ans, jusqu'à ce qu'il soit, malgré lui, consacré prêtre à Hippone et destiné à servir les fidèles, en continuant certes à vivre avec le Christ et pour le Christ, mais au service de tous.
Cela lui était très difficile, mais il comprit dès le début que ce n'est qu'en vivant pour les autres, et pas seulement pour sa contemplation privée, qu'il pouvait réellement vivre avec le Christ et pour le Christ.
Ainsi, renonçant à une vie uniquement de méditation, Augustin apprit, souvent avec difficulté, à mettre à disposition le fruit de son intelligence au bénéfice des autres.
Il apprit à communiquer sa foi aux personnes simples et à vivre ainsi pour elles, dans ce qui devint sa ville, accomplissant sans se lasser une activité généreuse et difficile, qu'il décrit ainsi dans l'un de ses très beaux sermons : « Sans cesse prêcher, discuter, reprendre, édifier, être à la disposition de tous - c'est une lourde charge, un grand poids, une immense fatigue » (Serm. 339, 4).
Mais il prit ce poids sur lui, comprenant que précisément ainsi il pouvait être plus proche du Christ. Comprendre que l'on arrive aux autres avec la simplicité et l'humilité, telle fut sa véritable deuxième conversion.

4. Mais il y a une dernière étape du chemin d'Augustin, une troisième conversion : celle qui le mena chaque jour de sa vie à demander pardon à Dieu.
Il avait tout d'abord pensé qu'une fois baptisé, dans la vie de communion avec le Christ, dans les Sacrements, dans la célébration de l'Eucharistie, il serait arrivé à la vie proposée par le Discours sur la montagne : à la perfection donnée dans le baptême et reconfirmée dans l'Eucharistie.
Dans la dernière partie de sa vie, il comprit que ce qu'il avait dit dans ses premières prédications sur le Discours de la montagne - c'est-à-dire que nous à présent, en tant que chrétiens, nous vivons constamment cet idéal - était erroné. Seul le Christ lui-même réalise vraiment et complètement le Discours de la montagne. Nous avons toujours besoin d'être lavés par le Christ, nous avons besoin qu'il nous lave les pieds et qu'il nous renouvelle. Nous avons besoin d'une conversion permanente.

Jusqu'à la fin nous avons besoin de cette humilité qui reconnaît que nous sommes des pécheurs en chemin, jusqu'à ce que le Seigneur nous donne la main définitivement et nous introduise dans la vie éternelle. Augustin est mort dans cette dernière attitude d'humilité, vécue jour après jour.
Cette attitude de profonde humilité devant l'unique Seigneur Jésus le conduisit à l'expérience de l'humilité également intellectuelle. En effet, au cours des dernières années de sa vie, Augustin, qui est l'une des plus grandes figures de l'histoire de la pensée, voulut soumettre à un examen critique clairvoyant toutes ses œuvres, très nombreuses.
C'est ainsi qu'eurent origine les Retractationes (« révisions »), qui insèrent de cette façon sa pensée théologique, vraiment grande, dans la foi humble et sainte de celle qu'il appelle simplement par le nom de Catholica, c'est-à-dire l'Eglise.
« J'ai compris - écrit-il précisément dans ce livre très original (I, 19, 1-3) - qu'une seule personne est véritablement parfaite et que les paroles du discours de la montagne ne se sont totalement réalisées que dans une seule personne : en Jésus Christ lui-même.
En revanche, toute l'Eglise - nous tous, y compris les apôtres - doit prier chaque jour : pardonne nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».
Converti au Christ, qui est vérité et amour, Augustin l'a suivi pendant toute sa vie et il est devenu un modèle pour chaque être humain, pour nous tous, à la recherche de Dieu.
C'est pourquoi j'ai voulu conclure mon pèlerinage à Pavie en remettant idéalement à l'Eglise et au monde, devant la tombe de ce grand amoureux de Dieu, ma première Encyclique, intitulée Deus caritas est.
Celle-ci doit en effet beaucoup à la pensée de saint Augustin, en particulier dans sa première partie. Aujourd'hui aussi, comme à son époque, l'humanité a besoin de connaître et surtout de vivre cette réalité fondamentale : Dieu est amour et la rencontre avec lui est la seule réponse aux inquiétudes du cœur humain ; un cœur qui est habité par l'espérance - peut-être encore obscure et inconsciente chez beaucoup de nos contemporains - mais qui, pour nous chrétiens, nous ouvre déjà à l'avenir, à tel point que saint Paul a écrit que : « Nous avons été sauvés, mais c'est en espérance » (Rm 8, 24). J'ai voulu consacrer ma deuxième Encyclique, Spe salvi, à l'espérance ; elle doit elle aussi beaucoup à Augustin et à sa rencontre avec Dieu.

