Catéchèse
sur le discernement - 2. Un exemple: Ignace de Loyola
Chers
frères et sœurs, bonjour !
Dans la poursuite de
notre réflexion sur le discernement, (en ce moment nous parlerons chaque
mercredi du discernement spirituel),
et la référence à un témoignage concret peut nous être utile.
L'un des exemples les
plus instructifs nous est offert par saint Ignace de Loyola, avec un épisode
décisif de sa vie. Ignace se trouve en convalescence chez lui après avoir été
blessé au combat à une jambe. Pour chasser l'ennui, il demande quelque chose à
lire. Il aimait les récits de chevalerie, mais malheureusement, on ne trouve
que des vies de saints à la maison. Il s'adapte un peu à contrecœur, mais au fil
des lectures, il commence à découvrir un
autre monde, un monde qui le conquiert et qui semble rivaliser avec celui
des chevaliers. Il est fasciné par les figures de saint François et de saint
Dominique et ressent le désir de les imiter. Mais le monde chevaleresque
continue également d’exercer sa fascination sur lui. Et ainsi il ressent en lui
cette alternance de pensées, celles de la chevalerie et celles des saints, qui
semblent équivalentes.
Ignace, cependant,
commence aussi à apercevoir des différences. Dans son Autobiographie il écrit :
« Penser aux choses du monde et aux choses chevaleresques lui procurait
beaucoup de plaisir, mais lorsque, par lassitude, il les abandonnait, il se
sentait vide et déçu. En revanche, aller à Jérusalem pieds nus, ne se nourrir
que des herbes, pratiquer toutes les austérités reconnues comme habituelles aux
saints, étaient des pensées qui non seulement le consolaient pendant qu'il s'y
arrêtait, mais même après qu'il les avait abandonnées le laissaient satisfait
et plein de joie » (n. 8) ; lui laissaient une trace de joie.
Dans cette expérience,
nous pouvons noter deux aspects en
particulier.
Le premier est le temps : c’est-à-dire les pensées du monde sont
attrayantes au début, mais elles perdent ensuite leur éclat et laissent vides,
mécontents, ils te laissent comme ça, une chose vide. Les pensées de Dieu, par
contre, suscitent des résistances au début, - "Mais cette histoire
ennuyeuse de saints, je ne vais pas la lire", mais lorsqu'elles sont
acceptées, elles apportent une paix inconnue, qui dure aussi longtemps.
Le deuxième est le point d’arrivée des pensées. Au début, la situation ne semble pas
si claire. Il y a un développement du discernement : par exemple nous comprenons
ce qui est bon pour nous non pas de manière abstraite, générale, mais dans le
parcours de notre vie. Dans les règles de discernement, fruit de cette
expérience fondamentale, Ignace pose une prémisse importante, qui aide à
comprendre un tel processus : « À l’égard des personnes qui vont de péché
mortel en péché mortel, la conduite ordinaire du démon est de leur proposer des
plaisirs apparents, les tranquilliser en leur assurant que tout va bien,
occupant leur imagination de jouissances et de voluptés sensuelles, afin de les
retenir et de les plonger davantage dans leurs vices et dans leurs péchés. Le
bon esprit, au contraire, agit en elles d’une manière opposée : il aiguillonne
et mord leur conscience, en leur faisant sentir les reproches de la raison. » (Exercices
spirituels, 314) ; Mais ce n'est pas bien.
L’histoire qui précède
celui qui discerne est indispensable car le discernement n’est pas une sorte
d’oracle ou de fatalisme ou un objet de laboratoire, comme tirer au sort entre
deux possibilités.
Les grandes questions
naissent lorsque nous avons déjà fait un bout de chemin dans la vie, et il faut
revenir sur ce parcours pour comprendre ce que nous cherchons.
"Mais pourquoi je
marche dans cette direction, qu'est-ce que je cherche ?", et là on
effectue le discernement.
Ignace, lorsqu'il s'est
retrouvé blessé dans la maison de son père, ne pensait pas du tout à Dieu ou à
la manière de réformer sa propre vie, non. Il fait sa première expérience de
Dieu en écoutant son propre cœur, qui lui montre un curieux renversement : des
choses séduisantes à première vue le laissent déçu, et dans d'autres, moins
brillantes, il ressent une paix qui dure dans le temps. Même nous vivons cette
expérience, tant de fois nous commençons à penser une chose et nous restons là
et puis nous sommes déçus. Au lieu de cela, nous faisons une œuvre de charité,
nous faisons une bonne chose et nous ressentons quelque chose du bonheur, une
bonne pensée te parvient, de la joie, c'est notre propre expérience. Lui, Ignace, fait sa première expérience de
Dieu, en écoutant son propre cœur, qui lui montre un curieux renversement.
