PAPE FRANÇOIS
AUDIENCE GÉNÉRALE
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Catéchèse
sur le discernement - 5. Les éléments du discernement. Le désir
Chers
frères et sœurs, bonjour !
Dans ces catéchèses sur
le discernement, nous sommes en train de passer en revue les éléments du
discernement. Après la prière et la connaissance de soi, un autre élément, je voudrais parler d'un autre
"ingrédient" indispensable : je voudrais parler du désir.
En effet, le
discernement est une forme de recherche, et la recherche naît toujours de
quelque chose qui nous manque, mais que nous connaissons d'une manière ou
l’autre.
De quelle nature est
cette connaissance ? Les maîtres spirituels la désignent par le terme de "désir" qui, à la base, est une
nostalgie de plénitude qui ne trouve jamais son plein accomplissement, et qui est
le signe de la présence de Dieu en nous. Le désir n'est pas l’envie du moment,
non. Le mot vient d'un très beau terme latin, C'est curieux : de-sidus,
littéralement " l’absence de
l'étoile ", le désir est une absence de l’étoile, l’absence du point
de référence qui oriente le chemin de la vie ; il évoque une souffrance, un
manque, et en même temps une tension pour atteindre le bien qui nous manque.
Le désir est alors la
boussole qui permet de comprendre où j'en suis et où je vais, ou plutôt c'est
la boussole qui me permet de savoir si je suis arrêté ou si je suis en train de
marcher, une personne qui ne désire jamais est une personne immobile, peut-être
malade, presque morte. C'est la boussole qui me permet de savoir si je suis en
train d'avancer ou si je suis immobile. Et comment est-ce possible de
reconnaître si j’avance ?
Pensons. Un désir
authentique sait toucher en profondeur les cordes de notre être, c'est pourquoi
il ne s'éteint pas face aux difficultés ou aux revers. C'est comme lorsque nous
avons soif : si nous ne trouvons rien à boire, nous ne renonçons pas, au
contraire, la quête occupe de plus en plus nos pensées et nos actions, jusqu'à
ce que nous soyons prêts à faire n'importe quel sacrifice pour l'étancher,
presque obsédés. Les obstacles et les échecs n'étouffent pas le désir, non, au
contraire, ils le rendent encore plus vif en nous.
A la différence de
l’envie ou de l'émotion du moment, le
désir dure dans le temps, même longtemps, et tend à se réaliser. Si, par
exemple, un jeune homme souhaite devenir médecin, il devra s'engager dans un
cursus d'études et de travail qui occupera quelques années de sa vie et, par
conséquent, il devra fixer des limites, dire "non", dire
des "non", tout d'abord à d'autres cursus d’études, mais aussi à
d'éventuelles diversions et distractions, surtout pendant les moments d'étude
les plus intenses. Cependant, le désir de donner une orientation à sa vie et
d'atteindre cet objectif- devenir médecin était l’exemple- lui permet de
surmonter ces difficultés. Le désir te rend fort, il te rend courageux, il te
fait avancer toujours parce que tu veux y arriver : "Je désire cela".
En effet, une valeur
devient belle et plus facilement réalisable lorsqu'elle est attrayante.
Comme l'a dit quelqu'un, "plus important que d'être bon, il faut avoir le
désir de devenir bon". Etre bon est une chose attrayante, nous voulons
tous être bons, mais avons-nous la volonté de devenir bons ?
C'est frappant de
constater que Jésus, avant d'accomplir un miracle, interroge souvent la
personne sur son désir : " Veux-tu
être guéri ? " Et parfois cette question semble déplacée, mais ça se
voit qu'il est malade !
Par exemple, lorsqu'il
rencontre le paralytique à la piscine de Bethzatha, qui était là depuis de
nombreuses années et qui n'a jamais pu saisir le bon moment pour entrer dans
l’eau. Jésus lui demande : " Veux-tu être guéri ? " (Jn 5,
6). Mais. Comment ? En fait, la réponse du paralytique révèle une série
d'étranges résistances à la guérison, qui ne concernent que lui. La question de
Jésus était une invitation à faire la clarté dans son cœur, pour accueillir un
possible saut qualitatif : ne plus penser à lui-même et à sa vie de paralytique
".