Dans un très beau texte, saint Augustin définit la prière comme l'expression du désir et il affirme que Dieu répond en élargissant notre cœur vers Lui. Quant à nous, nous devons purifier nos désirs et nos espérances pour accueillir la douceur de Dieu (cf. In Ioannis, 4, 6). En effet, celle-ci est la seule qui nous sauve, en nous ouvrant également aux autres. Prions donc pour que dans notre vie il nous soit donné chaque jour de suivre l'exemple de ce grand converti, en rencontrant comme lui à chaque moment de notre vie le Seigneur Jésus, le seul qui nous sauve, qui nous purifie et nous donne la vraie joie, la vraie vie.


07 décembre, 2018

Prière de saint Anselme à Marie

Dieu a donné son Fils, fruit unique de son cœur, qui était son égal et qu’il aimait comme lui-même : il l’a donné à Marie, et, du sein de Marie, il en fait son Fils, non pas quelqu’un d’autre, mais le même en personne, de sorte qu’il est par sa nature le même Fils unique de Dieu et de Marie. 

Toute la création est l’œuvre de Dieu, et Dieu est né de Marie ! 

Dieu a tout créé, et Marie a enfanté Dieu ! 

Dieu qui a tout formé, s’est formé lui-même du sein de Marie, et ainsi il a refait tout ce qu’il avait fait. 

Lui qui a pu tout faire de rien, n’a pas voulu refaire sans Marie sa création détruite. 

Dieu est donc le Père de toutes les choses créées, et Marie la mère de toutes les choses recréées. 

Dieu est le Père de la création universelle, et Marie la mère de la rédemption universelle. 

Car Dieu a engendré celui par qui tout a été fait, et Marie a enfanté celui par qui tout a été sauvé. 

Dieu a engendré celui sans qui absolument rien n’existe, et Marie a enfanté celui sans qui absolument rien n’est bon. 

Oui, le Seigneur est vraiment avec toi : il t’a fait un don tel que la nature entière t’est grandement redevable, à toi, en même temps qu’à lui.

Lettre de saint Ambroise à l’évêque Constance, en lui montrant comment bien prêcher : on élève sa voix lorsqu’on est rempli du fleuve de l’Esprit Saint.


Ambroise à Constance, son frère dans l’épiscopat.

Tu as reçu la charge du sacerdoce.
Assis à la poupe du navire de l’Église, tu le gouvernes au milieu des flots. Tiens la barre de la foi, afin que les dures tempêtes de ce monde ne réussissent pas à te faire dévier.

La mer est grande et vaste, mais ne crains rien, car c’est le Seigneur qui a établi le monde sur les mers et l’a fondé sur les fleuves.

Il n’est donc pas étonnant que, dans les remous du monde, l’Église du Seigneur demeure inébranlable, puisqu’elle est bâtie sur la pierre de l’Apôtre et qu’elle demeure sur sa fondation infrangible, malgré les assauts de la mer en furie. Les flots l’inondent sans pouvoir la secouer, et bien que les éléments de ce monde en s’entrechoquant fassent retentir souvent un grand vacarme, elle peut cependant offrir aux hommes en détresse un havre de salut parfaitement sûr.

Cependant, si elle est ballottée par la mer, elle court avec les fleuves ; tu comprends qu’il s’agit de ces grands fleuves dont il est dit : Les fleuves ont élevé leur voix. Ce sont en effet des fleuves qui couleront de son sein ; il s’agit de celui qui recevra la boisson donnée par le Christ, et qui s’abreuvera de l’Esprit Saint. Ce sont donc ces fleuves, lorsqu’ils débordent de la grâce de l’Esprit, qui élèvent leur voix.