C'est ce que nous devons apprendre : écouter son propre cœur : pour savoir ce
qui se passe, quelle décision prendre, pour porter un jugement sur une
situation, il faut écouter son propre cœur. Nous écoutons la télévision, la
radio, le téléphone portable, nous sommes des maîtres de l'écoute, mais je te
demande : sais-tu écouter ton cœur ? T'arrêtes-tu pour dire : "Mais comment
va mon cœur ? Est-il satisfait, est-il triste, cherche-t-il quelque chose ?”.
Pour prendre de bonnes décisions, il faut écouter son propre cœur.
C'est pourquoi Ignace
suggère de lire les vies des saints, car elles montrent de manière narrative et
compréhensible le style de Dieu dans la vie de personnes pas si différentes de
nous parce que les saints étaient de chair et de sang comme nous. Leurs actions
parlent aux nôtres et nous aident à en comprendre le sens.
Dans ce célèbre épisode
des deux sentiments qu'éprouvait Ignace, l'un quand il lisait les choses des
chevaliers et l'autre quand il lisait les vies des saints, nous pouvons
reconnaître un autre aspect important du discernement, que nous avons déjà
mentionné la dernière fois.
Il y a un hasard apparent
dans les événements de la vie : tout semble naître d'une banale mésaventure :
il n'y avait pas de livres de chevaliers, seulement des vies de saints. Une
mésaventure qui constitue néanmoins un possible tournant. Ce n'est qu'après un
certain temps qu'Ignace s'en rend compte et à ce point y consacrera toute son
attention.
Écoutez bien : Dieu
agit à travers des événements non programmés comme par hasard, mais par hasard
cela m'est arrivé, par hasard j'ai rencontré cette personne, par hasard j'ai vu
ce film, ce n'était pas prévu mais Dieu
agit à travers des événements imprévisibles, et même dans les mésaventures
: " Mais je devais me promener et j'ai eu un problème aux pieds, je ne
peux pas... ". Un contretemps : que te dit Dieu ? Qu'est-ce que la vie te dit
là ? Nous l’avons vu aussi dans un passage de l'Évangile de Matthieu : un homme
labourant un champ tombe accidentellement sur un trésor enfoui. Une situation
totalement inattendue. Mais ce qui est important, c'est qu'il le reconnaît
comme l'aubaine de sa vie et qu'il décide en conséquence : il vend tout et
achète ce champ (cf. 13,44).
Un conseil que je vous donne, soyez attentifs à
l'inattendu. Celui qui dit : "mais ce hasard, je ne
m'y attendais pas". Là, c'est la vie qui vous parle, c'est le Seigneur qui
vous parle, ou c'est le diable qui vous parle ? Quelqu'un. Mais il y a une
chose à discerner, la façon dont je réagis aux choses inattendues. Mais j'étais
si calme à la maison et 'poum, poum', la belle-mère arrive et comment réagis-tu
avec la belle-mère ? Est-ce l'amour ou quelque chose d'autre à l'intérieur ? Et
fais le discernement. Je travaillais bien dans le bureau et un camarade vient
me dire qu'il a besoin d'argent et comment as-tu réagi ? Voir ce qui se passe lorsque nous vivons des choses auxquelles nous ne
nous attendons pas et là, nous apprenons à connaître notre cœur comme il se
meut.
Le discernement aide à
reconnaître les signes par lesquels le Seigneur se fait rencontrer dans les
situations imprévues, voire désagréables, comme cela fut pour Ignace la
blessure à la jambe. De celles-ci peut naître une rencontre qui change la vie
pour toujours comme le cas d'Ignace. Quelque chose peut surgir qui t'amène à
être meilleur sur le chemin ou pire.
"Comment est-ce
que je me comporte face à cela ? ". Que le Seigneur nous aide à écouter
notre cœur et à voir quand c'est Lui qui agit et quand ce n'est pas Lui.
APPEL
Demain, nous
célébrerons la fête de la Nativité de la Vierge Marie. Marie a fait
l'expérience de la tendresse de Dieu en tant que fille, pleine de grâce, pour
ensuite donner cette tendresse comme mère, à travers l'union à la mission de
son Fils Jésus.
C'est pourquoi je veux
aujourd'hui exprimer ma proximité à toutes les mères. De manière particulière
aux mères qui ont des enfants souffrants : enfants malades, enfants
marginalisés, enfants emprisonnés. Une prière spéciale pour les mères de jeunes
détenus : afin que l'espérance ne se perde pas. Malheureusement, dans les
prisons, il y a beaucoup de gens qui mettent fin à leurs jours, parfois même
des jeunes. L'amour d'une mère peut les préserver de ce danger. Que la Vierge
console toutes les mères affligées par la souffrance de leurs enfants.

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