Auteur
Antonio Ducay
Publication
18 novembre 2025
Le récent document du Dicastère pour la Doctrine de la
Foi, Mère du peuple fidèle, a soulevé à nouveau la question du
titre Corédemptrice appliqué à la Vierge Marie.
La difficulté de ce titre réside dans l'ambiguïté qu'il
peut introduire concernant ce qui revient proprement au Christ et ce qui
revient à Marie dans l'œuvre de la rédemption.
Le titre Rédempteur possède deux dimensions qu'il
convient de distinguer.
La première se réfère à l'agent de la rédemption ;
la seconde, au mode par lequel celle-ci est
réalisée. Ces deux dimensions sont essentielles pour parler proprement de
rédemption.
En ce qui concerne l'agent, seul Dieu peut
être Rédempteur. Racheter implique l'élimination du péché et la communication
de la grâce, c'est-à-dire accorder à l'être humain la vie divine : une action
qui appartient exclusivement à Dieu. La rédemption est, en ce sens, une nouvelle
création, et seul Dieu a le pouvoir de créer.
Concernant le mode, l'œuvre rédemptrice est
réalisée par l'Incarnation du Verbe. Par ses paroles et ses actions, par
son don et son sacrifice, le Christ a mérité le salut du genre humain et,
maintenant, glorifié à la droite du Père, Il communique Lui-même ce salut.
De ces deux dimensions, il s'ensuit que le Christ est
Rédempteur par l'union hypostatique. Cette union fait que ses actes
humains et sa passion sont réellement rédempteurs, car c'est en eux que se
manifeste l'efficacité transformatrice de l'amour omnipotent de Dieu.
L'ambiguïté du titre
C'est sur cette toile de fond que
s'entend le noyau de l'ambiguïté du titre appliqué à Marie. Si Corédemptrice
était entendu au sens strict, cela placerait la Vierge au même niveau d'action
divine, aux côtés du Père et de l'Esprit Saint, ce qui est inacceptable.
Seul le Christ est Rédempteur en ce sens, parce qu'Il est le Dieu fait homme.
D'où les paroles du Pape François, qui, lors d'une Audience Générale en
mars 2021, a rappelé qu'il faut regarder la Vierge comme Mère, « pas comme
une déesse, pas comme une corédemptrice ».
Comment expliquer alors qu'il existe une tradition qui
emploie ce titre, même parmi certains pontifes ?
La raison est que, fréquemment, la rédemption est
comprise sous l'aspect d'œuvre rédemptrice, c'est-à-dire comme
l'ensemble des actions et des souffrances du Christ. On souligne de manière
particulière ses actes humains de don et d'obéissance au Père. Ces actes sont
indispensables, car sans eux on ne pourrait parler proprement de rédemption, qui
comporte une action de rachat.
À ce niveau, il devient compréhensible d'attribuer une coopération
spéciale à la Vierge Marie, dont la vie fidèle, pure et sans tache fut
intimement unie à celle du Christ. Ses souffrances et ses mérites, associés à
ceux de son Fils, peuvent être entendus comme une contribution subordonnée
à l'œuvre rédemptrice en faveur des hommes. De là, certains théologiens
soutiennent que le salut — juste fruit de l'œuvre rédemptrice du Christ — peut
aussi être considéré, non par stricte justice mais par concession gratuite
de Dieu, comme fruit des mérites et des souffrances de Marie. Et ils expriment cette intuition avec
le terme corédemptrice.
Les nuances théologiques
Cependant, compte tenu du profond enracinement de la
rédemption dans l'union hypostatique — le Christ est Rédempteur parce qu'Il est
le Verbe incarné —, on peut se demander si le titre corédemptrice
reflète adéquatement la distinction entre ce que nous apporte le Christ et ce
que nous apporte, en Lui, sa Mère.
Il est peut-être plus juste d'interpréter l'intime union
de Marie avec le Christ tout au long de sa vie, et tout spécialement dans le
mystère de la Croix, comme l'expression de sa maternité spirituelle
et de sa maternité dans l'Église, dimensions indubitables et spécifiques
de sa coopération à l'œuvre salvatrice.
Il existe, bien sûr, d'autres modes de
coopération à la rédemption au sens large (cf. Col 1,24), mais peut-être que le
mode propre à Marie trouve sa place théologique la plus claire dans sa
condition de Mère.
Le document Mère du peuple fidèle rappelle
dans cette ligne que le titre de Rédempteur correspond proprement seulement
au Christ, et qu'il convient de maintenir une « cautèle religieuse et
délicate » en soulevant toute forme de coopération dans le domaine de la
rédemption (n. 20).
L'usage du titre Corédemptrice n'est pas interdit,
ni n'est nié qu'il puisse avoir un sens théologique correct, mais il est
souligné que les confusions possibles qu'il peut susciter conseillent
d'utiliser d'autres titres qui expriment avec plus de clarté le rôle de Marie
dans le salut et dans la vie de l'Église. D'où le jugement d'inopportunité
exprimé dans le document.
Considérant les nuances théologiques impliquées dans la
discussion sur la Corédemptrice — certaines mentionnées dans ces lignes
et d'autres non —, il semble prudent d'éviter les affirmations tranchées sur le
sujet et de favoriser une réflexion sereine et intégrale qui replace le mystère
de Marie à la place qui lui revient : au centre — sans être le centre —
de l'économie du salut.
Antonio Ducay
18 novembre
2025

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