Il y a aussi un fleuve qui inonde les hommes de Dieu comme un torrent, un fleuve dont l’élan réjouit l’âme pacifique et tranquille. Celui qui bénéficie de ce fleuve abondant, comme Pierre et Paul, élève la voix ; et de même que les Apôtres, par leur voix sonore, ont répandu jusqu’aux extrémités de la terre la prédication évangélique, celui-là aussi se met à annoncer la Bonne Nouvelle du Seigneur Jésus.

Écoute donc la parole du Christ, pour que ta voix se répande. Recueille l’eau du Christ, celle qui loue le Seigneur. Rassemble l’eau qui vient d’horizon divers, et que répandent les nuées, symbole des prophètes.

Celui qui recueille l’eau des montagnes, qui attire à lui ou qui boit l’eau des sources, la répand lui aussi, comme une nuée. Remplis donc de cette eau les profondeurs de ton esprit, pour que la terre s’en imprègne et soit irriguée par ses propres sources.

Donc celui qui lit et qui comprend beaucoup de choses se gorge d’eau et, une fois qu’il en est gorgé, il la déverse sur les autres ; c’est pourquoi l’Écriture dit : Si les nuées sont pleines de pluie, elles la déversent sur la terre.

Que tes discours soient donc abondants, qu’ils soient purs et transparents. Ainsi, dans ton enseignement moral, tu verseras dans les oreilles de tes auditeurs beaucoup de douceur, tu charmeras ton peuple par la grâce de tes paroles, et il te suivra volontiers là où tu le conduis.

Que tes paroles soient pleines de sagesse. Salomon dit en effet : Les armes de l’intelligence, ce sont les lèvres du sage. Et ailleurs : Que tes lèvres s’attachent à la science, c’est-à-dire : que le sens de tes discours soit évident, que leur signification soit claire, que ta parole et ton exposé n’aient pas besoin d’être appuyés par une affirmation extérieure, mais soient garantis par leur propres armes. Que nulle parole privée de sens ne sorte de ta bouche pour se perdre dans le vide.

30 novembre, 2018

S. Jean Chrysostome. Les Évangélistes suppriment certaines choses


HOMÉLIE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME SUR L'ÉVANGILE DE JEAN
Nous avons trouvé le Messie.

André, après avoir demeuré auprès de Jésus et avoir beaucoup appris, n'a pas gardé ce trésor pour lui : il se hâte de courir auprès de son frère, pour le faire participer aux biens qu'il a reçus. Considère ce qu'il dit à son frère : Nous avons trouvé le Messie (autrement dit le Christ). Vois-tu comment il a fait connaître ce qu'il venait d'apprendre en si peu de temps ? Il montre et l'autorité du Maître qui a persuadé ses disciples, et l'ardeur de ceux-ci qui s'en sont préoccupés d'emblée, dès le début. Son propos vient d'une âme qui désire avec angoisse l'avènement du Messie, qui attend son arrivée du ciel sur la terre, qui est comblée de joie de voir apparaître ce qu'elle attendait, et qui se hâte de faire participer les autres à cette bonne nouvelle. C'est montrer une amitié vraiment fraternelle, une affection profonde et un naturel plein de sincérité, que de se communiquer ainsi les richesses spirituelles.

Remarque combien, dès le début, Pierre a un esprit docile et obéissant, car il accourut sans tarder. Il le conduisit à Jésus, dit l'évangéliste. Mais que personne ne condamne cette facilité, comme s'il avait accueilli aveuglément l'invitation de son frère. Il est probable que celui-ci lui avait parlé en détail et longuement. Mais les évangélistes suppriment beaucoup de choses par souci de concision. D'ailleurs on ne dit pas que Pierre a cru aussitôt, mais que son frère le conduisit à Jésus pour le lui confier, afin que Pierre soit entièrement instruit par lui. Car l'autre disciple était là et participait à l'entretien.

Lorsque Jean Baptiste a dit : C'est l'Agneau, et : Il baptise dans l'Esprit Saint, il a confié au Christ le soin d'enseigner lui-même plus clairement cette doctrine. À plus forte raison André a-t-il fait de même, car il ne se jugeait pas capable de tout expliquer. Il a conduit son frère à la source même de la lumière, avec tant de hâte et de joie, pour ne pas le laisser attendre si peu que ce soit.