LES
DOUZE
Introduction
: Benoît XVI (15 mars 2006)
«
Il institua les Douze pour former le nouveau Peuple de Dieu, l'Église »
1.
Une finalité communautaire contre l'individualisme
L’Église
prend racine dans l'appel personnel du Christ adressé à des pêcheurs de
Galilée, invités à devenir « pêcheurs d'hommes ».
Cependant,
l'action du Christ ne s'arrête pas à la seule sphère individuelle. Comme le
souligne Benoît XVI, réduire le Royaume de Dieu à une simple expérience
intérieure — idée portée par la théologie libérale du XIXe siècle — est une
lecture unilatérale et moderne qui dénature l'Évangile.
Dans
la continuité de la tradition biblique, la mission du Fils incarné possède une
finalité profondément communautaire et sociale.
Jésus
s'adresse en premier lieu à Israël dans le but de rassembler, de purifier et de
réunir l'humanité dispersée. L'appel du Sauveur exige certes une conversion du
cœur, mais il vise continuellement la formation et la salvation du Peuple de
Dieu. La lumière du visage du Christ est ainsi appelée à se refléter pleinement
sur le visage de toute la communauté croyante.
2.
L'institution des Douze comme acte fondateur
Pour
concrétiser le rassemblement du Peuple de Dieu, Jésus accomplit un geste
prophétique majeur : l'institution des Douze. En choisissant ce nombre
précis, qui évoque directement les douze tribus d'Israël, le Christ signifie
clairement la reconstitution du peuple saint dans les temps définitifs.
Ces
hommes sont introduits dans une communion intime de vie avec le Maître afin
d'être les témoins et les annonceurs de l'avènement du Royaume. L'historicité
de cet appel est incontestable, attestée jusque dans la présence troublante de
Judas au sein du groupe. Lors de la Dernière Cène, en leur confiant le mémorial
de son sacrifice, Jésus pose l'acte de fondation de son Église. Il transfère à
ses chefs la mission d'être, à travers l'histoire, le signe efficace du
rassemblement eschatologique. À la Résurrection, par le souffle de l'Esprit
Saint et le pouvoir de pardonner les péchés, ce peuple restreint devient la
sainte Église universelle.
3.
L'inséparabilité mystique du Christ et de son Église
L'existence
du collège apostolique constitue la garantie absolue qu'aucune opposition ne
peut exister entre le Christ et son Église. Le slogan séduisant mais
superficiel « Jésus oui, l'Église non » apparaît en totale contradiction avec
l'intention originelle de Jésus de Nazareth.
Un
Christ isolé et individualiste est une pure construction de la fantaisie
humaine, détaché du mouvement réel de l'Incarnation. Entre le Fils de Dieu fait
chair et le Peuple saint qu'il a constitué, il subsiste une continuité
profonde, indissoluble et mystérieuse. En dépit des limites, des faiblesses et
des péchés des hommes qui la composent, l'Église demeure le corps vivant où le
Seigneur se donne et se transmet. Par la succession des Apôtres, le Christ
reste notre contemporain, présent dans la célébration des mystères et au sein
de la communauté. Cette présence permanente du Ressuscité au milieu des siens
est la source inépuisable de la joie chrétienne.

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