En
dialoguant avec le Seigneur, nous apprenons à comprendre ce que nous voulons
vraiment dans notre vie. Ce
paralytique est l'exemple typique des gens qui disent : "Oui, oui, je
veux, je veux" mais je ne veux pas, je ne veux pas, je ne fais rien. Le
vouloir faire devient une illusion et on ne fait pas le pas pour le réaliser.
Ces gens qui veulent et ne veulent pas. C'est mauvais ça et ce malade 38 ans
déjà, ne fait que se lamenter : "quand les eaux bougent quelqu'un de plus fort que moi vient, et moi
j'arrive en retard", et il se lamente et se lamente. Mais attention, les lamentations sont un poison, un
poison pour l'âme, un poison pour la vie car elles ne font pas grandir le désir
d’avancer. Méfiez-vous des lamentations. Quand on se lamente dans la famille,
les époux se lamentent, ils se lamentent les uns des autres, les enfants se
lamentent de papa ou les prêtres se lamentent de l'évêque ou les évêques de
tant d'autres choses... Non, si vous vous trouvez dans la lamentation, faites
attention, c'est presque un péché, parce que cela ne laisse pas grandir le
désir.
Souvent, c'est
précisément le désir qui fait la différence entre un projet réussi, cohérent et
durable, et les milliers de velléités et de bonnes intentions avec lesquels,
comme on dit, "l'enfer est pavé" : "Oui, je voudrais, je
voudrais, je voudrais..." mais tu ne fais rien. L'époque où nous vivons
semble favoriser une liberté de choix maximale, mais en même temps elle atrophie
le désir, tu veux te satisfaire continuellement, le plus souvent réduit à
l’envie du moment. Et nous devons faire attention à ne pas atrophier le désir.
Nous sommes bombardés par mille propositions, projets, possibilités, qui
risquent de nous distraire et de ne pas nous permettre d'évaluer calmement ce
que nous voulons vraiment. Tant de fois, tant de fois, nous trouvons des gens,
pensons aux jeunes par exemple, avec leur téléphone portable en main et ils
cherchent, ils regardent... "Mais est-ce que tu t'arrêtes pour réfléchir
?". - "Non." Toujours extraverti, vers l'autre. Le désir ne peut
pas croître ainsi, tu vis l'instant, rassasié à l'instant et le désir ne croît
pas.
Beaucoup de personnes
souffrent parce qu'elles ne savent pas ce qu'elles veulent de leur propre vie,
beaucoup !, elles n'ont probablement jamais pris contact avec leur désir
le plus profond, ils n'ont jamais su : "Que veux-tu de ta vie ?" -
"Je ne sais pas.". D'où le risque de passer son existence entre des
tentatives et des expédients de toutes sortes, sans jamais arriver à rien, et
en gaspillant de précieuses opportunités. Ainsi, certains changements, bien que
souhaités en théorie, ne sont jamais mis en œuvre quand se présente l'occasion,
il manque le désir fort de réaliser quelque chose.
Si le Seigneur
s'adressait à nous aujourd'hui, par exemple, à l'un d'entre nous, la question
qu'il a posée à l'aveugle de Jéricho : "Que veux-tu que je fasse pour toi
?" (Mc 10,51), - pensons-y, le Seigneur demande à chacun
d'entre nous aujourd'hui : "que
veux-tu que je fasse pour toi ?" -, que répondrions-nous ? Peut-être
pourrions-nous enfin lui demander de nous aider à connaître
le profond désir de Lui, que Dieu lui-même a placé dans notre
cœur : "Seigneur que je connaisse mes désirs, que je sois une femme,
un homme de grands désirs" peut-être le Seigneur nous donnera-t-il la
force de le réaliser. C'est une grâce immense, à la base de toutes les autres :
permettre au Seigneur, comme dans l'Évangile, de faire des miracles pour
nous : "Donne-nous le désir et
fais-le grandir, Seigneur".
Car Lui aussi a un
grand désir pour nous : nous rendre participants de sa plénitude de vie. Merci.

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