23 novembre, 2025

Marie Corédemtrice. Article de A. Ducay





Auteur

Antonio Ducay

Publication

18 novembre 2025

Le récent document du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Mère du peuple fidèle, a soulevé à nouveau la question du titre Corédemptrice appliqué à la Vierge Marie.

La difficulté de ce titre réside dans l'ambiguïté qu'il peut introduire concernant ce qui revient proprement au Christ et ce qui revient à Marie dans l'œuvre de la rédemption.

Le titre Rédempteur possède deux dimensions qu'il convient de distinguer.

La première se réfère à l'agent de la rédemption ;

la seconde, au mode par lequel celle-ci est réalisée. Ces deux dimensions sont essentielles pour parler proprement de rédemption.

En ce qui concerne l'agent, seul Dieu peut être Rédempteur. Racheter implique l'élimination du péché et la communication de la grâce, c'est-à-dire accorder à l'être humain la vie divine : une action qui appartient exclusivement à Dieu. La rédemption est, en ce sens, une nouvelle création, et seul Dieu a le pouvoir de créer.

Concernant le mode, l'œuvre rédemptrice est réalisée par l'Incarnation du Verbe. Par ses paroles et ses actions, par son don et son sacrifice, le Christ a mérité le salut du genre humain et, maintenant, glorifié à la droite du Père, Il communique Lui-même ce salut.

De ces deux dimensions, il s'ensuit que le Christ est Rédempteur par l'union hypostatique. Cette union fait que ses actes humains et sa passion sont réellement rédempteurs, car c'est en eux que se manifeste l'efficacité transformatrice de l'amour omnipotent de Dieu.


L'ambiguïté du titre

C'est sur cette toile de fond que s'entend le noyau de l'ambiguïté du titre appliqué à Marie. Si Corédemptrice était entendu au sens strict, cela placerait la Vierge au même niveau d'action divine, aux côtés du Père et de l'Esprit Saint, ce qui est inacceptable. Seul le Christ est Rédempteur en ce sens, parce qu'Il est le Dieu fait homme. D'où les paroles du Pape François, qui, lors d'une Audience Générale en mars 2021, a rappelé qu'il faut regarder la Vierge comme Mère, « pas comme une déesse, pas comme une corédemptrice ».

 

Comment expliquer alors qu'il existe une tradition qui emploie ce titre, même parmi certains pontifes ?

La raison est que, fréquemment, la rédemption est comprise sous l'aspect d'œuvre rédemptrice, c'est-à-dire comme l'ensemble des actions et des souffrances du Christ. On souligne de manière particulière ses actes humains de don et d'obéissance au Père. Ces actes sont indispensables, car sans eux on ne pourrait parler proprement de rédemption, qui comporte une action de rachat.

À ce niveau, il devient compréhensible d'attribuer une coopération spéciale à la Vierge Marie, dont la vie fidèle, pure et sans tache fut intimement unie à celle du Christ. Ses souffrances et ses mérites, associés à ceux de son Fils, peuvent être entendus comme une contribution subordonnée à l'œuvre rédemptrice en faveur des hommes. De là, certains théologiens soutiennent que le salut — juste fruit de l'œuvre rédemptrice du Christ — peut aussi être considéré, non par stricte justice mais par concession gratuite de Dieu, comme fruit des mérites et des souffrances de Marie. Et ils expriment cette intuition avec le terme corédemptrice.


Les nuances théologiques

Cependant, compte tenu du profond enracinement de la rédemption dans l'union hypostatique — le Christ est Rédempteur parce qu'Il est le Verbe incarné —, on peut se demander si le titre corédemptrice reflète adéquatement la distinction entre ce que nous apporte le Christ et ce que nous apporte, en Lui, sa Mère.

Il est peut-être plus juste d'interpréter l'intime union de Marie avec le Christ tout au long de sa vie, et tout spécialement dans le mystère de la Croix, comme l'expression de sa maternité spirituelle et de sa maternité dans l'Église, dimensions indubitables et spécifiques de sa coopération à l'œuvre salvatrice.

 Il existe, bien sûr, d'autres modes de coopération à la rédemption au sens large (cf. Col 1,24), mais peut-être que le mode propre à Marie trouve sa place théologique la plus claire dans sa condition de Mère.

 

Le document Mère du peuple fidèle rappelle dans cette ligne que le titre de Rédempteur correspond proprement seulement au Christ, et qu'il convient de maintenir une « cautèle religieuse et délicate » en soulevant toute forme de coopération dans le domaine de la rédemption (n. 20).

L'usage du titre Corédemptrice n'est pas interdit, ni n'est nié qu'il puisse avoir un sens théologique correct, mais il est souligné que les confusions possibles qu'il peut susciter conseillent d'utiliser d'autres titres qui expriment avec plus de clarté le rôle de Marie dans le salut et dans la vie de l'Église. D'où le jugement d'inopportunité exprimé dans le document.

Considérant les nuances théologiques impliquées dans la discussion sur la Corédemptrice — certaines mentionnées dans ces lignes et d'autres non —, il semble prudent d'éviter les affirmations tranchées sur le sujet et de favoriser une réflexion sereine et intégrale qui replace le mystère de Marie à la place qui lui revient : au centre — sans être le centre — de l'économie du salut.


Antonio Ducay

18 novembre 2025


 

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