Matthieu est le barbu. Dernièrement on dit que Matthieu est le jeune penché sur l'argent.
Saint Matthieu : De la table des impôts
à la suite du Christ
Source : Catéchèse du Pape Benoît XVI (30 août 2006)
Introduction
Dans notre parcours de l'Histoire de
l'Église et des premiers témoins de la foi, nous nous arrêtons aujourd'hui sur
une figure fascinante : saint Matthieu, apôtre et évangéliste.
Son nom juif signifie « Don de Dieu ».
Pourtant, avant de rencontrer le Christ, cet homme était loin d'être considéré
comme un cadeau par ses concitoyens. Il exerçait le métier de publicain,
c'est-à-dire percepteur d'impôts pour le compte de l'occupant romain.
À travers la figure de Matthieu, nous
allons découvrir comment la grâce du Seigneur vient nous chercher exactement là
où nous sommes, au milieu de notre travail quotidien, pour transformer notre
vie.
Point 1 : Le portrait d'un homme rejeté
(Le publicain)
·
Ce que nous dit
l'Évangile : Matthieu est présent dans toutes les
listes des douze Apôtres. Mais le premier Évangile ajoute une précision unique
: il l'appelle « Matthieu le publicain » (Mt 10, 3) et le montre assis à
son bureau de douane à Capharnaüm.
·
Le contexte social
et moral : Dans l'Israël du Ier siècle, les
publicains étaient méprisés et considérés comme des pécheurs publics. Ils
manipulaient de l'argent païen jugé impur, collaboraient avec l'occupant romain
et prélevaient souvent des taxes arbitraires. L'opinion publique les associait
aux voleurs et aux fraudeurs.
·
Le chef-d'œuvre du
Caravage : Pour imaginer la scène de son appel (Mt
9, 9), le pape Benoît XVI évoque le célèbre tableau du Caravage à Rome : on y
voit Matthieu dans un lieu sombre, entouré d'argent, sur lequel jaillit soudain
la lumière du regard et de la main de Jésus.
Point 2 : Jésus n'exclut personne de son
amitié
·
Le scandale du
repas : Après son appel, Matthieu invite Jésus
à manger chez lui avec ses collègues pécheurs. Face au scandale des pharisiens
moralisateurs, Jésus prononce une parole fondamentale : « Ce ne sont pas les
gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu
appeler non pas les justes, mais les pécheurs » (Mc 2, 17).
·
Le vrai visage de
l'Évangile : La Bonne Nouvelle n'est pas une
récompense accordée aux personnes parfaites, mais l'offre gratuite de la grâce
et de la miséricorde de Dieu à ceux qui reconnaissent leurs blessures.
·
La parabole du
Pharisien et du Publicain : Jésus opposera le
pharisien orgueilleux au publicain humble qui n'ose lever les yeux et dit : «
Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ». C'est ce dernier qui
rentre chez lui ajusté à Dieu.
Point 3 : Une réponse immédiate et
radicale
·
« Il se leva et le
suivit » : La brièveté du récit de l'Évangile
souligne la promptitude de la réponse de Matthieu. Jésus lui dit simplement : «
Suis-moi ». Matthieu abandonne à l'instant son bureau, sa sécurité
financière et son statut économique.
·
Se lever = Se
détacher du péché : Comme le souligne saint Jean
Chrysostome, Jésus appelle des gens ordinaires dans leur travail ordinaire (des
pêcheurs, un douanier). Mais pour suivre Jésus, Matthieu comprend qu'il doit se
détacher immédiatement des activités incompatibles avec la justice et la
volonté de Dieu, notamment les richesses malhonnêtes.
·
L'attachement aux
biens : « Si tu veux être parfait, va, vends
ce que tu possèdes... Puis viens, suis-moi » (Mt 19, 21). Matthieu
accomplit cela à la lettre : il rompt avec son ancienne vie pour entrer dans la
communion avec Jésus.
Point 4 : Matthieu, l'auteur du premier
Évangile
·
Le témoin devenu
rédacteur : La tradition antique de l'Église (dès
Papias vers 130 ap. J.-C. et l'historien Eusèbe) attribue unanimement à
Matthieu la rédaction du premier Évangile.
·
Pour ses frères de
race : Matthieu a d'abord prêché aux Juifs.
Lorsqu'il a dû partir évangéliser d'autres peuples, il a rédigé son
enseignement dans sa langue maternelle (l'araméen ou l'hébreu) pour laisser à
sa communauté d'origine un témoignage écrit de la Parole du Seigneur.
·
La voix du
publicain devenu apôtre : Même si le texte
qui nous est parvenu est la version grecque antique, nous y entendons la voix
persuasive d'un homme transformé par le pardon, qui veut convaincre ses
lecteurs que Jésus est bien le Messie promis.
Point 5 : Le paradoxe de la grâce et
l'appel pour chacun de nous
·
Du mépris à la
sainteté : L'histoire de Matthieu est un paradoxe
magnifique : l'homme le plus éloigné de la sainteté selon les critères humains
est devenu un Apôtre, un martyr et l'un des quatre Évangélistes dont le nom est
chanté à travers les siècles.
·
L'initiative de
Dieu : Ce n'est pas Matthieu qui a cherché
Jésus ; c'est Jésus qui a posé son regard sur lui alors qu'il comptait son
argent. Dieu prend toujours l'initiative de l'amour.
·
Le Christ toujours
contemporain : Comme nous le rappelle l'enseignement
de l'Église, le Christ ne parle pas seulement au passé. Aujourd'hui encore, au
milieu de nos bureaux, de nos chantiers ou de nos entreprises, Il passe et
répète à chacun : « Suis-moi ».
·
Pour notre sainteté
au quotidien : Votre profession n'est pas un obstacle
à la sainteté : c'est votre champ de mission. Devenir saint ne signifie pas
quitter son métier, mais l'exercer avec justice, compétence et un profond désir
de servir Dieu et son prochain.
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